Ô la Nation apprenante !

3 AVRIL 2020

Confinement : semaine 3

Cette crise sanitaire a rapproché les parents, leurs enfants ou « apprenants » du personnel appreneur, ou pas

En l’An de grâce 2020, les enseignants, qui sont passés par toutes les dénominations éducatives et républicaines possibles, anciennement « hussards de la République », puis éducateurs, sont affublés du titre de « personnel appreneur », tous au service d’une grande et unique cause : faire apprendre la Nation, sauver les apprenants de l’obscurantisme des salles de jeux vidéos dans les combles de la maison familiale.

Nul besoin de le répéter, cela fait moult saisons que l’enseignant n’enseigne plus rien, non, il éduque, c’est là toute la subtilité du langage.

AGENTS VIRTUELS

Alors pour redonner un peu de courage aux appreneurs en herbe, également nommés « agents » dans la grande maison de l’Éducation nationale – mon interprétation flatteuse de cette nouvelle périphrase éducative, c’est « agent » comme « agents secrets », les Men in Black du XXIe siècle ; mon interprétation plus réaliste, c’est qu’au nom de l’égalité sociale ou encore politique de nivellement par le bas, on a cédé aux plaintes des agents de maintenance et de nettoyage du collège pour appeler tout le monde pareil, allez hop ! en un clic, Marie découvre sur son rapport d’inspection, qu’après cinq années d’études et dix ans d’enseignement, elle n’est plus qu’un agent du service public qui garde des mouflets, et encore que vingt heures par semaine, faut pas pousser quand même !

Bref, je disais que nos appreneurs/agents sont réconfortés par la déclaration de leur cher ministre qui assure que cette situation inédite rapprochera considérablement les familles apprenantes (il faut bien le dire, les parents sont dans les devoirs jusqu’au cou…) du personnel appreneur. Tissons des liens à distance, tissons… Le point positif, c’est que les classes virtuelles ont considérablement réduit les agressions physiques à l’encontre des professeurs.

La campagne politique est simple : plus on répète, plus on crée des spots TV sous l’égide « Nation apprenante », plus on finit par croire que tout le monde est bien en train d’apprendre quelque chose.

C’est ainsi qu’on secoue quelques appreneurs névrosés des quartiers chauds de la capitale pour faire la pose, faire risette devant la caméra. Jamais leurs cours ne se sont aussi bien passés, normal, ils n’ont plus d’apprenants, enfin ils supposent qu’il y a quand même quelques péquenauds qui reproduisent devant la télé, tous les midis, vers 14h, leurs cartes mentales – « fais un soleil de mots » – si habilement tracées sur le TBI dernier cri ! (remarque en passant, comme ça : le niveau de la Nation apprenante n’a jamais été aussi bas…)

On apprend, on apprend, on apprend…

CLASSE VIRTUELLE

Classe virtuelle de fortune : il doit bien rester vingt minutes d’apprentissage une fois les réglages, coupures, entrées, sorties, avec ou sans casques gérés par l’appreneur dépassé (ouais, disons que c’est la dose de savoir habituellement dispensée en classe physique, une fois les règles de politesse, sanctions, punitions, exclusions, « on se tait » bien distribués).

Côté enseignants : le savoir dispensé à distance frôle le surmenage, le harcèlement et la dépression. Cloués sur une chaise de fortune, les appreneurs tapent et tapent les déroulés de séance, les consignes idiotes, les synthèses en PJ, des pages et des pages d’exercices…

Quand ils ont fini tout ça, sans compter leurs heures, bien sûr, ils attendent les retours des apprenants, leurs évaluations, leurs petites dictées aménagées, leurs QCM bien rodés… Ils prient pour que les apprenants daignent leur envoyer un message poli « Cher… Veuillez… Merci… Cordia… » ; impossible d’achever, les enseignants reçoivent une cascade de messages anonymes et ressortent la loupe, les tests ADN, que sais-je encore, pour identifier les auteurs de ces chefs d’œuvre. Rien. Aucune marque de politesse, aucune signature. Rien.

Les apprenants ont adopté la maxime de Descartes :

« Je pense, donc je suis »

Sauf que, en l’occurrence, ils pensent rarement et ne savent pas grand chose, donc… Non, non, je n’irai pas jusque là, croyez-moi !

Si encore il ne s’agissait que de « Monsieur, a-t-il reçu ma lettre anonyme ? », on s’en tirerait plutôt bien. Car il existe pire que le vide sidéral, eh oui, j’ai nommé les messages agressifs !

ÉCHANGES VIRTUELS

Marie, l’appreneur, se connecte sur l’ENT et que découvre-t-elle ? Trente messages d’apprenants :

« Madame, notre fille (ah oui, parce que ce sont les parents de l’apprenant qui prennent les commandes) s’est donné beaucoup de mal pour réaliser votre exercice et vous lui avez mis un « non noté » (traduction : rien, même pas une petite bulle, rien, le vide, aucune sanction). Nous vous demandons (ça y est, on devient un tantinet directif) de revoir votre position (eh mec ! c’est un exercice bidon qui demande trente secondes d’intense réflexion, ta merveille ne va pas rater son concours d’entrée à Normal Sup’ – parce que les parents considèrent toujours que leur moi miniature est le génie du siècle). Nous (eh voilà, c’est le « nous » de royauté du style « Nous Louis désigné par Dieu comme son unique représentant… ») attendons un retour dans la journée » (Marie n’est même plus « agent », c’est carrément une « domestique » des de quelque chose). Signé par les deux parents pour bien impressionner.

(Pour le bien de la communauté, les fautes d’orthographe ont été enlevées de cette pièce de bravoure parentale.)

Comme si ça ne suffisait pas, Marie reçoit des ordres de ses supérieurs, de la conseillère d’éducation : elle doit répondre, prendre contact, se connecter, s’organiser, corriger, noter (mais bien noter), bref être bienveillante ! La Bienveillance érigée en qualité morale est ce beau vernis écaillé dont on enduit tout le personnel appreneur, plutôt deux fois qu’une, pour que les balles parentales ricochent ou mieux soient absorbées. On plie l’échine, on plie, on plie et c’est clair que Marie a des collègues plus mobiles, plus bienveillants, plus adaptables qu’elle, des vrais couteaux suisses qui filent droit !

COLLÈGUES VIRTUELS

On aurait pu croire que le confinement aurait libéré les appreneurs d’au moins une chose : le ronronnement insipide de leurs chers collègues- couteaux suisses en salle des profs. Mais non et encore non !

Au sommet de cette pyramide vertigineuse, on divise pour mieux régner et on programme dans la Matrix les bons petits soldats qui vont fliquer leurs collègues non bienveillants, non travailleurs, non coopératifs.

Comme si ça ne suffisait pas, les enseignants sont détestés des parents et du grand public, canalisés par la main nourricière qui les agite comme des pantins et enfin épiés par leurs pairs.

Tous bien branchés et connectés à la Matrix rebaptisée « Bienveillance » (pour avoir l’air moins stalinienne), les appreneurs appliquent, appliquent tout ce que leur demande, au moins autant que les apprenants se fichent éperdument de ce qu’on leur répète et demande.

Derrière la majorité des appreneurs, vous avez un agent masqué qui vérifie que vous appliquez le programme, au moins autant que lui, sinon plus. On aurait cru que le confinement aurait anéanti les agents de la Matrix, eh bien non !

Exemple :

Un professeur principal demande à Marie pour les besoins pédagogiques de la classe : quelle était ta dernière évaluation ? quel élève l’a faite ? veux-tu t’inscrire dans le calendrier des classes virtuelles ? si oui, quand ? as-tu contacté les parents ? Et ce n’est que le début de l’interrogatoire virtuel.

Les appreneurs ont bien intégré le programme et sont prêts à dénoncer tous les divergents qui traînent, cachés sous le maquillage du professeur lambda.

Nul besoin pour les créateur du programme « Bienveillance » de former leurs agents infiltrés (ça y est ! on la tient l’explication de la nouvelle appellation d’ « agent » sur le rapport de Marie), ils agissent d’eux-mêmes, enquêtent eux-mêmes, débusquent les récalcitrants eux-mêmes et neutralisent eux-mêmes les divergents qui mettent en péril la mascarade du programme, parce que, oui, tout est toujours une question d’argent et d’économie d’argent dans la Matrix-Éduc !

Allez ! n’oubliez pas de lire pendant les vacances de Pâques ! Certains diront : « Encore une belle occasion de laisser ces fainéants d’appreneurs au repos ! ». Repos ? Confinement ? La crise va-t-elle vraiment rapprocher les appreneurs des apprenants et de leurs parents ? Réponse : mettez des bonnes notes, des compétences vertes, tartiner à la Bienveillance, pas trop de notes parce que

1)trop de réclamations

2)elles ne compteront pas dans le trimestre pour encore plus de bienveillance.

La Crise, c’est comme un kung-fu dans Matrix : on voit enfin qui est agent et qui ne l’est pas, qui a du talent et qui n’en a pas, qui est bon et qui est pourri. Alors oui, on est en train d’apprendre, la Nation est apprenante, on fait le tri dans le vrai et le prétendu, on apprend à désapprendre, pour…

Seule une poignée se débranche de la Matrix. Voilà la seule vérité.

« Remember, all I’m offering is the truth. Nothing more. »

What truth ?

« That you are a slave. Like everyone else, you were born into bondage, born into a prison that you cannot smell or taste or touch. A prison for your mind. »

MORPHEUS

Les Working Girls au bercail ou « la fête est finie »

24 MARS 2020

Qui dit confinement dit retour à la maison !

Eh oui, lundi 16 mars, le président Macron l’a bien dit :

« En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. »

I. « RESTEZ CHEZ VOUS ! »

Bon, qu’en est-il sur le terrain ? Parce qu’il est probable que la guerre soit, d’abord, déclarée dans les foyers avant même qu’ils ne soient contaminés par le Covid-19. Nos chères Working Girls, les Wonder Women du 70e étage d’un building du quartier de la Défense, ont repris le chemin non pas de l’école, mais de la maison, encore que…

En 2019, c’était encore possible de réchauffer à la va-vite les plats surgelés, les dictées préparées et les histoires du coucher. Mais en 2020, il va falloir se renouveler Mesdames…

Car vous avez devant vous, non plus vos chers bambins qui avaient tout dépensé dans la cour de récréation, tout explosé devant les professeurs désarmés et tout donné dans les chorégraphies fantaisistes du professeur d’éducation physique qui s’improvise, à l’occasion, Kamel Ouali du collège ou « comment trouver un sens au dépliage de tapis puants dans le gymnase »… non, vous n’avez plus une progéniture bien rincée et à moitié docile, mais une famille de gremlins surentraînés qui vont tout détruire chez vous !

Malheureusement, cette fois-ci, aucune issue pour les Working Girls qui perdent à la fois leur bureau de PDG et leur liberté grâce au confinement à durée indéterminée… Eh oui ! ça rassure « indéterminé » quand il s’agit du boulot dans une grosse boîte, mais ça fait carrément peur quand il s’agit de vivre H24 avec sa portée !

II. « OCCUPEZ-VOUS DES PROCHES »

Ah ! Les bons petits croissants sortant du four à 9h, prêts à fondre sous la dent dure des adolescents d’exception ! Oubliez ! Maman n’a pas une formation de pâtissière, c’est une femme d’affaire qui vend à profit et achète à perte, d’où les vingt paquets de cornflakes entassés dans le garage, achetés via le Drive, formule : 2+1 gratuit.

Les quarante-cinq jours d’entraînement, oups ! de confinement vont être très très longs, surtout si tous les repas sont lyophilisés ! Finalement, les gars, c’était pas si mal la cantine, hein ?

III. « PRENEZ DES NOUVELLES »

Super Maman-Working Girl est douée pour mener un entretien d’embauche, de carrière, de licenciement. Alors voilà, pendant 45 jours (ou plus), il va bien falloir communiquer avec super enfants-millenials !

Super Maman-Working Girl panique de ouf, car elle n’a jamais fait ça, jamais, jamais. Les quelques heures qu’elle passe, enfin passait, avec ses Millenials en rentrant du boulot sont, plutôt étaient, bien cadrées et productives, normalement, mais ça, eh bien, c’était avant

Super Maman-Working Girl arrive autant à faire plier une armée d’hommes ravalant leur pulsion de chef, ou testostérone, dans la salle de réunion du 70e étage, à la Défense, qu’elle est, il faut bien le dire, désarmée face à trois adolescents irascibles qui

1)n’ont jamais appris à communiquer avec elle,

2)n’ont aucune envie de communiquer avec elle,

3)n’ont pas le temps de communiquer avec elle tant leur vie sociale virtuelle est prenante.

Super Maman-Working Girl a remis le tablier, mais… il lui reste un long chemin à parcourir ! Elle s’apprête à déclarer la guerre à tous les engins connectés qui étaient bien utiles autrefois, (« autrefois », c’est si vieux que ça ma vie « active » ?) pour

1)acheter la paix sociale,

2)racheter ce temps qu’elle ne leur donnait pas,

3)les occuper sans trop d’efforts.

Eh oui ! Super Maman-Working Girl va bien vite regretter tout cet argent durement gagné et dilapidé pour les caprices high-tech de ses bambinos… Chaque Iphone est un écran de plus, dans tous les sens du terme, mis entre elle et la chair de sa chair. Maman payait, mais n’éduquait pas vraiment. Maman aurait dû dire que tout n’est pas vrai, tout n’est pas bon sur le Net et surtout que rien ne remplace une vraie relation faite de sourires, de mots et de câlins… Maman aurait dû, mais elle n’avait pas le temps, elle l’a laissé filer, elle les a laissé grandir et aujourd’hui ce ne sont pas 45 jours en famille, mais 45 jours avec des étrangers…

IV. « LISEZ, RETROUVEZ, ÉDUQUEZ »

Tout un programme, hein ?

Super Maman-Working Girl maîtrise les courbes de la Bourse, les tableaux Excel, les vidéo-conférences, mais jamais au grand jamais elle n’a été préparée à l’école virtuelle, l’école du future, quoi ! La voilà pénétrant à pas feutrés sur l’interface moderne et fonctionnelle, (je vous l’assure, ce n’est pas moi qui le dis, mais Monsieur le Ministre de l’Éducation), j’ai nommé l’ENT, Pronote, Néo, Folios, Scratch-scratch ou plutôt Plouf-Plouf (pour être honnête)…

Super Maman-Working Girl écarquille les yeux pour bien tout saisir :

« OK, concentre-toi, ma vieille. Aujourd’hui et tous les autres jours jusqu’à… (non, non, n’y pense pas !) tes enfants surdoués vont devoir se connecter sur… quoi, déjà ? Pro…pro…pro…note ??? Et elles sont où les notes ? Et ce sont qui eux qui te donnent du travail déjà ? Ah oui ! Les profs ! »

Voilà, on y est, Maman les maudissaient quand elle était à l’école, puis elle les a maudits à chaque mauvaise note, écart de conduite de ses petits anges et maintenant, maintenant, elle les… (non, elle ne le dira pas)… parce qu’il faudrait enfin qu’elle fasse leur boulot ?

Super Maman-Working Girl a oublié que la grande institution qui accueille cinq jours sur sept, dix heures pas jour ses super enfants-millenials mal dégrossis a été rebaptisée « éducation » pour pallier à celle qu’elle et tant d’autres parents ont oublié, négligemment, en passant, de donner à leur progéniture. Monsieur le Président l’a rappelé : « la culture, l’éducation… », retour à l’envoyeur, à la vie communautaire, aux bons vieux devoirs devenus leçons, à la carotte et au bâton pour certains, bref on forme en 45 jours les parents comme jamais auparavant.

Cependant, Super Maman-Working Girl ne voit pas du tout, mais alors pas du tout, ça comme une formation ou une promotion. C’est un véritable calvaire ! Elle ne retrouve pas ses codes de connexion qu’elle a, sans le vouloir, mis à la corbeille début septembre. Elle accuse tout le monde :

1)les enseignants,

2)la Direction,

3)les lutins de la forêt,

4)ses enfants (oui… peut-être…),

5)elle, vraiment, elle ??

Comme ses trois Millenials se contrefichent de ses avertissements, Super Maman-Working Girl finit par passer ses journées, courbée sur la table de cuisine, à écosser les haricots, repriser les chaussettes, remplir les QCM et répondre à ses professeurs. Guidée par l’infaillible précepte « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », Super Maman-Working Girl s’est remise aux devoirs, littéralement, elle fait les devoirs à la place de…

Alors quand son professeur, qu’elle traite, en secret, de tous les noms, lui colle un « non noté » pour son devoir maison sur « la Guerre froide », Super Maman-Working Girl-élève explose de rage ! Le masque ne tient plus, elle déchire le tablier et redevient en un coup de baguette magique Mme la PDG du 70e étage, quartier : La Défense. Elle congédie cet importun qui met à la poubelle deux heures de travail assidu, elle lui demande de « revoir sa position », elle le menace de licenciement par « j’en parlerai à la Direction », elle rappelle, avant d’oublier, le sérieux de son adolescent qui a passé beaucoup de temps sur Fortnite, oups ! la Guerre froide… Elle finit par le maudire, car tout est de sa faute : le virus, le confinement, l’enfer à la maison, la paresse légendaire de ses enfants, les chaussettes trouées, les haricots mal cuits, tout, tout, tout… Car oui, elle en est sûre : ce sont les enseignants qui ont tout bricolé. Avec leurs salaires de ministres, ils ont payé les Chinois, créé la bestiole en laboratoire, contaminé l’humanité pour quoi ? Plus de vacances !!!

Super Maman-Working Girl étouffe de rage. Elle ouvre grand la fenêtre de la cuisine, respire à plein poumons et elle se rappelle :

« CONFINEMENT – JOUR 3 »

Telle une bête traquée et enchaînée à une clôture, elle hurle un long et plaintif : « NONNNNNNNNN !!! ».

La guerre au bercail a commencé et on ne sait pas quand ça va s’arrêter…

C’est bien ce qu’on appelle « le sens de l’essentiel », « le sens des choses », n’est-ce pas Monsieur le Président ?

DEUIL

17 MARS 2020

Why is all this stuff coming up again now ?

I know what they would say, all the old-timers at this Ashram. They would say this is perfectly normal, that everyone goes through this, that intense meditation brings everything up, that you’re just clearing out all your residual demons… but I’m in such an emotional state I can’t stand it and I don’t want to hear anyone’s hippie theories. I recognize that everything is coming up, thank you very much. Like vomit it’s coming up.

Somehow I manage to fall asleep again, lucky me, and I have another dream. No snakes this time, but a rangy, evil dog who chases me and says, « I will kill you. I will kill you and eat you ! »

I wake up crying and shaking. I don’t want to disturb my roommates, so I go hide in the bathroom. The bathroom, always the bathroom ! Heaven help me, but there I am in a bathroom again, in the middle of the night again, weeping my heart out on the floor in loneliness. Oh, cold world – I have grown so weary of and all your horrible bathrooms.

When the crying doesn’t stop, I go get myself a notebook and a pen (last refuge of a scoundrel) and I sit once more beside the toilet. I open to a blank page and scrawl my now-familiar plea of desperation :

« I NEED YOUR HELP. »

Then a long exhale of relief comes as, in my own handwriting, my own constant friend (who is it ?) commences loyally to my own rescue :

« I’m right here. It’s OK. I love you. I will never leave you… »

Elizabeth Gilbert, Eat, Pray, Love (2006)

« BATHROOM SERIES »

Vous connaissez vous aussi ces épisodes larmoyants que je nommerai désormais les bathroom series. J’avoue que je ne comprends pas non plus pourquoi ces lieux étriqués deviennent l’habitacle de nos drames intimes, le déversoir de nos passions incontrôlables et le refuge de notre âme qui menace de s’enfuir dans les ténèbres.

On représente Judy Garland allongée sur le sol, aux pieds de la baignoire, sanglotant après un show raté à Londres dans son biopic Judy récemment sorti au cinéma. Son homme du moment, Mickey Deans, la sermonne derrière la porte, mais elle n’entend qu’un vague murmure, car ses oreilles bourdonnent de sa douleur qui l’étouffe depuis des années.

Nous connaissons toutes nos heures sombres. Nulle n’est épargnée. Je pense que lorsque les murs invisibles de notre vie semblent s’effrondrer, nous cherchons refuge dans un lieu plus étroit que nous pouvons appréhender, alors même que tout le reste nous échappe. La salle de bain est le sanctuaire de l’intime, ce que nous ne montrons à personne et qui, éclairé à la lumière tranchante tombant du miroir, ne peut être ni nié ni caché.

« I NEED YOUR HELP »

Cette supplication de Liz Gilbert m’est tout à fait familière. C’est une réalité partagée par toutes celles qui acceptent la fin de quelque chose et le début de l’inconnu. Cette zone intermédiaire qui rapproche deux univers si étrangers, l’Avant et l’Après, je l’appelle : « la zone du deuil ».

Je suis tellement frustrée que cette période enveloppée dans les voiles sombres de la veuve soit si mal définie et comprise. Il faut que vous perdiez l’homme de votre vie, un parent, un enfant, que sais-je encore, pour qu’on vous accorde le statut de « veuve ».

Autrefois, les veuves étaient des marginales : celles à qui il manque quelque chose, celles qui ne sont plus tout à fait entières, les femmes émotionnellement et matériellement amputées, les inclassables. Alors, pour ne pas être totalement mises au ban de la société, les veuves faisaient vœu de porter le noir pendant des mois, une année, des années, toute une vie…

Le noir qui teignait leurs robes, leurs chapeaux et leurs voiles accentuait la blancheur diaphane de leur visage : elles étaient l’incarnation de la douleur et le rappel que la mort menace tout être humain. Mais c’est également le noir qui protégeait les veuves des moqueries et insultes habituelles. Souvent, elles perdaient presque tout leur confort matériel, mais il leur restait la dignité.

J’en déduis qu’être veuve, c’est perdre quelqu’un pour toujours, et donc, nécessairement, perdre sa vie d’avant pour entrer dans une zone floue qui n’existe pas dans nos sociétés bien huilées. On se définit toujours par ce qu’on fait, ce qu’on possède, où et avec qui l’on vit. On peut ainsi se définir autant par l’abondance que par la perte.

Mais qu’en est-il de nous autres qui nous définissons autrement ? Celles qui se définissent par ce qu’elles sont et ne sont plus ? « I need your help », je ne sais plus qui je suis, ni même ce que je veux, je ne sais plus, avant je croyais savoir, mais c’est fini, commence mon deuil…

L’ART DE PERDRE

Peu d’individus acceptent ce dépouillement existentiel. Ils se réconfortent et calment leurs angoisses en tapotant les murs de leur nouvelle maison, la carrosserie brillante de leur voiture et l’épaule de leur enfant. Ils ont, donc ils sont… Ils ne sont pas voués au néant parce qu’ils se sont matérialisés dans ce qu’ils croient leur appartenir.

La vérité est que nous ne possédons rien sur cette terre, pas même nous-mêmes. Nous voyageons année après année, mais rien ne nous appartient. Nous empruntons une maison, une voiture, l’amour d’un enfant sorti de nous, mais tout cela appartient à la Vie, à la Création, tout comme nous-mêmes.

Pratiquons enfin « l’art de perdre » dont parle Alice Howland atteinte d’Alzheimer précoce (Still Alice, 2015) : elle qui ne peut rien garder dans l’avenir de son passé, ne peut rien vivre d’autre que le présent et dans ce présent où vit sa conscience fugace, elle fait déjà le deuil de ce qu’elle oubliera fatalement.

Si nous perdions quelqu’un, ce serait plus facile pour les autres de reconnaître notre douleur. Mais tant que nous ne portons pas l’épais voile du deuil, rien n’a changé pour eux. Alors nous sommes seules à savoir que nous sommes temporairement amputées de quelqu’un qui a beaucoup compté, d’un homme qui était la jauge et le contrepoids de nous-mêmes.

Il est parti, nous l’avons abandonné au passé, cependant, il n’est pas mort, donc nous ne sommes pas en deuil. Ces circonstances sont probablement les deuils les plus douloureux que nous puissions connaître. Difficile de lutter contre le souvenir d’un vivant !

« CLEARING OUT »

La langue anglaise a le génie d’ajouter après les verbes ces prépositions kinesthésiques quasiment intraduisibles : « to clear out ». Le travail de deuil consiste à sortir et jeter hors de soi, donc « to clear out » ou extirper, nos vieux démons bien enracinés.

Nous avons besoin, comme le rappelle ce bon Richard from Texas à Liz Gilbert, de rencontrer certaines personnes avec qui nous vivons tout un tas d’expériences pour secouer ici et là nos bons vieux démons endormis avant de les faire sortir pour de bon.

Il y a cet homme, en particulier, qui est notre miroir grossissant, celui qui titille nos démons blessés jusqu’à les faire rugir. Ça y est ! Il les a libérés, nos Titans enchaînés dans les enfers d’Hadès sont bel et bien remontés à la surface, plus rapidement qu’Orphée, et ils vont tout ravager !

Si cet homme est notre catalyseur, il n’est pas destiné à rester à nos côtés, non, nos Titans en colère vont bien vite le chasser. Mais voilà, notre homme a tout réveillé et aucune marche arrière n’est possible. On se retrouve à vomir nos démons sur le tapis de la salle de bain, seules, la nuit…

DOUBLE DEUIL

Le deuil a commencé et mon cœur est lourd et froid comme une tombe. Comme Liz Gilbert, je n’ai pas compris ce qu’il m’arrivait et pourquoi à moi et pas aux autres. J’avais la gorge continuellement serrée et je m’obstinais à garder le front haut comme les veuves d’autrefois.

On nous apprend que la souffrance doit être combattue par la volonté, que pleurer et s’écouter est une faiblesse et qu’enfin, on doit tous jouer à « comme si de rien n’était » sans broncher. Pas étonnant qu’on finisse sept nuits par semaine penchées sur la baignoire, attendant une réponse et priant pour attraper au vol une lueur d’espoir.

-Your problem is, you just can’t let this one go. It’s over. […] You’re like a dog at the dump, baby – you’re just lickin’ at an empty tin can, trying to get more nutrition out of it. And if you’re not careful, that can’s gonna get stuck on your snout forever and make your life miserable. So drop it. [Richard from Texas]

-But I love him. [Liz]

-So love him.

-But I miss him.

-So miss him. Send him some love and light every time you think about him, and then drop it.

Elizabeth Gilbert, Eat, Pray, Love (2006)

Aujourd’hui, je vois le deuil comme une chance unique de découvrir la femme que nous sommes et ce que nous attendons réellement de la vie. Nous sommes si nombreuses à vivre des années et parfois toute une vie sur « pilote automatique », choisissant et aimant à partir de fausses croyances sur nous-mêmes et de blessures inavouées. Tout est alors biaisé, tout sonne faux et, le temps passant, rien ne nous rend heureuses.

Le deuil de l’homme qui nous a désertées par la mort, la lâcheté ou la violence, c’est avant tout le deuil de ce faux-self que nous avons collé à notre âme, comme la bride étouffe le cheval sauvage. Faire le deuil, c’est embrasser la solitude qui seule peut enfanter Dieu…

« I’M RIGHT HERE. IT’S OK. »

Vous avez probablement l’impression, comme moi, que personne n’a jamais considéré et même accepté de considérer votre deuil. On vous a trouvées « bizarres » dès les premiers signes de changement, « fermées » quand tout d’un coup on s’intéressait à votre douleur et « hostiles » quand on ne cessait de répéter que votre ex n’était qu’un pauvre nase et vous, par extension, bêtes et naïves de n’avoir rien vu (je l’accorde, c’est le silence pesant que je verbalise ainsi et qui suit inévitablement le « quel pauvre nul ton ex ! »).

À choisir, je vote pour l’indifférence plutôt que pour les constats étroits et stériles sur mon « homme d’avant ». Pourquoi rougir et ruminer une relation qui devait manifestement faire partie de votre plan de vie ? Plus longtemps vous laissez les autres vous rappeler ce qu’ils considèrent être vos « mauvais choix », plus lointaine sera la guérison du deuil.

Brandissez votre voile noir comme un drapeau de « cessez le feu » et faites taire pour de bon vos fâcheux ! Ils ne savent pas vous accorder de la compassion, c’est un fait, par conséquent, ils n’ont tout simplement rien à dire, aucune voix au chapitre.

Ne craignez pas d’être seules un temps, quelques années ; vous savez bien que le deuil peut être long pour certaines et que s’engager rapidement dans une nouvelle relation vous conduira au même type d’homme, au même mur, jusqu’à agrandir démesurément votre blessure. Le temps vient à bout de tout, m’a-t-on dit. Voilà une grande leçon à retenir.

If you clear out all that space in your mind that you’re using right now to obsess about this guy, you’ll have a vacuum there, an open spot – a doorway. And guess what the universe will do with that doorway ? It will rush in – God will rush in – and fill you with more love than you ever dreamed. So stop using David to block that door. LET IT GO. [Richard from Texas]

Elizabeth Gilbert, Eat, Pray, Love (2006)

J’ai une confession à faire : je suis carrément fan du fameux Richard from Texas. Quelle clairvoyance ! Quelle leçon de vie ! Ces pages m’ont changée et cette autobiographie initiatique de Liz Gilbert est en train de me changer. « Let it go », c’est bien ce que je me répète chaque matin, c’est la phrase-clef de tout deuil et de tout changement durable.

Lâchez prise, cessez de ruminer éternellement le passé qui a tendance à déformer votre histoire pour la rendre plus accablante ou séduisante selon votre humeur de la soirée, enterrez le souvenir de votre homme pour de bon et faites place à la Grâce.

Je suis reconnaissante que mon deuil ait ouvert une porte dont je ne soupçonnais pas l’existence. J’ai arraché les ronces ensorcelées à mains nues et je me suis moi-même réveillée d’un long sommeil. Il m’arrive de penser encore à lui, je ferme les yeux et suivant le conseil de Richard je lui envoie de l’amour et de la lumière avant de le laisser partir « for good ». Comme pour me remercier d’avoir fait la paix avec lui, l’Univers insuffle par ma porte (dégagée et toujours ouverte) tout l’amour que mon âme est capable de contenir et je souris, un grand et beau sourire à Dieu et à moi-même, il est rare que d’autres y prêtent attention, mais qu’importe.

LISE

FEMMES ET SIXIÈME SENS

8 MARS 2020

« I am every woman, it’s all in me… » chantait Whitney Houston.

Dimanche 8 mars : WOMEN’S DAY ! Let’s go girls !!!

Je suis honorée de me tenir parmi la grande et belle assemblée des femmes à travers le monde et de répéter encore et encore que vous êtes merveilleuses, créatives, belles, uniques et tendres.

Quand j’observe la lutte des Suffragettes au début du siècle dernier, je note une vérité :

Les femmes sont capables d’unité et de fraternité à toute épreuve.

Plus elles sont malmenées, ignorées et rabaissées, plus elles se serrent les coudes et crient à la liberté. Nous qui avons été privées si longtemps de nom, d’identité propre, de respect et de voix, nous courons sans réfléchir au secours de ceux qui sont menacés, affaiblis et blessés.

J’ai comparé cette cohésion féminine presque tacite à celle des hommes qui se rassemblent pour défendre une quelconque cause. La fraternité et la tempérance sont si fragiles parmi les hommes ! Dès que l’opposition frappe, eux qui avaient autrefois prêté allégeance finissent pas se détourner du noble but au profit d’intérêts personnels. On montre les poings, on se brouille, on trahit et le rêve est anéanti.

La femme possède ce don inné de comprendre autrui, car elle est autant elle-même que les autres. Elle est une mère avant même d’enfanter par cette intuition admirable qui la pousse à « capter » les émotions et l’histoire des autres femmes et à les intégrer à son propre système émotionnel. L’espace de quelques instants, de quelques heures, la femme a « tout en elle » de sa voisine et c’est ainsi qu’elle peut lui donner des conseils, des larmes, de la compassion, bref de quoi rassasier son âme brisée.

Que serait le monde sans cette sensibilité féminine ?

Je la conçois comme un Sixième Sens à part entière, le cœur qui fait battre l’univers, tourner les cycles de la vie, éclore le nouvel humain et fonctionner Mère Nature…

Aujourd’hui, je célèbre ce Sixième Sens que le monde moderne est en train d’étouffer dans l’égalitarisme forcené et la confusion des genres. Je crains que nous femmes du XXIe siècle livrions le mauvais combat jusqu’à tuer ce Sixième Sens qui régule toute la Création depuis les origines. Que se passera-t-il ensuite ? Où irons vivre nos filles ?

I. À NOS FILLES

Je vous vois tous les jours, je travaille avec vous et pour vous et je crois en vous plus que jamais. Vous avez la chance de pouvoir développer votre intellect, vos dons et vos capacités au service de l’humanité. Cette formation est nécessaire pour que vous fassiez le tri dans les traditions de vos mères, gardiez ce qui est sain et bon pour votre vie de femme et délaissiez ce qui est dégradant, rabaissant et stérile.

Les « grands penseurs » d’aujourd’hui veulent vous faire croire que tout ce qui appartient au passé est périmé, obsolète et honteux. Ne les laissez pas vous forcer à couper les ponts avec vos mères ! Vous avez besoin et vos filles auront besoin de la sagesse des femmes du passé pour ne pas se perdre dans les pièges de la philosophie moderne.

On veut vous faire croire que le corps de la femme est tout pour l’homme et que rien d’autre ne compte. On vous insuffle la haine de vous-mêmes au moment où vous vous transformez en femmes ; on vous coupe de votre essence, la véritable fémininité dont vos mères avaient le secret.

Mes filles, n’acceptez pas de vous voir comme un objet de consommation et rien d’autre. Ne donnez pas votre corps pour être validées par les hommes. Ne vendez pas votre corps sur les réseaux sociaux. C’est un marché pervers qui vous détruira. Personne ne parle de cette prostitution moderne : la pédo-pornographie. Elle empoisonnera votre vie adulte lentement mais sûrement. Elle vous empêchera de connaître le grand amour.

Visez l’excellence, l’intelligence, la compétence. La véritable beauté, c’est celle qui façonne le corps de l’intérieur, telle une flamme continue qui irradie l’esprit, pénètre la chair et s’échappe par les yeux.

Audrey Hepburn l’a bien dit :

II. À NOS FEMMES

Vous vous êtes magistralement saisies de cette liberté chérie qu’on avait si longtemps refusée à vos mères et vous en avez fait du rêve, de la création, de la sécurité matérielle, de l’indépendance, de la force brute.

Tout le monde s’accorde à dire que vous étudiez longtemps et plus brillamment que vos frères. Vous savez très vite ce que vous voulez et ce que vous ne voulez pas et vous le dites haut et fort. On n’a jamais eu autant besoin de vos voix sincères et justes qui font avancer l’égalité et le respect de vos sœurs.

Votre intérieur est un havre de paix, car vous savez être organisées, efficaces, équilibrées. Vous avez les idées claires, le courage qui ne faiblit pas, l’élégance qui conduit la civilisation vers l’excellence et le dévouement qui vous dédouble et démultiplie à l’infini en psychologue, cuisinière, bricoleuse, femme d’affaire, voyageuse intrépide, éducatrice, infirmière, artiste, etc.

Prudence cependant ! Le monde moderne vous fait croire que la reconnaissance s’arrache à coup de biceps, de dureté et de testosterone. Vous avez fini par croire qu’il faut être un gros dur, un mec à part entière, un Iron Man sans faille, sans larme et sans peur pour être respectées et considérées. Vous avez tendance à prendre les commandes dans le boulot et dans le foyer et votre homme s’est enfui à toute jambe (sauf si c’est un faiblard qui compte sur votre côté « bonhomme » fort prononcé pour finir son éducation, voire lui donner la tété).

Certes, votre carrière bat son plein, mais votre vie amoureuse est un désastre amer et douloureux qui mouille vos oreillers en soie chaque nuit. On vous a convaincues que vous deviez garder le contrôle et les hommes à distance pour ne pas descendre sous le top 5 du classement « working-wonder women ». Les hommes forts et fiables ne peuvent rien pour vous et n’ont aucune place dans votre vie et vous n’y comprenez rien, surtout quand vous les voyez se tourner vers ces « autres » pommées, médiocres qui ne peuvent pas ouvrir un pot de confiture sans crier « Help ! ».

« Women, they have minds, and they have souls, as well as just hearts. And they’ve got ambition, and they’ve got talent, as well as just beauty. I’m so sick of people saying that love is just all a woman is fit for. I’m so sick of it ! But I’m so lonely ! »

Little Women (2019)

Ne cherchez pas à devenir un « bonhomme », un vrai ! Qui vous le demande ? Qui veut d’un mec égoïste, égocentrique et vulgaire en plus ? Personne. Votre course à la reconnaissance pourrait bien vous coûter votre Sixième Sens si précieux. Nous femmes avons besoin des hommes pour créer la vie et changer le monde et ils n’ont pas besoin de notre mépris et de nos exigences irraisonnables.

Si nous souhaitons retrouver un équilibre des genres dans notre société et sauver nos familles, commençons par cesser de nous travestir en ce que nous ne sommes pas, stoppons la guerre des sexes qui a trop souvent un goût de revanche et cessons de mesurer la réussite à la possession et à la domination au détriment de l’Être.

III. À NOS MÈRES

Vous avez tendance à vous taire par honte. Honte des choix courageux et désintéressés que vous avez faits et que la société a labellisés : « sans travail, sans statut, sans accomplissements ».

Vous pensez que votre temps est dépassé et que votre sagesse a un goût rance.

Vous admirez vos filles, les « working girls » stimulées par la compétitivité du monde moderne et constatez dans le silence de votre nid vide que vous n’avez peut-être rien fait de bien toutes ces années de couches, de repas brûlés, de taxi scolaire, de nettoyages javellisés…

Cet éternel recommencement a cassé vos ongles roses de jeune fille, refermé les rêves dans la vieille malle du grenier et ôté le sel de votre amour romanesque d’antan. Aujourd’hui, assises à la façon de Mathilde Loisel, le regard perdu dans l’aujourd’hui morose et l’hier éreintant vous cherchez un sens à tout cela.

Vous vous sentez inutiles et remisées comme une pièce de collection rangée avant l’heure, et peut-être vidées de ne toujours pas savoir qui vous êtes, ce que vous aimez faire et n’aimez pas, les dons que vous possédez, si vous avez bien fait et assez fait pour vos filles, si les erreurs seront pardonnées, si vous êtes suffisantes, si vous êtes aimées par votre mari qui n’a pas appris à dire ces choses.

Vous pensez beaucoup, trop et longtemps dans votre maison vide et vous ne trouvez pas les réponses qui réchaufferaient votre âme et vous rassureraient enfin. Projetées dans la vie matrimoniale avant même de savoir ce que signifiait « être femme », vous avez remis vos peines, vos attentes et vos interrogations à plus tard, année après année, et aujourd’hui elles explosent dans votre cerveau. C’est le feu d’artifice de la jeune fille dans le corps de la femme fatiguée, une association improbable !

Laissez-moi vous dire, chères mères :

Vous avez bien fait, toujours bien fait et personne ne viendra vous dire le contraire. Vous avez été et fait assez pour les autres, il est temps de penser à VOUS. Oui, vous m’avez bien entendue : « à VOUS ! Et à personne d’autre… »

J’ai un secret à vous confier : plus vous serez heureuses, plus vous vivrez en vous-mêmes et par vous-mêmes, plus vos filles reviendront vers vous avec leurs questions de femmes. Elles auront besoin de votre paix de mères pour y puiser le Sixième Sens que le monde leur refuse.

Ne méprisez pas d’avoir été les « sans…quelque chose » aux yeux des hommes aveugles. Toutes ces années n’ont pas été vaines, vous avez trouvé le Sixième Sens sur lequel repose le monde, le cœur de l’humanité et il est en train de s’éteindre. À toutes les questions qui tourbillonnent dans votre tête et que votre compagnon de tant d’années est incapable de lire derrière les larmes de la vieillesse, l’Univers si bon et si aimant a une réponse à offrir. Mais il faut marcher longtemps et dans le silence des marées pour entendre ces réponses cachées.

Je crois que ce murmure de Dieu repose dans les coquillages vides que les gens pressés écrasent sous leurs pieds. Je crois qu’il faut retourner à la source, chères mères, pour sortir de votre cœur las le Sixième Sens des femmes. Vous l’avez porté en vous toutes ces années et vous l’avez ignoré…

IV. À VOUS TOUTES

Le 8 mars touche à sa fin, le temps presse, il faut conclure.

Récemment, j’ai compris qu’être femme ne se mesure pas à ce que nous portons, à ce que nous possédons, à ceux que nous attirons et à ce qu’on dit de nous. Être femme, c’est avant tout « ÊTRE », trouver sa place dans le cosmos, reconnaître son Sixième Sens et l’utiliser pour bénir le monde.

J’ai fondamentalement besoin de la sagesse et de l’amour des Mères pour nourrir ma sagesse et mon amour et les transmettre à mes Filles. Vous me direz que je ne suis pas mère. Non, c’est vrai, je ne le suis pas au sens propre. Je n’ai pas encore donné la vie et je ne peux que difficilement comprendre cette expérience prodigieuse.

Mais je suis Mère, par ce Sixième Sens dont on m’a dotée avant même de naître. Enfant, j’étais mère à l’école quand j’allais systématiquement écouter ceux qui étaient rejetés et terriblement seuls ; adolescente, j’étais mère au lycée quand je refusais de rire à des plaisanteries dégradant la femme et sa sexualité ; jeune adulte, j’étais mère à l’université quand je dévorais les œuvres écrites par des femmes et répétais haut et fort que les femmes avaient besoin de leur « chambre à soi » pour écrire et créer ; adulte, je suis mère partout où je vais, chaque fois que je répète à mes nièces et aux adolescentes que leur voix est unique et indispensable, aux femmes que leur corps n’est pas un objet de consommation, que la liberté sexuelle n’est pas une liberté, mais un asservissement et que le Sixième Sens de la femme n’est pas à troquer contre un plat de lentilles aussi appétissant soit-il…

Je suis mère chaque fois que j’écris, car créer, c’est laisser la vie nous traverser.

LISE

« Your children don’t have to come from you. They go through you. »

Collateral Beauty (2016)

Un goût de Fin du Monde

6 MARS 2020

En cette atmosphère « Fin du Monde » qui caractérise bien le début de l’année 2020, l’heure est aux désinfectants, masques couvrants et testaments…

Tout blêmes en regardant défiler les journaux télévisés qui annoncent heure après heure, jour après jour, le nombre de victimes, de malades et de pays touchés, les individus voient leur espérance de vie diminuer, leurs plaisirs s’envoler et leur vie de cigale bien achevée.

C’est la loi martiale de la Peur qui cloître chaque pauvre âme dans son logis et vide les magasins à vitesse grand V !

Nul besoin de le répéter, les médias exploitent nos émotions depuis trop longtemps pour que cette psychose planétaire nous étonne. Je remarque deux choses :

1.Nous acceptons enfin de CHANGER et de PENSER à l’Après quand notre bien-être est menacé et que l’espoir fait défaut (ce que j’appelle « faire le ménage dans sa vie ») ;

2.Nous sommes contrôlés par nos PEURS, au niveau sociétal, politique et intime. Il nous est alors difficile de faire appel à la FOI si nous ne l’avons pas recherchée en des temps plus paisibles et prospères.

Et si nous considérions que nous n’avions qu’une journée à vivre ? Que ferions-nous ?

Il y a les Épicuriens qui choisiront de se rouler dans tous les plaisirs fugaces de la vie : meilleur restaurant, meilleure boutique, meilleur concert, meilleure coucherie.

Puis entrent en piste les Anxieux… Terrés chez eux, le nez collé à l’écran, ils sont à deux doigts de la syncope à chaque nouveau flash info, égrenant leur chapelet de fortune au rythme des publicités.

En marge de ces deux premiers groupes, vivent les Visionnaires. Ils ont peur comme les autres, mais ils choisissent la Vie format intégral. C’est une association de vie charnelle et de vie spirituelle.

L’avantage du 3e groupe sur les deux premiers est qu’il vit autant dans le présent que dans l’éternité. J’aime cette idée que mon être intérieur soit le mentor de mon être charnel et non l’inverse. Trop souvent, nous laissons le si jeune et si immature bambin qu’est notre corps dévergonder et ligoter notre esprit plus âgé et plus sage.

Le discours du corps sera souvent celui-ci : « T’es ringard, esprit, tu ne veux même pas essayer d’y goûter ? Non, mais franchement, on ne s’amuse pas avec toi ! C’est pas ça la vie, gars ! Allez, va, reste-la coincé, moi j’y vais, je ne vais pas rater ça ! ».

La dualité de notre être repose sur une connexion d’émotions, de pensées, d’aspirations nobles et de connaissances inépuisables tapissées dans la matière friable, faible et explosive du corps.

Je ne pense pas qu’il faille mépriser le corps à la manière de Saint-Augustin ou de Pascal. Si la femme et l’homme sont l’ultime création, c’est bien que leur corps est appelé au Sublime. Mais oh combien ce Sublime souffre au contact d’un monde déchu qui le consume et le consomme !

Quand arrivent les Guerres, les Crises économiques ou personnelles et les Pandémies, notre petit bambin charnel a bien du mal à rassurer l’âme hagarde. Plus aucun discours épicurien ne tient la route, c’est un disque rayé qu’on veut balancer par la fenêtre. Que nous reste-t-il ?

C’est l’heure du grand ménage, une répétition de ce qui nous attend après la mort. On repasse le film de notre enfance, de notre jeunesse, de notre vie d’adulte, de notre vieillesse. Qu’est-ce qui m’a rendu(e) vraiment heureux(se) ? Qu’ai-je fait de bien dans ma vie ? Seul(e)s les braves se livrent à cette introspection.

Elizabeth Gilbert cite ainsi son ami Bob :

« Just as there exists in writing a literal truth and a poetic truth, there also exists in a human being a literal anatomy and a poetic anatomy. One, you can see ; one, you cannot. One is made of bones and teeth and flesh ; the other is made of ENERGY and MEMORY and FAITH. But they are both equally true. » (Eat, Pray, Love)

La scission cesse enfin… Le corps et l’esprit s’entendent enfin, avides de vérité et de sens, après des années d’errance, ils deviennent les Visionnaires. Pour moi, être « visionnaire », c’est développer ce don de la Paix. Faire la paix avec soi, avec tout le monde et avec la Vie. La paix est un don puissant qui est l’essence de Dieu. Sans paix, pas d’amour, pas de vérité, pas de sens, pas de vision, juste le vide froid et terrifiant d’un monde absurde.

À 31 ans, j’ai appris une grande leçon. La seule question valable qui se présentera un jour ou l’autre à tout être humain est la suivante : « Acceptes-tu l’Épreuve de la Vie ? », « L’acceptes-tu avec son lot de larmes, de frustrations, de fièvre et de solitude ? », « Acceptes-tu de traverser ton Désert pendant 40 heures, 40 jours, 40 années ? ».

Ceux qui répondent « Non » à cette question existentielle décident invariablement de bricoler une vie à leur façon, une vie médiocre, une vie sans Dieu, une vie loin, très loin de l’Épreuve, une vie charnelle…

J’ai interrogé et écouté de nombreux amis à ce sujet et insensiblement leurs analyses convergeaient. Ils n’étaient pas heureux. Les premières années, ce bricolage avait plutôt bien tenu sous l’effet d’une bouffée de liberté, celle du fugitif, certainement. Ils s’étaient tous aveuglés à l’idée jouissive de pouvoir enfin faire TOUT ce qu’ils voulaient, comme ils le voulaient, où ils le voulaient et avec qui, ils le voulaient. C’étaient des années d’ « expériences » et de « plaisirs ». Ah ! Comme les psychologues affectionnent ces deux termes ! Faites vos expériences bonnes et mauvaises et surtout prenez du Plaisir…

La phase 2 du programme est beaucoup moins drôle. Il faut maintenant vivre avec les conséquences : carrière sans enfants, immenses regrets post-avortement, haine du compagnon et des enfants après l’adultère, dégoût de soi après les aventures sexuelles sans lendemain, auto-destruction causée par les dépendances (drogues, pornographie), etc… Je résumerais toutes ces souffrances par le trio :

ATROPHIE DES RÊVES DE L’ENFANCE

PERTE DE L’IDENTITÉ

ISOLEMENT QUI GANGRÈNE L’ÂME

Certes, il est possible de continuer cette course effrénée contre le mur du désespoir, mais je crois que la plupart des fugitifs finissent par « descendre en eux-mêmes » à la recherche de leur être originel, l’esprit qui façonnait leur personnalité, leur voix intérieure et ce regard bleu rieur qu’ils avaient tout bébés quand ils souriaient à l’Invisible dans la chambre d’une clinique silencieuse, au beau milieu de la nuit.

Nous supplions alors notre être spirituel de s’éveiller, de parler et de prier. Il n’est jamais trop tard, il n’est jamais de cause perdue ou de nuit trop noire. L’Espoir qui étreignait nos parents, qui caressait le ventre gonflé de notre mère pendant neuf mois, qui absorbait la douleur aiguë de l’accouchement, n’a jamais disparu. L’Espoir, c’est la vie contenue dans nos cellules depuis le commencement. Nous l’avons juste oublié.

« Acceptes-tu l’Épreuve de la Vie ?

-Oui, je l’accepte. Oui, mon âme, j’accepte de vieillir, de tomber malade, d’avoir mal, de pleurer parfois, d’être abandonnée, d’avoir peur, de ne pas tout comprendre. Oui, j’accepte d’attendre. J’accepte de ne pas vivre sous les projecteurs. J’accepte d’être seule dans mon Désert baigné d’étoiles célestes. J’accepte la trahison de ceux que j’aime. J’accepte d’essayer et d’échouer. J’accepte la mort d’un enfant, sa colère et l’absence d’enfants et de leurs colères. J’accepte le deuil d’un mari et l’absence temporaire de mari. J’accepte la vie que tu as faites sur mesures pour moi. J’accepte ma faiblesse et j’accepte celle des autres, comme leurs réussites. J’accepte, donc je vois… »

Ce n’est la Fin du Monde que si nous décidons que notre Vie a un début et une fin. Moi je préfère me voir éternelle, j’ai toujours savouré les recommencements bien plus que les fins…

LISE

FASCINATION

12 FÉVRIER 2020

On pourrait croire que je me prépare à faire un remake de la trilogie de Stephenie Meyer, je vous rassure, il n’en est rien, encore que…

Dernièrement, alors que je zappais négligemment jusqu’à faire exploser « mon bouquet TV », un samedi soir, je suis tombée sur une émission bien connue qui fait passer pendant des semaines des auditions « à l’aveugle » pour débusquer non pas un, mais pléthore de talents, défendant la fameuse devise « Tout le monde peut-être un(e) chanteur(se) », ou encore « J’aurais voulu être un(e) artiste… » mais ça ne paye pas, c’est juste too late, mon gars !

Où en étais-je ? Ah oui, donc, la fille débarque sur le plateau, mais avant ça fait une rapide review de sa vie, une bande d’annonce en retard, quoi ! Ah ! cette génération d’influenceuces, de YouTubeuses, quel ego ! Bref, la fille se présente et justifie sa présence à l’émission de cette façon : « Je veux montrer, ce soir, qu’on peut ne pas être une victime toute sa vie ». What ? Tu débarques sur un plateau blindé, sous les projecteurs et devant des millions de spectateurs tu déclares de but en blanc que tu as subi des maltraitances dans ton enfance, puis tu hurles le « Je t’aime » de Lara Fabian.

Vous allez me trouver dure, une fois encore, mais où est partie toute la décence du monde ? Cela confirme mon analyse précédente des Millennials comme d’une génération qui ne sait pas faire la différence entre privé et public. J’irais même plus loin. La jeunesse croit aujourd’hui dur comme fer que pour retenir l’attention, être écoutée, gagner l’amour et donc se définir, il faut se convertir en victime, déchirer sa chemise et montrer toutes ses cicatrices : « Regardez, là, on m’a cogné(e), là, on m’a humilié(e), là on m’a tiré(e) par les cheveux, là, on m’a abusé(e)… »

Je sais bien qu’on a œuvré pendant des décennies pour délier les langues, faire parler les femmes maltraitées, les enfants victimes de sévices, les hommes humiliés, mais n’a-t-on pas ouvert une autre boîte de Pandore ?

Je m’explique. Une image vaut mieux qu’un long texte. Les médias le savent pertinemment et se nourrissent de ces témoignages filmés, de cette mise à nu permanente qui est censée faire avancer la législation, rompre le silence et surtout, il faut bien le reconnaître, faire vendre, faire monter l’audimat.

Alors ma question est toute simple : est-ce qu’on se nourrit, au XXIe siècle, du malheur des autres ? Est-ce qu’on renifle leurs blessures comme des vautours ? Est-ce qu’on est fasciné par la violence et la manipulation ? Être victime est-il plus vendeur qu’être fort et digne ?

S’il ne s’agissait que de paroles lancées sans réfléchir sur un plateau télé, la situation serait bien moins préoccupante. Il y a une contradiction pernicieuse soulevée par les associations féministes et les organisations de défense de femmes victimes d’abus : d’un côté, les affaires d’abus sexuels dans les domaines du sport, du cinéma, du théâtre ne cessent de nous exploser en pleine figure, chaque mois, dès que nous nous intéressons à l’actualité ; de l’autre, on multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

On multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

Certes, il est normal et attendu que la justice prenne au sérieux les révélations de femmes abusées dans leur jeunesse par des réalisateurs, des coachs, etc. Une fois encore on constate la force de cette solidarité féminine qui pousse une langue à se délier, puis une autre et une autre. Le courage de la première finit par gagner toutes les suivantes et c’est une avancée considérable pour la cause des femmes qui ne sont pas des objets de consommation, mais les maîtresses de leur âme et de leur corps.

Cependant, je condamne les journalistes et le showbiz qui se nourrissent de ces « affaires » malheureuses pour accrocher le grand public à la fange d’actes innommables qui font bien vendre ! Les victimes restent des victimes et ne seront plus connues à l’avenir que comme des victimes… C’est bien toute la réparation qu’on leur donne. On dilapide ainsi le nom comme autrefois d’autres ont dilapidé le corps et l’âme ! Je suis outrée !

Vous savez ce qui se passe quand une femme se rend au commissariat immédiatement après un viol, ou une tentative de viol : une fois les formalités, la déposition remplies, il est fréquent que la femme se rende à l’hôpital pour procéder à des examens médicaux évaluant les marques et séquelles du viol. Imaginez l’état de cette femme. La salle d’examen ne tarde pas à devenir une véritable chambre froide, une antichambre de la mort, parce que, oui quelque chose est mort en elle, n’importe quelle femme violée vous le dira. Objet inanimé, son corps est raide ou tremblant, les larmes coulent ou ne coulent pas, son cauchemar continue…

Alors, par respect pour toutes ces femmes dont le corps, l’âme et la vie ont été souillés par un homme vil, faible et immonde, laissons leur immense douleur reposer dans le dossier jaunâtre et l’oreille discrète des infirmières. Il faut que le bourreau soit jugé et puni, c’est évident, car il a en va du destin d’autres femmes. Mais j’ai bien envie de hurler quand je constate que, d’un coup de baguette magique le cinéma, Netflix, la télévision font endosser au bourreau le rôle du héros, à la victime celle de la femme amoureuse et soumise et à l’abus sexuel et émotionnel celui de l’Amour, avec un grand A.

Ça vient de sortir sur Netflix, une série en vingt épisodes, consacrée à une sorte de pervers narcissique et à sa victime : You. Ou bien la sulfureuse trilogie adaptée des romans de la britannique E. L. James par la réalisatrice Sam Taylor Johnson : Cinquante nuances de Grey, on va du sombre au plus clair, on n’y comprend rien, tellement c’est à vomir. Le plus honteux dans cette affaire, c’est que ce sont des femmes qui sont à l’origine de ce tas d’immondices, comme quoi on est capable du meilleur, comme du pire.

Dans un cas comme dans l’autre, la bande d’annonce m’a suffi, car je ne pourrai jamais, moralement, cautionner ces productions infâmes. Oui, ce sont bien nos Millennials qui sont les premières cibles de ces intrigues passionnelles débridées et mensongères. À une époque où le mot, la notion d’ « amour » est tellement galvaudée, où les parents laissent aux enfants et adolescents le soin de découvrir la sexualité par les séries, la pornographie et les vidéos suggestives concoctées dans un coin du collège ou dans une maison-fantôme vidée de parents toujours trop occupés, de morale et de repères existentiels, ces productions au départ doucereuses, puis terriblement érotiques, trouvent leur public.

Avec 365 221 entrées en France, Cinquante nuances de Grey est considéré comme le plus gros démarrage de l’année 2015. Alors on ne s’arrête pas là, bien sûr, si on peut continuer de se faire de l’argent sur le mensonge, le sexe, la manipulation et les abus, allons-y, Mesdames des studios ! Et ACTION…

Les associations féministes ont appelé au boycott du film avec la campagne #50dollarsnot50shades, autrement dit faites don de 50 dollars à une œuvre caritative destinée à aider les femmes victimes de relations abusives « comme celle que le film veut rendre glamour », plutôt que « de les dépenser en places de cinéma, baby-sitter, popcorn et boissons ». On dénonce alors « l’abus, la violence et les rapports sexuels sadiques », on montre combien les dialogues du film sont dangereux. J’en veux pour preuve la menace verbale faite par le riche bourreau – Christian Grey – à l’ingénue étudiante – Anastasia Steele : « Il fait très froid en Alaska et il n’y a nulle part où courir. Je te trouverai. Je peux tracer ton portable, tu te souviens ? »

Cette campagne est presque passée sous silence, une goutte d’eau dans la marée humaine déferlant dans les salles de cinéma. Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente. La violence sexuelle ainsi idéalisée, il n’est pas étonnant que ces mêmes adolescentes se plient au chantage malsain de camarades, amis FB ou followers leur demandant de se dévêtir devant l’objectif pour gagner quoi ? Quand allons-nous réagir ? Autrefois, on taisait tout, par peur des représailles, du bannissement social ; aujourd’hui on déballe tout et on transforme la perversion, la manipulation et l’abus sexuel en amour suprême.

Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente.

Les parents courent à la carrière et à une hypothétique reconnaissance sociale et le Ministère de l’Éducation n’a rien trouvé de mieux que d’enfermer les adolescents de quatorze ans dans une salle de classe avec une infirmière et une psychologue particulièrement incompétentes pour refaire leur éducation sexuelle qui se résume souvent à : « Écoutez, les enfants, un garçon est une fille et une fille est un garçon », puis s’en suit une liste interminable des pratiques sexuelles en tous genres, héritées de ces mêmes films et séries érotiques. Une fois le topos terminé, il reste bien quinze minutes avant la sonnerie, alors on la joue franc jeu : « Qui d’entre vous a un(e) copain(ine) ? Qui sait comment mettre un préservatif ? Qui a déjà eu des relations sexuelles ? » J’arrête là le catalogue de la bêtise éducative, c’est déjà lourd à digérer, nul besoin d’ajouter qu’on est loin des cigognes et petites abeilles du siècle passé…

Ce qui me gêne, voyez-vous, c’est que tous ces artifices cachent la réalité : un bourreau est un homme très faible qui s’engouffre dans les failles de sa victime hypersensible, résiliente, brillante, empathique. Cette relation finit par plonger la femme dans une grande dépendance, pas loin d’une addiction. Véritable chasse aux sorcières de notre millénaire, on traque les pervers narcissiques, on les voit partout, bien que les spécialistes affirment qu’ils ne constituent que 2 à 10% de la population, c’est déjà trop, vous me direz… Peu importe les chiffres, j’ai bien peur qu’on soit fascinés par la manipulation sous toutes ses formes et particulièrement dans le domaine amoureux. Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ? Les aime-t-on parce qu’ils nous font devenir victimes et qu’on a enfin quelque chose à raconter ?

Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ?

Je m’interroge et j’aimerais qu’on rende hommage à la résilience et non pas à la relation bourreau/victime. J’aimerais qu’on offre un répit à ces hommes et femmes qui portent en eux et sur eux une « cicatrice invisible ». C’est la blogueuse Mel qui m’a fait découvrir cette jolie expression dans un de ses articles :

« Vous voyez où je veux en venir ? Une blessure physique est un choc traumatique pour le corps et on peut dire que la relation d’emprise avec un ou une pervers narcissique est un choc psychologique d’une grande violence pour la personne qui le vit.

Comme lors d’une blessure physique, après cette relation, ce choc vécu pendant des mois et souvent pendant des années, le corps et l’esprit n’en ressortent pas indemnes.

Bien évidemment, après une relation avec un pervers narcissique, même si l’on a encore mal ou que l’on a eu mal, la cicatrice, la blessure, elle, ne se voit pas. Il n’y a pas de marque, pas de signal d’alarme qui rende les gens plus délicats et plus attentifs. »

Qui donc en parle de cette « cicatrice invisible » ? On préfère les gros titres, les romances perverties et les émotions exacerbées que le silence tout résilient de ces femmes et hommes qui empruntent le long et si solitaire chemin de la guérison.

Je me rappelle encore, et peut-être l’ai-je déjà mentionné, le gardien de la vieille église sur l’île de Procida, au large de Naples. Cet italien solitaire, homme de peu de mots, au teint buriné et animé d’une grande douceur, m’a fait visiter le toit délabré de l’église. Promontoire face à la mer indigo, ce toit était son refuge quotidien. Assis sur sa chaise, un livre à la main, un carnet ou la guitare du gitan posée tout à côté, le gardien de l’église a quelque chose de l’ermite des temps anciens. Il m’a montré les restes de l’abbaye à flanc de colline, l’île de Vivara, réserve naturelle abritant encore quelques vestiges et l’île d’Ischia. Le gardien de Procida a le regard apaisé d’un homme qui a passé des heures, des mois, des années à contempler la mer et la Création. Je n’ai jamais retrouvé une telle sérénité chez aucun homme ou aucune femme que j’ai côtoyé(e).

Ce qui me vient à l’esprit, là tout de suite, c’est que nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation. Il est possible que nous ne soyons plus jamais la même personne, à l’image de Frodo qui comprend, une fois rentré de sa quête et du Mordor, qu’il ne sera plus jamais le hobbit joyeux et insouciant qu’il était. Je pense à tous ceux qui déclarent comme Frodo que certaines blessures sont si anciennes et si profondes qu’elles semblent s’être emparées d’eux.

Nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation

Frodo prend un bateau en compagnie des Elfes pour gagner l’Ouest, quittant définitivement la Terre du Milieu. Nous ne pouvons pas tous partir et fuir notre passé éternellement. Je pense, quant à moi, que Frodo ne fuit rien, il trouve simplement sa destination. Il faut renoncer à la Fascination pour abandonner sa dépendance à un manipulateur ou à quelqu’un de tout simplement nocif. Il faut sonder son âme avec honnêteté, lâcher l’anneau dans les flammes de la Montagne du destin, rentrer en soi-même comme dans un trou de hobbit et exposer ses blessures, non à notre monde hyperconnecté et médiatique, mais à la chaleur et à l’amour de l’Univers, sur le toit en ruine d’une église chahutée par la mer capricieuse.

J’ai trouvé la Grâce à Procida, comme le vieux gardien de l’église, peut-être parce qu’il m’a transmis, sans un mot, un peu de cette sagesse ancestrale si nécessaire au cœur de l’Homme et si longtemps oubliée. J’ai marché des heures sur le sable noir de cette île silencieuse et ma blessure a accepté de se découvrir pour être nettoyée par l’eau salée et pure de la mer. Sortie de mes décombres, j’ai commencé à respirer et depuis, je n’ai jamais cessé d’inspirer à pleins poumons.

Savez-vous quelle est la première et récurrente question qu’on me pose après la lecture de mon roman Starry, starry night ?

« Dites, Lise, c’est votre histoire, ou bien… ? »

C’est dire combien notre société est friande de déballages personnels et émotionnels. On veut un visage sous mon chapeau, on veut des noms sous le « elle » et « il » de mon roman, on veut du vrai, quoi !

Chères lectrices, chers lecteurs, et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ? Si mon « elle » était une symphonie de « elles » blessées et résilientes, si mon « il » un chœur criard de faibles hommes sans passé et sans avenir ? Cesserez-vous de lire mon roman ? Il n’y a ni nom, ni lieu, ni date pour échapper aux projecteurs, éviter la fascination dangereuse et parler à toutes les femmes. C’est là ma vérité et mon combat…

Et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ?

LISE

« There is a sight I hoped I would never see »

4 FÉVRIER 2020

« Is Your Majesty willing to take the oath ?

-I am willing…

-Will you maintain and preserve inviolably ?

-‘Inviolably’, it means you make a promise you can never break, a very sacred promise indeed…

You have to anoint me, otherwise, I can’t be King. Do you understand ? When the holy oil touches me, I am transformed, brought into direct contact with the divine, forever changed, bound to God. It is the most important part of the entire ceremony.

-Be thy hands, anointed, with holy oil.

Be thy breast, anointed, with holy oil.

Be thy head, anointed, with holy oil.

As kings, priests and prophets were anointed. »

George VI portant la couronne :

« That’s very heavy indeed.

-Five pounds, sir.

-Not to mention the symbolic weight, hm ?

There’s a sight I hoped I’d never see. »

Elizabeth II portant la couronne :

« It’s not as easy as it looks.

-That’s exactly what the King said.

-I remember.

Do you suppose I could borrow it for a couple of days ? Just to practice.

-Borrow it, ma’am ? From whom ? If it’s not yours, whose is it ? »

The Crown, saison 1, épisode 5

On pourrait penser que George VI et sa fille sont des privilégiés parmi les plus privilégiés : ils portent une couronne, vivent à Buckingham Palace et dirigent le monde. Probable que beaucoup de nos connaissances et amis pensent que nous sommes les plus privilégiés des privilégiés : nous avons un travail, une sécurité financière, une famille, des loisirs et voyageons de temps à autre. Probable que beaucoup de mes lecteurs pensent que je suis la plus privilégiée des privilégiés : j’écris, je prends des photos, je voyage, je publie…

Pourquoi donc nous sentons-nous régulièrement si misérables, seuls et malchanceux ? Ce que nous désirons a tendance à devenir ce saint graal inatteignable, gardé par une armée de Croisés entoilés dans le temps, poussiéreux, croulants sous les sombres grimoires au fin fond d’une obscure grotte humide et oubliée…

Ce que nous désirons a tendance à devenir ce saint graal inatteignable…

Certains veulent plus que tout la gloire et ne la trouvent jamais, d’autres l’ont toujours fuie et doivent vivre avec cette compagne capricieuse. Quoi qu’il en soit, nous cherchons tous un sens à cette existence mortelle coincée entre deux brouillards : l’avant et l’après. Et puis arrive ce jour où le sens de notre voyage, autrefois hasardeux, se manifeste sous nos yeux écarquillés. Cela n’avait rien à voir avec ce que nous imaginions. C’est comme s’éveiller costumé des pieds à la tête dans la mauvaise pièce, dans le mauvais acte, dans la mauvaise scène…

C’est probablement ce qu’a ressenti le pauvre Bertie le jour de l’abdication de son frère aîné Edouard VIII, ou « le tapageur David », comme j’aime à le nommer. « There’s a sight I hoped I’d never see » déclare Bertie en se regardant dans un miroir de Buckingham Palace, écrasé par le poids de cette imposante couronne, quelques jours avant son onction.

J’aime le destin de Bertie et d’Elizabeth, car ce n’est pas un conte de fées, mais plutôt la vie qui emporte par flux et reflux, une nation qui supplie celui qui ne rêvait que d’une vie très simple, très discrète et très retirée d’avancer en pleine lumière et de la conduire dans une guerre aussi brutale qu’inattendue.

Alors bien sûr, je vous l’accorde, on peut en vouloir à son frère, à sa famille, au monde entier, à Dieu même d’avoir à changer ses plans, à renoncer, à abdiquer sa volonté, à s’adapter, et pour finir, à accepter… On se sent tout désarticulé comme un pantin qui a perdu l’usage de ses membres et qui gesticule sur une scène féroce.

La couronne est bien trop lourde, les responsabilités écrasantes et on finit par ne plus se reconnaître dans cette vie trop grande, comme un étranger qu’on observerait des coulisses, avec méfiance : « It’s not as easy as it looks ». Privilégié ou maudit ? C’est à vous de me le dire…

Peut-être bien que la royauté ne s’achète pas, ne se marchande pas, elle se découvre et s’acquiert au moment où l’on s’y attend le moins. Réfléchissons quelques instants : si Edouard VIII, Wallis Simpson et leurs sympathies pour le Fuhrer n’avaient pas abdiqué avant le couronnement, le destin des Iles britanniques, de l’Europe et d’une certaine façon, du monde n’aurait jamais été le même.

Je suis de ceux qui pensent que rien n’arrive par hasard. Et si la situation maritale de Wallis avait été une bénédiction pour la préservation et la résistance d’un peuple farouchement libre et indépendant ? Sage est celui qui a déclaré que l’Histoire tourne sur de tout petits gonds. Nul doute qu’il en est de même pour nos histoires individuelles, minuscules, insignifiantes : un choix, une rencontre qui s’ajoutent à d’autres choix et à d’autres rencontres, qui mis bout à bout deviennent notre tapisserie de Bayeux brodée en fils d’or très fins.

Certes, nous pouvons refuser l’appel ou la passerelle vers une vie bien différente de celle que nous avons concoctée toute notre enfance, mais peut-être passerons-nous à côté de notre destin, de notre couronnement, de notre onction, de notre royauté. Nous bâtissons des terriers bien solides quand notre Maître nous a créés pour voler.

Nous bâtissons des terriers bien solides quand notre Maître nous a créés pour voler.

Allons-nous accepter d’être « transformés pour toujours » ? Ou bien préférons-nous nous carapater avant même de soupeser la couronne ?

Je suis convaincue qu’une fois passée et consommée la jouissance de récupérer sa liberté, de fuir, de renverser un destin royal, « David le tapageur » a pleuré beaucoup et longtemps. De petits gonds qui l’éloignaient à jamais de la couronne et de l’onction, une boîte vide, quelques souvenirs épars, un exil éternel et des fêtes sans fin pour oublier tout ce qu’on a perdu.

Laissez-moi vous dire que nous sommes tellement plus que nos peurs et nos rêves inachevés. C’est de la poudre de magicien qui nous étouffe et envahit l’espace un moment, mais rappelez-vous, ce n’est rien d’autre que de la poudre. Ce qui avait tellement d’importance hier repose sur le sol inerte le lendemain. Cependant, il arrive que cette poudre stagnante nous aveugle tant et tant qu’on tourne les gonds de notre Légende Personnelle à tâtons, espérant trouver de l’air frais sur le mauvais chemin.

J’ai décidé de lâcher le passé, cessant ainsi et définitivement je l’espère, de me rouler dans les draps de ma mélancolie aigre-douce qui réécrit l’histoire à son avantage, avec de la poudre de magicien, mais sans aucune vérité ni consistance.

Puis, j’ai décidé de décoller mon front de la vitre colorée de l’avenir. Quand j’aurai ça, je serai heureuse, quand je vivrai là, je serai comblée, quand je trouverai le bon numéro, je serai aimée. Foutaises ! Passer sa vie à attendre de vivre c’est comme rester coincé dans un « no men’s land » croulant sous les gaz et s’étouffer à force de rêves niaiseux, vaporeux et boueux.

Passer sa vie à attendre de vivre c’est comme rester coincé dans un « no men’s land »

Je l’ai déjà dit, et cette sagesse ne vient pas de moi, mais le seul bien que nous possédons est le temps présent. C’est merveilleux de le considérer, de l’aimer et de l’employer. On devient peu à peu conscients de ce monde bien réel sous nos pieds : l’herbe fraîchement coupée, le rire contagieux d’un enfant, les embruns qui frôlent le visage, l’énergie contenue dans le corps, l’amour qu’on reçoit et la vie dans chaque pétale…

Lise, Lise, qu’est-ce qui te ferait du bien maintenant ? Maintenant, je veux rire et danser avec Cary Grant tout en savourant une mousse au chocolat. Maintenant, je suis bien vivante et heureuse et c’est tout ce qui compte…

« Borrow it, ma’am ? From whom ? If it’s not yours, whose is it ? »

Je n’emprunte pas le Temps, je n’attends pas qu’il vienne à moi, c’est mon bien le plus précieux, il tourne si vite sur ses petits gonds et il y a tant à faire. La vie en pleine conscience, voilà un défi de taille !

Chers amis, le présent c’est bien le seul courant d’air qui puisse nous transformer. Il est possible de le fuir toute sa vie, mais à quelle fin ? Je refuse de perdre une minute de plus à attendre, à avoir peur, à repousser l’échéance. Certes, ce poids est lourd et combien de fois n’ai-je pas souhaité ne jamais voir « that sight » ? Mais voilà, si on ne change pas, si on n’endosse pas la couronne, on risque de mourir à soi-même et de passer sa vie en exil. Le royaume du Tartare ou les Limbes ne sont pas tout à fait le lieu idéal pour une Croisière à durée indéterminée

Si on ne change pas, si on n’endosse pas la couronne, on risque de mourir à soi-même et de passer sa vie en exil…