MAÎTRE ET CRAPAUDS

22 MAI 2020

DÉCONFINEMENT ?

« Lorsque le Maître a quitté le temple, les crapauds sont prêts à l’envahir. »

Proverbe tibétain

Les Tibétains représentent souvent la Conscience sous les contours d’un temple de marbre qui doit être préservé du marécage nauséabond qu’est le Monde. On pourrait penser que peu de périodes ont produit autant de crapauds visqueux que les guerres et les crises sanitaires. Si nous sommes en guerre, c’est bien contre une intériorisation encore inconsciente des injonctions qui pèsent sur nous.

Jean-Jacques Crèvecoeur a récemment expliqué que le plus grand drame de cette crise sanitaire est d’avoir injecté le virus de la peur dans nos veines. Aussi rapide qu’un poison ordinaire, la Peur, causée par les injonctions contradictoires qui ont inondé nos écrans, s’est distillée dans le sang et a commencé à paralyser le cœur.

Concrètement, la peur est une réaction physique extrême causée par la poussée d’adrénaline qui monte en l’humain face au danger imminent. Prévue pour nous faire décamper dès qu’un prédateur de la savane nous attaque, la peur est une émotion régulatrice et brève qui protège le corps et le mental contre une agression extérieure qui pourrait s’avérer néfaste.

Au fil des siècles, les dirigeants totalitaires, les puissants qui ne voient le monde que comme le terrain de jeu de leur argent placé en bourse, les narcissiques et autres manipulateurs ou « ratés au gros ego » comme j’aime à les appeler ont utilisé la peur pour contrôler les foules tapageuses. Que ce soit à l’échelle d’un peuple, d’une nation, d’une ville ou d’une maison, le manipulateur politique ou domestique plante la semence de la peur dans l’âme de ceux, celle ou celui qu’il veut soumettre pour tout simplement en tirer quelque chose.

Il m’est impossible de vous dire si la manipulation était un mal pour un bien, c’est-à-dire, on va tous crever si ça continue, personne ne respecte les gestes barrières, les hôpitaux sont plein à craquer, on va donc déclarer la loi martiale rendue acceptable uniquement si les individus ont suffisamment peur, enfermer les malades effectifs et les malades potentiels chez eux pour tous les protéger des autres et d’eux-mêmes.

Ou bien si, selon la théorie complotiste, la crise est rapidement devenue un test sociétal pour savoir jusqu’où l’humain peut être contraint, emprisonné, annihilé lorsqu’il est plongé dans l’état de sidération dont parle Crèvecoeur et au service, sans le savoir, des intérêts mercantiles des puissants, des entreprises pharmaceutiques, des hommes politiques.

Le monde sidéré a obéi par peur de crever là, maintenant, tout de suite. Le monde sidéré a obéi parce que privé de sa conscience, de son temple toujours en quête de vérité, il a laissé les crapauds l’envahir peu à peu, comme une marée grise et boueuse non identifiée.

« Oui, oui, tout va bien… le pays fera face, le pays se relèvera, le pays fournira, le pays solidaire et responsable vaincra ! »

Alors pourquoi, égraine-t-on chaque soir le nombre de morts en France, en Italie, aux États-Unis ? Le chiffre n’est pas assez volumineux, alors on aime ajouter le décompte des morts en seulement 24h. Sidération… Terreur… Les Hunger Games de Panem ont commencé, mais cette fois-ci nous sommes tous tirés au sort, tous maquillés, tous pucés et tous propulsés dans l’arène virtuelle de la 5G rebaptisée « guerre bactériologique ».

Je ne sais pas vous, mais moi, mon confinement avait un vague goût de « Katniss Everdeen coincée et sanglée en haut de son arbre », attendant l’eau, le remède de ses bienfaiteurs fortunés et priant pour survivre aux gaz asphyxiants, aux attaques des autres tributs et surtout à la durée indéterminée de ces jeux mortels.

Au début, deux semaines, puis quatre, puis huit et aujourd’hui on m’a fait descendre de mon arbre, en clair on m’a « déconfinée », mais je ne sais toujours pas si les Hunger Games sont finis, ou bien si une 2e/3e/6e vague (le numéro dépend de la chaîne télévisée) va me submerger ; si mon voisin de caisse va me transpercer pour un pot de glace Ben and Jerry’s au éclats de beurre de cacahuète (le dernier du rayon des congelés) ; si un flic va me demander mon autorisation de sortie signée de moi à moi et me mettre en taule pour avoir dépasser l’heure indiquée ; en bref, si mon casier judiciaire va être teinté à tout jamais de cette désobéissance criminelle qui consiste à vouloir plonger mes pieds dans le sable chaud alors que la mer est à 130 bornes !

En définitif, je n’ai pas retiré mon harnachement de Katniss, parce que j’ai bien senti qu’à tout moment on (c’est-à-dire le Président Snow ou son clone) pourrait me demander de remonter dans l’arbre en attendant de me faire empoisonner, contaminer, tuer…

« Si nous ne sortons pas du confinement mental, même après le déconfinement physique, nous sommes emprisonnés et prêts à accepter n’importe quoi […] une fois que notre conscience a quitté le corps, les crapauds nous envahissent, c’est-à-dire tout ce qu’on nous force à faire […] La clef de notre prison se trouve à l’intérieur et nous devons sortir de notre sidération pour la trouver, sinon nous serons prêts à accepter n’importe quoi collectivement… »

Jean-Jacques Crèvecoeur

Il n’existe pas de pire prison que celle de notre esprit, car une fois que les barreaux sont installés, il est très difficile de les voir avec lucidité, et donc encore plus compliqué de les démanteler, de tourner la clef et de réduire cette cellule en cendres. Je suis en colère de me considérer en ce moment en simple liberté conditionnelle, de ne plus être sûre que demain on ne va pas tout me reprendre, de ne plus savoir qui croire, de sentir la peur gagner mes tripes quand je pense à ces jours d’isolement endurés on ne sait comment, de voir les sourires de l’humanité disparaître sous des masques chirurgicaux…

Ai-je tort de penser que cette pandémie de la peur et de l’enfermement est plus dangereuse et plus préoccupante qu’aucun autre virus s’attaquant au corps ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Nous ne pensons plus aujourd’hui aux bénéfices de cette retraite anticipée dans nos pénates, à tout ce qu’on peut faire quand on est seul chez soi, à cette technologie qui rend les apéritifs et tea times virtuels possibles ; non, on pense plutôt à tout ce qui a disparu de notre quotidien, à ces contacts physiques indispensables à la survie, comme le savent si bien les nourrissons, qui sont aujourd’hui synonymes de « contamination », « danger », « mort ».

« Oui il fallait protéger la ‘vie nue’ dont parle Giorgio Agamben. Oui il y a d’admirables héros du quotidien qui ont pris soin de cette vie nue, et l’ont sauvée parfois. Mais comme il nous en a averti, et Michel Foucault avec lui, on ne peut pas, sous peine de renier notre humanité, choisir la préservation de cette vie nue «toute seule», de cette vie biologique au détriment de ce qui en fait une existence humaine en lui donnant son sens, son prix, sa grandeur : partager ses moments décisifs, naissance, maladie, vieillissement, mort ; respecter tout ce que j’ai appelé le sacré, la dignité, la liberté. C’est cet équilibre dans les valeurs que nous avons manifestement perdu, dont nous avons été manifestement incapables. Nous avons voulu sauver la vie mais nous l’avons, à l’inverse, coupée de tous les liens qui la nourrissent, vidée de toutes les significations qui la font grandir. Cesser d’exister pour rester en vie ? Cette contradiction est accablante. »

Le philosophe Abdennour Bidar

Moi je connais d’autres crapauds qui sont revenus envahir le temple de notre âme : dans un halo de puanteur, sortis tout droit des égouts du passé, ces crapauds-là sont bien tenaces, bien visqueux, très résistants à tous les ménages de printemps régulièrement et méticuleusement entrepris dans notre esprit et dans notre corps, ce sont les crapauds de nos blessures, traumatismes, faiblesses, handicaps…

C’est ce que nous sommes venus apprendre, régler, guérir sur terre, comme le diraient les maîtres de méditation.

« Nous sommes tous des survivants »

m’a confié il y a bien des années mon professeur d’université. Je ne comprenais pas alors ce qu’il voulait dire, mais aujourd’hui, je sais. Nous essayons tous de survivre à nos cataclysmes physiques, planétaires, émotionnels. Nous avons tous quelque chose qui est brisé en nous et demande désespérément d’être réparé. Or, nous ne savons pas le temps qu’il faudra pour que cette guérison soit effective, ni même si elle sera jamais complète dans cette vie.

Comment peut-on demander à des survivants qui s’accrochent à la rive de lâcher les vieilles branches usées pour sombrer sous des lames de fond puissantes ? C’est comme si on programmait notre mort individuelle et collective, par peur de mourir contaminés. Depuis quand refusons-nous tant les règles même sur lesquelles repose le socle de la vie – la naissance, la vie, la mort – que l’aliénation devient notre seule option ? Comment peut-on survivre dans la non-vie et le silence d’une ville fantôme ?

La crise sanitaire a oublié que nous étions déjà en train de survivre quand elle a prononcé mondialement une sentence de « distanciation », « confinement », « surveillance », « vaccination » ; autant de litotes pour ne pas prononcer la froide réalité : « condamnation ». Nous sommes condamnés à accepter l’avènement d’une triste dystopie qui n’a rien de fictionnelle : la mort de l’humain pour maintenir la vie physique sous contrôle étatique.

Puis, j’ai découvert une autre grande vérité qui signe la rébellion de mon âme humaniste. J’ai foi en l’humain qui va se réveiller, peut-être pas chez tout le monde, mais au moins chez ceux qui ont reconnu les crapauds dans leur temple intérieur et sont en train de les chasser, les vieux et les jeunes, tous sans exception ne cesseront d’être repoussés pour reconquérir le marbre des prières.

Il y a quelques jours, je déambulais dans une ville s’éveillant d’un long coma et je trouvais une porte ouverte. Ce n’était pas mon église, ce n’était même pas ma « confession religieuse », mais c’était un lieu de culte. Je m’étais sentie si orpheline de mes lieux habituels abritant le Sacré et fermés pour cause sanitaire. Je n’avais même pas accès à un bout de plage ou de mer pour communier avec la Création. Rien, si ce n’est la prison de l’esprit avec ses souvenirs douloureux entêtants.

L’église était vide et lumineuse grâce à cette pierre blanche brute, sans artifice, comme je l’aime. J’ai pris mon temps, tout mon temps pour déchiffrer les vitraux et diverses fresques. C’est alors que la statue de Jeanne m’est apparue dans un flot de lumière colorée au bleu et or du vitrail la représentant à Orléans. Jeanne de Domrémy, Jeanne la pastourelle, Jeanne la martyre. Son visage ferme, paisible et éclatant m’a rappelé que rien n’est jamais perdu, il y a toujours, toujours de l’espoir en ce monde.

Nous nous sentons insignifiants, battus à tout vent, prisonniers de notre propre pays, mais Jeanne nous rappelle que l’appel peut venir quand on s’y attend le moins et que cet appel peut changer le monde. La pastourelle en territoire occupé et hostile est devenue le chef des armées d’une nation bientôt libre. Jeanne savait que la clef de notre prison est et sera toujours en nous-mêmes. Quand l’esclave dit : « Assez » et rompt ses liens, le maître meurt…

Inspirée par la foi de Jeanne, je me suis agenouillée et j’ai prié longtemps pour mon pays, nos libertés, ma famille, mes amis, la guérison que nous attendons tous. Puis, dans les derniers rayons de cette chaude journée filtrés par les vitraux éclatants tombant sur mon prie-dieu, une paix m’a envahie. Ce sentiment n’avait rien d’humain, il était infusé par une instance autre que certains appellent « supérieure » et je pouvais le sentir dans les pierres et le ciment appliqués jour après jour, année après année par ces bâtisseurs d’églises, de basiliques et de cathédrales des temps anciens.

Il est un autre gouvernement, une autre instance, aujourd’hui invisible pour nos yeux mortels qui régit toutes les créations par la loi physique de l’amour et de la foi, certes elle n’a pas encore été découverte, mais cela ne signifie pas que ce n’est pas réel. La crise sanitaire nous aura au moins prouvé une chose : dans la confusion des mensonges et mesures plus radicales et insensées les unes que les autres, nous décidons de rechercher une réalité autre. C’est là que repose la vie de l’âme, aux confins d’une vérité non rationnelle, non reconnue, non visible et sur le sol d’un temple de marbre lavé de prières et de larmes…

LISE

Je t’aime un peu, pas du tout, à la folie…

27 AVRIL 2020

CONFINEMENT : SEMAINE 7

« Many women in Herat may survive coronavirus but won’t survive the lockdown »

Marzia Akbari

(psychologue dans la ville d’Herat en Afghanistan)

Assises dans notre canapé, en plein zapping, on tombe malencontreusement sur un reportage Arte qui parle de ces femmes mariées de force à treize ans, violées, agressées, battues, engrossées, insultées et cachées derrière la porte imprenable d’une habitation sans nom, dans un pays dont la première syllabe nous fait frissonner et on se précipite sur la télécommande pour basculer sur un autre programme, quelque chose de plus sucré, de plus funky. On pousse un soupir de soulagement et on pense toutes : « Heureusement, je suis née en France, en Europe, heureusement… ».

Puis, nous parcourons le journal Le Monde et apprenons que, sur une période d’une semaine, les signalements de violences conjugales ont augmenté de 30% depuis le début du confinement. En France ? Non jamais !

Je crois que le confinement peut révéler le meilleur comme le pire chez nous autres humains.

INTROSPECTION

Pour ceux qui, comme moi, aiment se prêter à l’introspection quotidienne, le confinement offre le temps, beaucoup de temps pour penser, faire le point et ne garder que ce qui a le plus d’importance dans la vie. Le bonheur est devenu quelque chose qu’on doit arracher aux lois et restrictions étouffantes qui dictent et uniformisent le quotidien de chacun. Alors, on n’a plus le temps de s’accrocher à des vieilles guéguerres, d’inutiles rancunes, des jalousies toxiques, bref tout ce qui dérobe les quelques instants parfaits qui oxygènent l’âme.

STAGNATION

À côté des amoureux de l’introspection, on trouve les « stagnants ». La crise ne les rend ni meilleurs ni pires, non, ils ne changent pas. Les stagnants ont une forte capacité de survie, car ils ne se posent pas trop de questions sur eux-mêmes, sur la suite, sur la vie. Ils poursuivent leur route comme elle a commencé avec le même flegmatisme légendaire. Ils sont capables d’avaler une quantité astronomique de séries et d’émissions en tous genres, histoire de faire passer le temps. Ils ne se lancent jamais dans des combats perdus d’avance, ils attendent, confiants dans leur bonne étoile que le ras de marée va prendre fin, demain, un jour, qui sait ?

VIOLENCE

Enfin, cohabitent avec les yogis et les stagnants, les « violents ». Ceux-là, personne n’aime en parler, on préfère les oublier, voire les nier. Les violents étaient considérés par les grands penseurs grecs comme la première et grande menace de la société. La catharsis n’a pas bien opéré sur eux. On a eu beau les coller au premier rang de l’orchestre et maintenir leur tête pour qu’ils gobent et expient leurs passions meurtrières à travers le déchaînement fou d’un Néron, d’une Hermione ou encore d’une Médée sur scène, rien n’y fait. Ils sont « possédés » par une colère originelle qui ne faiblit pas et ils détruisent tout sur leur passage.

LA VIOLENCE TUE PLUS VITE QUE LE VIRUS

Si je vous disais que la société a commencé à mourir bien avant l’arrivée du Covid, me croiriez-vous ?

Quand je constate qu’il existe bon nombre de pays où les femmes sont encore traitées comme des marchandises qu’on vend en mariage à des hommes odieux qui ont plus du double de leur âge ; que la violence physique et le viol sont monnaie courante dans les pays rongés par la guerre et la corruption ; qu’on frappe femmes et enfants sous l’effet de la drogue, de l’alcool, de la folie dans les nations dites « éclairées » ; qu’on vend le corps de la femme en marketing à consommer tout de suite et à volonté sur les chaînes TV, les réseaux et sites web ; qu’on prend note distraitement d’une plainte pour violence, abus et manipulation psychologiques déposée par une femme dite « névrosée » (c’est tellement plus commode), je me demande quand on donnera un nom et un vaccin à ce fléau.

Aujourd’hui, permettez-moi de dire que ce fléau à un nom : c’est la Mort, la mort de l’humanité programmée dans nos sociétés si friandes de statistiques. Quand on accepte la violence comme une nouvelle forme d’amour passionnel dans les films et séries à la mode, quand le bourreau devient un héros, quand la violence est le moteur de l’entreprise du jeu vidéo, quand les enfants naissent dans des foyers explosés, vides et toxiques, quand les femmes courent sans réfléchir pour devenir des « gros durs », quand on exploite son corps et celui de l’autre comme une pure machine du désir, quand le caprice est devenu l’éthique et l’écran la seule relation humaine, je ne m’étonne plus que l’humain soit en voie d’extinction.

Oh ! Je sais bien, on va me rire au nez ou pire me détester et m’insulter (toujours très courageux les commentaires orduriers anonymes) pour ces propos alarmistes. Et si le virus qui ravage la planète n’était qu’une manifestation extérieure d’une société malade et pourrie de l’intérieur ?

LA LOI DU SILENCE

Chères amies, rien ne vous oblige à suivre le schéma destructeur que le monde vous tend comme la seule voie « à la mode » ! Personne ne vous tient écrasées sous la coupole d’un homme violent et foncièrement faible, si ce n’est votre peur d’être seules, votre peur de parler, votre peur d’exister. Personne ne peut être votre meilleure amie à part vous-mêmes.

Imaginez un court instant que vous vous regardiez à distance. Observez cette femme immobile et muette sous les paroles tranchantes et destructrices d’un connard, un vrai. N’auriez-vous pas envie de vous précipiter pour arracher cette femme aux griffes de ce minable pervers ? Vous feriez tout pour trouver à cette femme un travail, un logement, un psychologue, un avocat, un parent.

Cette femme, c’est vous et cet ami providentiel, c’est également vous. Vous seules pouvaient décider de dire « Non ! », « Ça suffit », puis de partir pour de bon, sans jeter un regard en arrière. Je sais combien notre société est lente et dysfonctionnelle pour ce qui est de protéger l’humain des maltraitances physiques et psychologiques. La loi du silence est partout de mise.

L’AMOUR DE L’UNIVERS

Mais je connais également cette grande vérité :

« Quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir. »

Paulo Coelho, L’Alchimiste (1988)

L’univers peut bien s’être réduit à votre pupille noire, si noire, brouillée de larmes aigres et chaudes, rien n’est encore perdu. Lui qui a promis qu’Il « essuiera toutes larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car les premières choses sont passées » (Apocalypse 21 : 4) conspirera à votre délivrance…

J’ai entendu vos plaintes, j’ai pleuré avec vous, j’ai prié pour vous et de cette lutte est sortie Starry, Starry Night, mon roman, ma voix et la vôtre. Si le confinement resserre et cimente les murs de votre prison domestique, soyez pour vous-mêmes cette amie qui tend la main tout le jour, qui donne de l’amour à chaque inspiration, qui réduit la cellule en cendre et qui croit à votre guérison.

Mon roman parle de vous et pour vous. Quand bien même vous ne pourriez plus briser votre miroir de désolation, relever votre corps ramassé sur le tapis d’une salle de bain sordide, dire « assez ! » et partir, je serais là tout près de vous, à vous répéter que vous êtes tellement plus que ce que vous croyez être aujourd’hui, que vous n’êtes pas seules, non jamais.

« Pourtant, elle continue de l’attendre, affamée de son amour qu’il reporte indéfiniment au lendemain.

Il dit qu’elle l’a trahi en parlant de l’argent à ses parents, il dit qu’il ne veut plus rien d’elle, il dit qu’elle n’est qu’une enfant. Il l’a dit une fois par la bouche et il le respire continuellement par les yeux. Elle est méprisable, elle n’est rien tant qu’il n’a pas décidé qu’elle est assez punie. Il la punit par ses silences, il l’ignore, il s’enferme dans sa chambre pendant des heures jusqu’à ce qu’elle comprenne la leçon. Et cela dure depuis des jours. »

Lise Paty, Starry, Starry Night (2019)

STARRY, STARRY NIGHT

Il est temps de parler, il est temps d’en parler…

Il est temps d’affirmer que le dicton pseudo-amoureux « Je t’aime un peu, pas du tout, à la folie » n’est qu’un odieux mensonge. Nous femmes croyons longtemps et à tort que le seul amour qui existe soit celui de l’homme dit « providentiel », celui qu’il daigne nous donner entre deux contrariétés, entre deux mots et gestes violents et nous restons là pendues à ses oscillations émotionnelles. La maltraitance fonctionne tant qu’elle fait vibrer la mélodie plaintive de nos cordes intérieures : c’est un air vaguement familier, une rengaine qui nous assourdit depuis l’enfance et qui a enveloppé notre cœur d’épaisses ténèbres.

Pourquoi cela nous arrive-t-il à nous ? Qu’est-ce qu’on a bien pu faire pour mériter ça, hein ? Rien du tout. C’est ce monde malade qui a produit des bourreaux incurables qui ont reniflé notre désespoir pour y planter leurs crocs empoisonnés. Au début, le bourreau dit nous aimer à la folie, puis un peu moins et parfois pas du tout. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Rien. C’est lui qui n’aime rien d’autre que lui-même. Éternellement vide, il s’est branché sur notre cœur déjà bien abîmé pour pomper, pomper le sang, l’oxygène, la vie… Plus il se sent fort, plus nous mourons. Oui c’est bien cela la maltraitance et moi, je l’ai en horreur !

Cependant, je suis lucide ; aujourd’hui, je n’ai aucun pouvoir pour vous libérer de votre prison domestique. Vous seules détenez les clefs. Je sais que ça sera difficile, je ne vais pas vous mentir, vous allez encore et beaucoup pleurer, mais demain le soleil brillera de nouveau.

Un soir, il y a quelques années, allongée dans l’herbe humide, je me suis perdue dans un ciel étoilé et j’ai prié pour ma délivrance, pour la vôtre, pour celle de toutes les femmes. J’ai découvert l’Amour de l’Univers dont parle Paulo Coelho : cet Amour crée, donne, guérit, sauve. C’est le premier amour à rechercher avant celui de tout homme imparfait. Seul cet Amour ramène à la vie un cœur brisé et mourant.

« Donne-moi un cœur nouveau, un cœur tendre, un cœur de femme… »

N’est-ce pas ce que la Samaritaine, Marthe et sa sœur Marie, Marie de Magdala, la femme adultère, la femme affligée d’une perte de sang et toutes les autres ont demandé au Christ quand elles sont allées à sa rencontre ? Il les a toutes guéries, aimées et sauvées. Il fera de même pour vous.

Laissez-moi glisser sous la porte de votre habitation sans nom mon espoir, mon roman, pour que vous teniez un jour de plus, puis encore un autre, avant de retrouver l’air chaud et parfumé de l’été, libres, sous un ciel étoilé ou au bord d’une plage désertée.

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Starry, Starry Night est disponible en version papier et e-book sur le site de mon éditeur :

Starry, Starry Night

sur Amazon :

sur la Fnac :

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

sur Cultura :

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

FASCINATION

12 FÉVRIER 2020

On pourrait croire que je me prépare à faire un remake de la trilogie de Stephenie Meyer, je vous rassure, il n’en est rien, encore que…

Dernièrement, alors que je zappais négligemment jusqu’à faire exploser « mon bouquet TV », un samedi soir, je suis tombée sur une émission bien connue qui fait passer pendant des semaines des auditions « à l’aveugle » pour débusquer non pas un, mais pléthore de talents, défendant la fameuse devise « Tout le monde peut-être un(e) chanteur(se) », ou encore « J’aurais voulu être un(e) artiste… » mais ça ne paye pas, c’est juste too late, mon gars !

Où en étais-je ? Ah oui, donc, la fille débarque sur le plateau, mais avant ça fait une rapide review de sa vie, une bande d’annonce en retard, quoi ! Ah ! cette génération d’influenceuces, de YouTubeuses, quel ego ! Bref, la fille se présente et justifie sa présence à l’émission de cette façon : « Je veux montrer, ce soir, qu’on peut ne pas être une victime toute sa vie ». What ? Tu débarques sur un plateau blindé, sous les projecteurs et devant des millions de spectateurs tu déclares de but en blanc que tu as subi des maltraitances dans ton enfance, puis tu hurles le « Je t’aime » de Lara Fabian.

Vous allez me trouver dure, une fois encore, mais où est partie toute la décence du monde ? Cela confirme mon analyse précédente des Millennials comme d’une génération qui ne sait pas faire la différence entre privé et public. J’irais même plus loin. La jeunesse croit aujourd’hui dur comme fer que pour retenir l’attention, être écoutée, gagner l’amour et donc se définir, il faut se convertir en victime, déchirer sa chemise et montrer toutes ses cicatrices : « Regardez, là, on m’a cogné(e), là, on m’a humilié(e), là on m’a tiré(e) par les cheveux, là, on m’a abusé(e)… »

Je sais bien qu’on a œuvré pendant des décennies pour délier les langues, faire parler les femmes maltraitées, les enfants victimes de sévices, les hommes humiliés, mais n’a-t-on pas ouvert une autre boîte de Pandore ?

Je m’explique. Une image vaut mieux qu’un long texte. Les médias le savent pertinemment et se nourrissent de ces témoignages filmés, de cette mise à nu permanente qui est censée faire avancer la législation, rompre le silence et surtout, il faut bien le reconnaître, faire vendre, faire monter l’audimat.

Alors ma question est toute simple : est-ce qu’on se nourrit, au XXIe siècle, du malheur des autres ? Est-ce qu’on renifle leurs blessures comme des vautours ? Est-ce qu’on est fasciné par la violence et la manipulation ? Être victime est-il plus vendeur qu’être fort et digne ?

S’il ne s’agissait que de paroles lancées sans réfléchir sur un plateau télé, la situation serait bien moins préoccupante. Il y a une contradiction pernicieuse soulevée par les associations féministes et les organisations de défense de femmes victimes d’abus : d’un côté, les affaires d’abus sexuels dans les domaines du sport, du cinéma, du théâtre ne cessent de nous exploser en pleine figure, chaque mois, dès que nous nous intéressons à l’actualité ; de l’autre, on multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

On multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

Certes, il est normal et attendu que la justice prenne au sérieux les révélations de femmes abusées dans leur jeunesse par des réalisateurs, des coachs, etc. Une fois encore on constate la force de cette solidarité féminine qui pousse une langue à se délier, puis une autre et une autre. Le courage de la première finit par gagner toutes les suivantes et c’est une avancée considérable pour la cause des femmes qui ne sont pas des objets de consommation, mais les maîtresses de leur âme et de leur corps.

Cependant, je condamne les journalistes et le showbiz qui se nourrissent de ces « affaires » malheureuses pour accrocher le grand public à la fange d’actes innommables qui font bien vendre ! Les victimes restent des victimes et ne seront plus connues à l’avenir que comme des victimes… C’est bien toute la réparation qu’on leur donne. On dilapide ainsi le nom comme autrefois d’autres ont dilapidé le corps et l’âme ! Je suis outrée !

Vous savez ce qui se passe quand une femme se rend au commissariat immédiatement après un viol, ou une tentative de viol : une fois les formalités, la déposition remplies, il est fréquent que la femme se rende à l’hôpital pour procéder à des examens médicaux évaluant les marques et séquelles du viol. Imaginez l’état de cette femme. La salle d’examen ne tarde pas à devenir une véritable chambre froide, une antichambre de la mort, parce que, oui quelque chose est mort en elle, n’importe quelle femme violée vous le dira. Objet inanimé, son corps est raide ou tremblant, les larmes coulent ou ne coulent pas, son cauchemar continue…

Alors, par respect pour toutes ces femmes dont le corps, l’âme et la vie ont été souillés par un homme vil, faible et immonde, laissons leur immense douleur reposer dans le dossier jaunâtre et l’oreille discrète des infirmières. Il faut que le bourreau soit jugé et puni, c’est évident, car il a en va du destin d’autres femmes. Mais j’ai bien envie de hurler quand je constate que, d’un coup de baguette magique le cinéma, Netflix, la télévision font endosser au bourreau le rôle du héros, à la victime celle de la femme amoureuse et soumise et à l’abus sexuel et émotionnel celui de l’Amour, avec un grand A.

Ça vient de sortir sur Netflix, une série en vingt épisodes, consacrée à une sorte de pervers narcissique et à sa victime : You. Ou bien la sulfureuse trilogie adaptée des romans de la britannique E. L. James par la réalisatrice Sam Taylor Johnson : Cinquante nuances de Grey, on va du sombre au plus clair, on n’y comprend rien, tellement c’est à vomir. Le plus honteux dans cette affaire, c’est que ce sont des femmes qui sont à l’origine de ce tas d’immondices, comme quoi on est capable du meilleur, comme du pire.

Dans un cas comme dans l’autre, la bande d’annonce m’a suffi, car je ne pourrai jamais, moralement, cautionner ces productions infâmes. Oui, ce sont bien nos Millennials qui sont les premières cibles de ces intrigues passionnelles débridées et mensongères. À une époque où le mot, la notion d’ « amour » est tellement galvaudée, où les parents laissent aux enfants et adolescents le soin de découvrir la sexualité par les séries, la pornographie et les vidéos suggestives concoctées dans un coin du collège ou dans une maison-fantôme vidée de parents toujours trop occupés, de morale et de repères existentiels, ces productions au départ doucereuses, puis terriblement érotiques, trouvent leur public.

Avec 365 221 entrées en France, Cinquante nuances de Grey est considéré comme le plus gros démarrage de l’année 2015. Alors on ne s’arrête pas là, bien sûr, si on peut continuer de se faire de l’argent sur le mensonge, le sexe, la manipulation et les abus, allons-y, Mesdames des studios ! Et ACTION…

Les associations féministes ont appelé au boycott du film avec la campagne #50dollarsnot50shades, autrement dit faites don de 50 dollars à une œuvre caritative destinée à aider les femmes victimes de relations abusives « comme celle que le film veut rendre glamour », plutôt que « de les dépenser en places de cinéma, baby-sitter, popcorn et boissons ». On dénonce alors « l’abus, la violence et les rapports sexuels sadiques », on montre combien les dialogues du film sont dangereux. J’en veux pour preuve la menace verbale faite par le riche bourreau – Christian Grey – à l’ingénue étudiante – Anastasia Steele : « Il fait très froid en Alaska et il n’y a nulle part où courir. Je te trouverai. Je peux tracer ton portable, tu te souviens ? »

Cette campagne est presque passée sous silence, une goutte d’eau dans la marée humaine déferlant dans les salles de cinéma. Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente. La violence sexuelle ainsi idéalisée, il n’est pas étonnant que ces mêmes adolescentes se plient au chantage malsain de camarades, amis FB ou followers leur demandant de se dévêtir devant l’objectif pour gagner quoi ? Quand allons-nous réagir ? Autrefois, on taisait tout, par peur des représailles, du bannissement social ; aujourd’hui on déballe tout et on transforme la perversion, la manipulation et l’abus sexuel en amour suprême.

Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente.

Les parents courent à la carrière et à une hypothétique reconnaissance sociale et le Ministère de l’Éducation n’a rien trouvé de mieux que d’enfermer les adolescents de quatorze ans dans une salle de classe avec une infirmière et une psychologue particulièrement incompétentes pour refaire leur éducation sexuelle qui se résume souvent à : « Écoutez, les enfants, un garçon est une fille et une fille est un garçon », puis s’en suit une liste interminable des pratiques sexuelles en tous genres, héritées de ces mêmes films et séries érotiques. Une fois le topos terminé, il reste bien quinze minutes avant la sonnerie, alors on la joue franc jeu : « Qui d’entre vous a un(e) copain(ine) ? Qui sait comment mettre un préservatif ? Qui a déjà eu des relations sexuelles ? » J’arrête là le catalogue de la bêtise éducative, c’est déjà lourd à digérer, nul besoin d’ajouter qu’on est loin des cigognes et petites abeilles du siècle passé…

Ce qui me gêne, voyez-vous, c’est que tous ces artifices cachent la réalité : un bourreau est un homme très faible qui s’engouffre dans les failles de sa victime hypersensible, résiliente, brillante, empathique. Cette relation finit par plonger la femme dans une grande dépendance, pas loin d’une addiction. Véritable chasse aux sorcières de notre millénaire, on traque les pervers narcissiques, on les voit partout, bien que les spécialistes affirment qu’ils ne constituent que 2 à 10% de la population, c’est déjà trop, vous me direz… Peu importe les chiffres, j’ai bien peur qu’on soit fascinés par la manipulation sous toutes ses formes et particulièrement dans le domaine amoureux. Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ? Les aime-t-on parce qu’ils nous font devenir victimes et qu’on a enfin quelque chose à raconter ?

Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ?

Je m’interroge et j’aimerais qu’on rende hommage à la résilience et non pas à la relation bourreau/victime. J’aimerais qu’on offre un répit à ces hommes et femmes qui portent en eux et sur eux une « cicatrice invisible ». C’est la blogueuse Mel qui m’a fait découvrir cette jolie expression dans un de ses articles :

« Vous voyez où je veux en venir ? Une blessure physique est un choc traumatique pour le corps et on peut dire que la relation d’emprise avec un ou une pervers narcissique est un choc psychologique d’une grande violence pour la personne qui le vit.

Comme lors d’une blessure physique, après cette relation, ce choc vécu pendant des mois et souvent pendant des années, le corps et l’esprit n’en ressortent pas indemnes.

Bien évidemment, après une relation avec un pervers narcissique, même si l’on a encore mal ou que l’on a eu mal, la cicatrice, la blessure, elle, ne se voit pas. Il n’y a pas de marque, pas de signal d’alarme qui rende les gens plus délicats et plus attentifs. »

Qui donc en parle de cette « cicatrice invisible » ? On préfère les gros titres, les romances perverties et les émotions exacerbées que le silence tout résilient de ces femmes et hommes qui empruntent le long et si solitaire chemin de la guérison.

Je me rappelle encore, et peut-être l’ai-je déjà mentionné, le gardien de la vieille église sur l’île de Procida, au large de Naples. Cet italien solitaire, homme de peu de mots, au teint buriné et animé d’une grande douceur, m’a fait visiter le toit délabré de l’église. Promontoire face à la mer indigo, ce toit était son refuge quotidien. Assis sur sa chaise, un livre à la main, un carnet ou la guitare du gitan posée tout à côté, le gardien de l’église a quelque chose de l’ermite des temps anciens. Il m’a montré les restes de l’abbaye à flanc de colline, l’île de Vivara, réserve naturelle abritant encore quelques vestiges et l’île d’Ischia. Le gardien de Procida a le regard apaisé d’un homme qui a passé des heures, des mois, des années à contempler la mer et la Création. Je n’ai jamais retrouvé une telle sérénité chez aucun homme ou aucune femme que j’ai côtoyé(e).

Ce qui me vient à l’esprit, là tout de suite, c’est que nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation. Il est possible que nous ne soyons plus jamais la même personne, à l’image de Frodo qui comprend, une fois rentré de sa quête et du Mordor, qu’il ne sera plus jamais le hobbit joyeux et insouciant qu’il était. Je pense à tous ceux qui déclarent comme Frodo que certaines blessures sont si anciennes et si profondes qu’elles semblent s’être emparées d’eux.

Nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation

Frodo prend un bateau en compagnie des Elfes pour gagner l’Ouest, quittant définitivement la Terre du Milieu. Nous ne pouvons pas tous partir et fuir notre passé éternellement. Je pense, quant à moi, que Frodo ne fuit rien, il trouve simplement sa destination. Il faut renoncer à la Fascination pour abandonner sa dépendance à un manipulateur ou à quelqu’un de tout simplement nocif. Il faut sonder son âme avec honnêteté, lâcher l’anneau dans les flammes de la Montagne du destin, rentrer en soi-même comme dans un trou de hobbit et exposer ses blessures, non à notre monde hyperconnecté et médiatique, mais à la chaleur et à l’amour de l’Univers, sur le toit en ruine d’une église chahutée par la mer capricieuse.

J’ai trouvé la Grâce à Procida, comme le vieux gardien de l’église, peut-être parce qu’il m’a transmis, sans un mot, un peu de cette sagesse ancestrale si nécessaire au cœur de l’Homme et si longtemps oubliée. J’ai marché des heures sur le sable noir de cette île silencieuse et ma blessure a accepté de se découvrir pour être nettoyée par l’eau salée et pure de la mer. Sortie de mes décombres, j’ai commencé à respirer et depuis, je n’ai jamais cessé d’inspirer à pleins poumons.

Savez-vous quelle est la première et récurrente question qu’on me pose après la lecture de mon roman Starry, starry night ?

« Dites, Lise, c’est votre histoire, ou bien… ? »

C’est dire combien notre société est friande de déballages personnels et émotionnels. On veut un visage sous mon chapeau, on veut des noms sous le « elle » et « il » de mon roman, on veut du vrai, quoi !

Chères lectrices, chers lecteurs, et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ? Si mon « elle » était une symphonie de « elles » blessées et résilientes, si mon « il » un chœur criard de faibles hommes sans passé et sans avenir ? Cesserez-vous de lire mon roman ? Il n’y a ni nom, ni lieu, ni date pour échapper aux projecteurs, éviter la fascination dangereuse et parler à toutes les femmes. C’est là ma vérité et mon combat…

Et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ?

LISE

ALTITUDE

4 décembre 2019

« Women need solitude in order to find again the true essence of themselves »

Anne MORROW LINDBERGH

Chères lectrices, chères amies,

J’ai pensé à vous aujourd’hui…

J’ai gravi une butte dominant une très vieille forêt, elle-même coupée en deux par un large sillon étouffé sous la brume d’une fin d’après-midi glaciale.

J’étais seule, enveloppée dans mon large manteau et le nez collé à mon fidèle ami, mon cher Canon, qui semble toujours voir le monde un peu mieux que moi, un peu plus que moi.

Inévitablement, j’enferme mes visions dans sa lentille et son objectif voyeur et je continue d’avancer. J’ai pris de la hauteur pour me pencher sur la ligne d’horizon et la cime des arbres. Le tapage de la ville, le ronronnement des voitures, les courses affairées de Noël ont bien vite reculé derrière le brouillard humide et j’ai fini par être coupée du monde.

Adossée à la croix signalant le carrefour des chemins, j’ai pensé à vous, j’ai pensé à la force des femmes et aux voix tapageuses qui essaient tant bien que mal de les embarquer sur des sentiers inconnus, perdus, stériles.

J’étais privilégiée d’avoir pu m’échapper de la frénésie des villes. Parfois, il suffit d’une butte, d’une colline, d’une montagne pour élever notre pensée et mieux absorber ainsi l’amour de l’Univers.

On dit que Noël fête l’amour, la renaissance, l’espoir et pourtant, cette période est devenue une liste interminable d’achats en tous genres : cadeaux, nourriture, décorations. Une période troublante et éreintante pour les femmes perfectionnistes persuadées de ne jamais faire assez, jamais donner assez, jamais être assez.

Pourriez-vous abandonner votre chariot et me rejoindre sur la colline ?

On ne peut rien donner quand on est soi-même vidé de tout. Notre siècle a tordu l’amour véritable en gages de consommation. On est passé de l’orange du Père Noël à la tablette ou console dernier cri payée à crédit par les « bons » parents.

Acheter est-il le signe d’un amour exemplaire et inattaquable ?

Quel est le véritable sens de « donner » ?

On ne peut rien donner quand on est soi-même vidé de tout.

Quand je contemple les créations de la Terre, celles-ci ne me demandent rien en retour, aucun avis, aucun like, aucune obole. Elle se remplissent de ma respiration profonde, de mon émerveillement, des clichés que je leur dérobe secrètement et rien de plus. Nous nous toisons depuis trente années et nous en sommes arrivées à nous respecter mutuellement comme êtres vivants, matière organique, esprits libres.

Ne voyez-vous pas, chères amies, que le monde des hommes a placé un écran invisible entre nous et la Création ?

Cela me rappelle les aquariums. Le visage collé contre l’épaisse vitre, je désire rentrer dans l’élément liquide, mais tout ce qu’on me donne c’est l’impression d’évoluer parmi les poissons, requins, raies, tortues de mer. Ils tournent en rond et moi aussi et je sors de ce cirque maritime sans rien savoir d’eux et eux, sans rien savoir de moi. Je suis dépitée, mais les autres sont satisfaits d’avoir pris un selfie avec le premier requin qui a bien voulu faire un tour gratis.

Notre culture s’est amourachée du FAKE. Tout est illusion et coquille vide, tout est cassable et remplaçable, parce que nous avons délaissé le vrai pour la quantité et les prix cassés, en d’autres termes, le made in China. Seulement voilà, nous sommes arrivés à un point où les produits de consommation ne sont pas les seuls repris, échangés et remboursés trois fois, nos relations aussi.

Génération twitter et zapping, nous estimons qu’une relation humaine doit avoir une date de début et de fin, que l’autre sert nos appétits et pourquoi pas, devient un faire-valoir. Dans cette vaste farce en quatre dimensions, nous pédalons sans arrêt dans notre cage à hamsters jusqu’à ce qu’une tragédie de la vie nous expulse loin, derrière la vitre, sur l’herbe mouillée, dont nous avions oublié l’odeur.

Tout est illusion et coquille vide, tout est cassable et remplaçable, parce que nous avons délaissé le vrai pour la quantité et les prix cassés.

Assommés par notre chute brutale et inattendue, nous commençons à nous dissoudre dans ce vide qui a constitué notre existence toutes ces années. On nous propose alors, avec compassion ou pitié, d’endormir ces émotions négatives puissantes à coup de Xanax, espérant soit nous laisser à terre un temps, soit nous abrutir pour que nous acceptions de retourner dans notre roue à hamsters sans broncher.

Privés de notre vie sensorielle et de nos sombres pensées, nous nous croyons guéris de notre mal (que personne n’a osé ou su nommer), mais nous nous cognons un peu plus le front dans l’aquarium étouffant du monde des hommes. Change de travail, de compagnon, d’enfants, d’appartement, de vie et tout rentrera dans l’ordre !

Illusion, mensonge, graal introuvable qui nous fait courir derrière la locomotive et tout recommencer à l’identique dans le premier wagon où nous nous hissons. Parce que tout semble être du bas de gamme, nous finissons par tout rendre au comptoir de la vie, nous soldons tous nos crédits, rompons avec nos fake friends, fake lovers, fake co-workers et débarquons dans un ashram en Inde pour apprendre à méditer.

Tobias Menzies alias Prince Philip exprime brillamment cette « midlife crisis » dans The Crown, saison 3:

« There have been more of it lately… compulsive overexercising, an inability to find calm, or satisfaction, or fulfillment. And when you look all these symptoms, they all suggest, I’m slap bang in the middle of a… I can’t even say what kind of crisis. You look in all the usual places, resort to all the usual things to try and make yourself feel better. Something was amiss… Faith. I’ve lost it. And without it, what is there ?

The loneliness and emptiness and anticlimax of going all that way to the moon to find nothing, but haunting desolation, ghostly silence, gloom. That is was faithlessness is. As opposed to finding wonder, ecstasy, the miracle of divine creation, God’s design and purpose. What am I trying to say ?

I am trying to say that the solution to our problems, I think, is not in the ingenuity of the rocket, or the science or the technology, or even the bravery. No the answer is in here, or here, or wherever it is that Faith resides. »

« You look in all the usual places, resort to all the usual things to try and make yourself feel better. Something was amiss… » Prince Philip

Chères amies, la véritable clef du bonheur est ici, quelque part dans notre âme ; toute chiffonnée, repliée dans un coin, oubliée, se tient notre foi. Elle est fragile, ne tient pas à grand chose, mais sans elle, nous étouffons pour de bon. La société de consommation maltraite la foi et la bannit de notre vie ; notre société nous promet que si nous dépensons tout notre sou pour tel gadget, tel vêtement, telle voiture, telle maison, nous serons comblées et en sécurité. En réalité, les achats compulsifs créent le manque, l’irritabilité, la dépendance et les dettes dans un gaz hilarant de plaisirs charnels qui ne peuvent durer.

Je vous supplie donc de pousser la vitre de cet univers en carton, de gravir votre butte et de chercher la foi en cette période de Noël. Là réside la seule et durable paix que le monde des hommes a remplacé par la frénésie. Vous n’avez pas besoin de tout plaquer et de passer une année dans un ashram pour trouver la foi. Elle est déjà en vous, mais faible comme un nourrisson, elle ne sait pas encore tenir debout toute seule. Nourrissez-la de cet amour gratuit et pur de l’Univers et elle vous portera vers de plus hautes montagnes, dissimulées au reste du monde.

Elle est déjà en vous, mais faible comme un nourrisson, elle ne sait pas encore tenir debout toute seule.

Et parce que je suis portée par ma vieille foi, je vous supplie de tendre la main à celles qui sont perdues, errant sur des routes étranges. Ces sœurs qui se croient déjà mortes, parce qu’elles ne savent plus qui elles sont, parce qu’on a volé leur dignité, piétiné leur tendresse et exploité leur foi. Ces femmes muettes ont désappris leur langage, elles ont donc besoin de votre voix et de la mienne. Starry, starry night, ma bouteille à la mer, peut être leur planche de salut, à condition qu’il leur parvienne rapidement. Ne tardez pas, offrez-leur cette lueur dans la nuit qui les habite. Cela pourrait être votre plus beau don de Noël…

Bien à vous,

Lise

LIENS:

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

Bouteille à la mer

22 juillet 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

Un sage a dit « Girls with dreams become women with vision… »

J’ai entendu Meghan Markle citer cette phrase à la fin de son discours retentissant à l’ONU en 2015.

Je me suis alors demandé si une femme, une seule femme, pouvait être cette petite pierre qui dévale la montagne, se polit contre les rochers rugueux et entraîne avec elle d’autres pierres aussi maladroites, inexpérimentées et apeurées qu’elle.

Je rêve depuis toujours de recevoir plus de moments de paix et de certitude dans ma vie. Savoir que je suis là où je dois être, en train de faire ce que je sais devoir faire.

Je vois tant de femmes inquiètes qui comblent un vide profond et caché par un perfectionnisme frénétique dans leur travail, leur relation conjugale, leurs tâches quotidiennes et l’éducation des enfants.

Elles ne roulent plus dans la bonne direction, elles n’entraînent rien que de la poussière et elle se jettent tout droit dans un gouffre, une crevasse où personne ne viendra les chercher.

Les sévices qu’une femme peut subir de la part d’un homme – patron, conjoint, père – ne sont que la manifestation extérieure de ceux qu’elle s’inflige à elle-même, sans même en être consciente.

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité : « je ne suis pas assez jolie, pas assez organisée, pas assez performante, pas assez forte, pas assez attirante, pas assez intelligente, pas assez douée… »

Et parfois cette négation qui a envahi toutes ses phrases et entaché le « je » de son existence finit par gommer absolument tout le reste : « je ne suis pas, je ne suis rien… »

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité

Ma bouteille à la mer, c’est mon roman.

Ma bouteille à la mer, c’est un miroir implacable, dur, éblouissant tendu à toutes les femmes. Car je crois que le corps parle quand l’âme s’est éteinte dans « la négation ». Et ce corps vous dira tout ce qu’il a à vous dire… Il se courbera pour vous dire qu’on vous a rejetées, il s’épaissira pour vous dire qu’on vous a humiliées, il saignera pour vous dire qu’on est en train de vous tuer.

Ma bouteille à la mer, c’est Starry, Starry Night.

Promesse que les ténèbres qui sont en vous peuvent être dissipées par une étincelle de vie tenace, que le vide peut être comblé, que les blessures seront vidées et recousues, que la peau neuve et nacrée s’attendrira pour vous conduire sur de nouveaux chemins.

Nous n’avons rien à justifier, ni notre vie, ni notre valeur, ni notre beauté.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte. Nous rêvons et c’est bien suffisant pour connaître notre vérité et la dire. Nous existons et c’est bien suffisant pour accueillir la joie qui nous est réservée depuis toujours.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte

Je crois que si l’affirmation de mon existence remplace le fléau de la négation, les bourreaux reculeront dans les ténèbres : d’abord mon bourreau intérieur, puis tous les hommes faibles qui revêtent le costume du tyran pour mieux cacher leur propre néant.

Me voilà au sommet de mon Everest, je lance ma petite pierre si imparfaite – Starry, Starry Night – et je prie non pour la célébrité, les louanges des hommes, mais pour qu’elle entraîne d’autres petites pierres dans son sillage et que nous nous polissions dans l’adversité et l’acceptation de ce que nous sommes : des femmes, des voix dans la nuit, des créatrices, des tabernacles de vies minuscules, des étoiles immobiles, le mystère de l’homme, l’éternité dans un soupir…

Starry, Starry Night est désormais disponible en version papier et e-book sur le site de mon éditeur :

sur Amazon :

sur la Fnac :

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

sur Cultura :

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Decitre :

https://www.decitre.fr/livres/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Chapitre :

https://www.chapitre.com/BOOK/paty-lise/starry-starry-night,80132987.aspx

sur Furet du Nord :

https://www.furet.com/be/starry-starry-night-3210617.html

sur la Librairie des Dialogues :

https://www.librairiedialogues.fr/livre/15993970-starry-starry-night-lise-paty-sydney-laurent

Bien à vous,

Lise

STARRY, STARRY NIGHT

11 JUILLET 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

C’est avec joie et émotion que je vous annonce la sortie de mon premier roman : Starry, Starry Night.

Histoire et mots qui m’ont longtemps trotté dans la tête pendant les nuits sans sommeil et les jours de veille.

Puis vient le soir où, sans prévenir, le torrent fend la roche, les résistances qui étaient en vous et vous muselaient cèdent enfin, l’eau jaillit et l’encre s’écoule sur le papier immaculé.

C’est la voix créatrice qui résonne dans une nuit solitaire, dictée par les Muses capricieuses sous un rayon de lune et une pluie d’étoiles.

Les mots se sont précipités au bord de la plume maladroite pour dire ce qu’on devine à peine dans les yeux livides et les larmes sèches de ces femmes éteintes.

Alors quand on a du courage et le cœur plein de ces souffrances cachées, honteuses, mais tenaces, on écrit.

On écrit parce que si on le tait, d’autres souffriront dans la salle de bains d’un appartement étroit encore des jours et des années, accablées par la violence froide ou brûlante d’hommes indignes de porter le nom d’ « homme ».

Ce roman est tout autant le miroir d’une femme que celui d’un homme. Victime et bourreau, chacun devra accepter sa partition.

Étoiles qui s’attirent par une force aussi redoutable que l’attraction terrestre jusqu’à ce que la femme dise : « Assez ! ».

Mon seul désir est que cette « nuit étoilée » éclaire plus d’une âme , car comme le dit Edgar Allan Poe : « Il peut se faire qu’une vérité soit plus étrange que toutes les fictions ».

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En exclusivité, rejoignez le site de mon éditeur SYDNEY LAURENT pour découvrir la magnifique couverture réalisée par Proxima, le résumé et quelques extraits.

Starry, Starry Night est disponible dès à présent en e-book et la version papier ne va pas tarder, encore deux petites semaines !

J’ai hâte de lire vos commentaires, de vous entendre et de vous rencontrer.

Bien à vous,

LISE