Je t’aime un peu, pas du tout, à la folie…

27 AVRIL 2020

CONFINEMENT : SEMAINE 7

« Many women in Herat may survive coronavirus but won’t survive the lockdown »

Marzia Akbari

(psychologue dans la ville d’Herat en Afghanistan)

Assises dans notre canapé, en plein zapping, on tombe malencontreusement sur un reportage Arte qui parle de ces femmes mariées de force à treize ans, violées, agressées, battues, engrossées, insultées et cachées derrière la porte imprenable d’une habitation sans nom, dans un pays dont la première syllabe nous fait frissonner et on se précipite sur la télécommande pour basculer sur un autre programme, quelque chose de plus sucré, de plus funky. On pousse un soupir de soulagement et on pense toutes : « Heureusement, je suis née en France, en Europe, heureusement… ».

Puis, nous parcourons le journal Le Monde et apprenons que, sur une période d’une semaine, les signalements de violences conjugales ont augmenté de 30% depuis le début du confinement. En France ? Non jamais !

Je crois que le confinement peut révéler le meilleur comme le pire chez nous autres humains.

INTROSPECTION

Pour ceux qui, comme moi, aiment se prêter à l’introspection quotidienne, le confinement offre le temps, beaucoup de temps pour penser, faire le point et ne garder que ce qui a le plus d’importance dans la vie. Le bonheur est devenu quelque chose qu’on doit arracher aux lois et restrictions étouffantes qui dictent et uniformisent le quotidien de chacun. Alors, on n’a plus le temps de s’accrocher à des vieilles guéguerres, d’inutiles rancunes, des jalousies toxiques, bref tout ce qui dérobe les quelques instants parfaits qui oxygènent l’âme.

STAGNATION

À côté des amoureux de l’introspection, on trouve les « stagnants ». La crise ne les rend ni meilleurs ni pires, non, ils ne changent pas. Les stagnants ont une forte capacité de survie, car ils ne se posent pas trop de questions sur eux-mêmes, sur la suite, sur la vie. Ils poursuivent leur route comme elle a commencé avec le même flegmatisme légendaire. Ils sont capables d’avaler une quantité astronomique de séries et d’émissions en tous genres, histoire de faire passer le temps. Ils ne se lancent jamais dans des combats perdus d’avance, ils attendent, confiants dans leur bonne étoile que le ras de marée va prendre fin, demain, un jour, qui sait ?

VIOLENCE

Enfin, cohabitent avec les yogis et les stagnants, les « violents ». Ceux-là, personne n’aime en parler, on préfère les oublier, voire les nier. Les violents étaient considérés par les grands penseurs grecs comme la première et grande menace de la société. La catharsis n’a pas bien opéré sur eux. On a eu beau les coller au premier rang de l’orchestre et maintenir leur tête pour qu’ils gobent et expient leurs passions meurtrières à travers le déchaînement fou d’un Néron, d’une Hermione ou encore d’une Médée sur scène, rien n’y fait. Ils sont « possédés » par une colère originelle qui ne faiblit pas et ils détruisent tout sur leur passage.

LA VIOLENCE TUE PLUS VITE QUE LE VIRUS

Si je vous disais que la société a commencé à mourir bien avant l’arrivée du Covid, me croiriez-vous ?

Quand je constate qu’il existe bon nombre de pays où les femmes sont encore traitées comme des marchandises qu’on vend en mariage à des hommes odieux qui ont plus du double de leur âge ; que la violence physique et le viol sont monnaie courante dans les pays rongés par la guerre et la corruption ; qu’on frappe femmes et enfants sous l’effet de la drogue, de l’alcool, de la folie dans les nations dites « éclairées » ; qu’on vend le corps de la femme en marketing à consommer tout de suite et à volonté sur les chaînes TV, les réseaux et sites web ; qu’on prend note distraitement d’une plainte pour violence, abus et manipulation psychologiques déposée par une femme dite « névrosée » (c’est tellement plus commode), je me demande quand on donnera un nom et un vaccin à ce fléau.

Aujourd’hui, permettez-moi de dire que ce fléau à un nom : c’est la Mort, la mort de l’humanité programmée dans nos sociétés si friandes de statistiques. Quand on accepte la violence comme une nouvelle forme d’amour passionnel dans les films et séries à la mode, quand le bourreau devient un héros, quand la violence est le moteur de l’entreprise du jeu vidéo, quand les enfants naissent dans des foyers explosés, vides et toxiques, quand les femmes courent sans réfléchir pour devenir des « gros durs », quand on exploite son corps et celui de l’autre comme une pure machine du désir, quand le caprice est devenu l’éthique et l’écran la seule relation humaine, je ne m’étonne plus que l’humain soit en voie d’extinction.

Oh ! Je sais bien, on va me rire au nez ou pire me détester et m’insulter (toujours très courageux les commentaires orduriers anonymes) pour ces propos alarmistes. Et si le virus qui ravage la planète n’était qu’une manifestation extérieure d’une société malade et pourrie de l’intérieur ?

LA LOI DU SILENCE

Chères amies, rien ne vous oblige à suivre le schéma destructeur que le monde vous tend comme la seule voie « à la mode » ! Personne ne vous tient écrasées sous la coupole d’un homme violent et foncièrement faible, si ce n’est votre peur d’être seules, votre peur de parler, votre peur d’exister. Personne ne peut être votre meilleure amie à part vous-mêmes.

Imaginez un court instant que vous vous regardiez à distance. Observez cette femme immobile et muette sous les paroles tranchantes et destructrices d’un connard, un vrai. N’auriez-vous pas envie de vous précipiter pour arracher cette femme aux griffes de ce minable pervers ? Vous feriez tout pour trouver à cette femme un travail, un logement, un psychologue, un avocat, un parent.

Cette femme, c’est vous et cet ami providentiel, c’est également vous. Vous seules pouvaient décider de dire « Non ! », « Ça suffit », puis de partir pour de bon, sans jeter un regard en arrière. Je sais combien notre société est lente et dysfonctionnelle pour ce qui est de protéger l’humain des maltraitances physiques et psychologiques. La loi du silence est partout de mise.

L’AMOUR DE L’UNIVERS

Mais je connais également cette grande vérité :

« Quand tu veux quelque chose, tout l’Univers conspire à te permettre de réaliser ton désir. »

Paulo Coelho, L’Alchimiste (1988)

L’univers peut bien s’être réduit à votre pupille noire, si noire, brouillée de larmes aigres et chaudes, rien n’est encore perdu. Lui qui a promis qu’Il « essuiera toutes larmes de leurs yeux, et la mort ne sera plus ; et il n’y aura plus ni deuil, ni cri, ni travail ; car les premières choses sont passées » (Apocalypse 21 : 4) conspirera à votre délivrance…

J’ai entendu vos plaintes, j’ai pleuré avec vous, j’ai prié pour vous et de cette lutte est sortie Starry, Starry Night, mon roman, ma voix et la vôtre. Si le confinement resserre et cimente les murs de votre prison domestique, soyez pour vous-mêmes cette amie qui tend la main tout le jour, qui donne de l’amour à chaque inspiration, qui réduit la cellule en cendre et qui croit à votre guérison.

Mon roman parle de vous et pour vous. Quand bien même vous ne pourriez plus briser votre miroir de désolation, relever votre corps ramassé sur le tapis d’une salle de bain sordide, dire « assez ! » et partir, je serais là tout près de vous, à vous répéter que vous êtes tellement plus que ce que vous croyez être aujourd’hui, que vous n’êtes pas seules, non jamais.

« Pourtant, elle continue de l’attendre, affamée de son amour qu’il reporte indéfiniment au lendemain.

Il dit qu’elle l’a trahi en parlant de l’argent à ses parents, il dit qu’il ne veut plus rien d’elle, il dit qu’elle n’est qu’une enfant. Il l’a dit une fois par la bouche et il le respire continuellement par les yeux. Elle est méprisable, elle n’est rien tant qu’il n’a pas décidé qu’elle est assez punie. Il la punit par ses silences, il l’ignore, il s’enferme dans sa chambre pendant des heures jusqu’à ce qu’elle comprenne la leçon. Et cela dure depuis des jours. »

Lise Paty, Starry, Starry Night (2019)

STARRY, STARRY NIGHT

Il est temps de parler, il est temps d’en parler…

Il est temps d’affirmer que le dicton pseudo-amoureux « Je t’aime un peu, pas du tout, à la folie » n’est qu’un odieux mensonge. Nous femmes croyons longtemps et à tort que le seul amour qui existe soit celui de l’homme dit « providentiel », celui qu’il daigne nous donner entre deux contrariétés, entre deux mots et gestes violents et nous restons là pendues à ses oscillations émotionnelles. La maltraitance fonctionne tant qu’elle fait vibrer la mélodie plaintive de nos cordes intérieures : c’est un air vaguement familier, une rengaine qui nous assourdit depuis l’enfance et qui a enveloppé notre cœur d’épaisses ténèbres.

Pourquoi cela nous arrive-t-il à nous ? Qu’est-ce qu’on a bien pu faire pour mériter ça, hein ? Rien du tout. C’est ce monde malade qui a produit des bourreaux incurables qui ont reniflé notre désespoir pour y planter leurs crocs empoisonnés. Au début, le bourreau dit nous aimer à la folie, puis un peu moins et parfois pas du tout. Pourquoi ? Qu’est-ce qu’on a fait ? Rien. C’est lui qui n’aime rien d’autre que lui-même. Éternellement vide, il s’est branché sur notre cœur déjà bien abîmé pour pomper, pomper le sang, l’oxygène, la vie… Plus il se sent fort, plus nous mourons. Oui c’est bien cela la maltraitance et moi, je l’ai en horreur !

Cependant, je suis lucide ; aujourd’hui, je n’ai aucun pouvoir pour vous libérer de votre prison domestique. Vous seules détenez les clefs. Je sais que ça sera difficile, je ne vais pas vous mentir, vous allez encore et beaucoup pleurer, mais demain le soleil brillera de nouveau.

Un soir, il y a quelques années, allongée dans l’herbe humide, je me suis perdue dans un ciel étoilé et j’ai prié pour ma délivrance, pour la vôtre, pour celle de toutes les femmes. J’ai découvert l’Amour de l’Univers dont parle Paulo Coelho : cet Amour crée, donne, guérit, sauve. C’est le premier amour à rechercher avant celui de tout homme imparfait. Seul cet Amour ramène à la vie un cœur brisé et mourant.

« Donne-moi un cœur nouveau, un cœur tendre, un cœur de femme… »

N’est-ce pas ce que la Samaritaine, Marthe et sa sœur Marie, Marie de Magdala, la femme adultère, la femme affligée d’une perte de sang et toutes les autres ont demandé au Christ quand elles sont allées à sa rencontre ? Il les a toutes guéries, aimées et sauvées. Il fera de même pour vous.

Laissez-moi glisser sous la porte de votre habitation sans nom mon espoir, mon roman, pour que vous teniez un jour de plus, puis encore un autre, avant de retrouver l’air chaud et parfumé de l’été, libres, sous un ciel étoilé ou au bord d’une plage désertée.

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Starry, Starry Night est disponible en version papier et e-book sur le site de mon éditeur :

Starry, Starry Night

sur Amazon :

sur la Fnac :

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

sur Cultura :

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

FASCINATION

12 FÉVRIER 2020

On pourrait croire que je me prépare à faire un remake de la trilogie de Stephenie Meyer, je vous rassure, il n’en est rien, encore que…

Dernièrement, alors que je zappais négligemment jusqu’à faire exploser « mon bouquet TV », un samedi soir, je suis tombée sur une émission bien connue qui fait passer pendant des semaines des auditions « à l’aveugle » pour débusquer non pas un, mais pléthore de talents, défendant la fameuse devise « Tout le monde peut-être un(e) chanteur(se) », ou encore « J’aurais voulu être un(e) artiste… » mais ça ne paye pas, c’est juste too late, mon gars !

Où en étais-je ? Ah oui, donc, la fille débarque sur le plateau, mais avant ça fait une rapide review de sa vie, une bande d’annonce en retard, quoi ! Ah ! cette génération d’influenceuces, de YouTubeuses, quel ego ! Bref, la fille se présente et justifie sa présence à l’émission de cette façon : « Je veux montrer, ce soir, qu’on peut ne pas être une victime toute sa vie ». What ? Tu débarques sur un plateau blindé, sous les projecteurs et devant des millions de spectateurs tu déclares de but en blanc que tu as subi des maltraitances dans ton enfance, puis tu hurles le « Je t’aime » de Lara Fabian.

Vous allez me trouver dure, une fois encore, mais où est partie toute la décence du monde ? Cela confirme mon analyse précédente des Millennials comme d’une génération qui ne sait pas faire la différence entre privé et public. J’irais même plus loin. La jeunesse croit aujourd’hui dur comme fer que pour retenir l’attention, être écoutée, gagner l’amour et donc se définir, il faut se convertir en victime, déchirer sa chemise et montrer toutes ses cicatrices : « Regardez, là, on m’a cogné(e), là, on m’a humilié(e), là on m’a tiré(e) par les cheveux, là, on m’a abusé(e)… »

Je sais bien qu’on a œuvré pendant des décennies pour délier les langues, faire parler les femmes maltraitées, les enfants victimes de sévices, les hommes humiliés, mais n’a-t-on pas ouvert une autre boîte de Pandore ?

Je m’explique. Une image vaut mieux qu’un long texte. Les médias le savent pertinemment et se nourrissent de ces témoignages filmés, de cette mise à nu permanente qui est censée faire avancer la législation, rompre le silence et surtout, il faut bien le reconnaître, faire vendre, faire monter l’audimat.

Alors ma question est toute simple : est-ce qu’on se nourrit, au XXIe siècle, du malheur des autres ? Est-ce qu’on renifle leurs blessures comme des vautours ? Est-ce qu’on est fasciné par la violence et la manipulation ? Être victime est-il plus vendeur qu’être fort et digne ?

S’il ne s’agissait que de paroles lancées sans réfléchir sur un plateau télé, la situation serait bien moins préoccupante. Il y a une contradiction pernicieuse soulevée par les associations féministes et les organisations de défense de femmes victimes d’abus : d’un côté, les affaires d’abus sexuels dans les domaines du sport, du cinéma, du théâtre ne cessent de nous exploser en pleine figure, chaque mois, dès que nous nous intéressons à l’actualité ; de l’autre, on multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

On multiplie les films et séries construits autour d’une relation toxique et on fait passer ça pour de l’amour !

Certes, il est normal et attendu que la justice prenne au sérieux les révélations de femmes abusées dans leur jeunesse par des réalisateurs, des coachs, etc. Une fois encore on constate la force de cette solidarité féminine qui pousse une langue à se délier, puis une autre et une autre. Le courage de la première finit par gagner toutes les suivantes et c’est une avancée considérable pour la cause des femmes qui ne sont pas des objets de consommation, mais les maîtresses de leur âme et de leur corps.

Cependant, je condamne les journalistes et le showbiz qui se nourrissent de ces « affaires » malheureuses pour accrocher le grand public à la fange d’actes innommables qui font bien vendre ! Les victimes restent des victimes et ne seront plus connues à l’avenir que comme des victimes… C’est bien toute la réparation qu’on leur donne. On dilapide ainsi le nom comme autrefois d’autres ont dilapidé le corps et l’âme ! Je suis outrée !

Vous savez ce qui se passe quand une femme se rend au commissariat immédiatement après un viol, ou une tentative de viol : une fois les formalités, la déposition remplies, il est fréquent que la femme se rende à l’hôpital pour procéder à des examens médicaux évaluant les marques et séquelles du viol. Imaginez l’état de cette femme. La salle d’examen ne tarde pas à devenir une véritable chambre froide, une antichambre de la mort, parce que, oui quelque chose est mort en elle, n’importe quelle femme violée vous le dira. Objet inanimé, son corps est raide ou tremblant, les larmes coulent ou ne coulent pas, son cauchemar continue…

Alors, par respect pour toutes ces femmes dont le corps, l’âme et la vie ont été souillés par un homme vil, faible et immonde, laissons leur immense douleur reposer dans le dossier jaunâtre et l’oreille discrète des infirmières. Il faut que le bourreau soit jugé et puni, c’est évident, car il a en va du destin d’autres femmes. Mais j’ai bien envie de hurler quand je constate que, d’un coup de baguette magique le cinéma, Netflix, la télévision font endosser au bourreau le rôle du héros, à la victime celle de la femme amoureuse et soumise et à l’abus sexuel et émotionnel celui de l’Amour, avec un grand A.

Ça vient de sortir sur Netflix, une série en vingt épisodes, consacrée à une sorte de pervers narcissique et à sa victime : You. Ou bien la sulfureuse trilogie adaptée des romans de la britannique E. L. James par la réalisatrice Sam Taylor Johnson : Cinquante nuances de Grey, on va du sombre au plus clair, on n’y comprend rien, tellement c’est à vomir. Le plus honteux dans cette affaire, c’est que ce sont des femmes qui sont à l’origine de ce tas d’immondices, comme quoi on est capable du meilleur, comme du pire.

Dans un cas comme dans l’autre, la bande d’annonce m’a suffi, car je ne pourrai jamais, moralement, cautionner ces productions infâmes. Oui, ce sont bien nos Millennials qui sont les premières cibles de ces intrigues passionnelles débridées et mensongères. À une époque où le mot, la notion d’ « amour » est tellement galvaudée, où les parents laissent aux enfants et adolescents le soin de découvrir la sexualité par les séries, la pornographie et les vidéos suggestives concoctées dans un coin du collège ou dans une maison-fantôme vidée de parents toujours trop occupés, de morale et de repères existentiels, ces productions au départ doucereuses, puis terriblement érotiques, trouvent leur public.

Avec 365 221 entrées en France, Cinquante nuances de Grey est considéré comme le plus gros démarrage de l’année 2015. Alors on ne s’arrête pas là, bien sûr, si on peut continuer de se faire de l’argent sur le mensonge, le sexe, la manipulation et les abus, allons-y, Mesdames des studios ! Et ACTION…

Les associations féministes ont appelé au boycott du film avec la campagne #50dollarsnot50shades, autrement dit faites don de 50 dollars à une œuvre caritative destinée à aider les femmes victimes de relations abusives « comme celle que le film veut rendre glamour », plutôt que « de les dépenser en places de cinéma, baby-sitter, popcorn et boissons ». On dénonce alors « l’abus, la violence et les rapports sexuels sadiques », on montre combien les dialogues du film sont dangereux. J’en veux pour preuve la menace verbale faite par le riche bourreau – Christian Grey – à l’ingénue étudiante – Anastasia Steele : « Il fait très froid en Alaska et il n’y a nulle part où courir. Je te trouverai. Je peux tracer ton portable, tu te souviens ? »

Cette campagne est presque passée sous silence, une goutte d’eau dans la marée humaine déferlant dans les salles de cinéma. Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente. La violence sexuelle ainsi idéalisée, il n’est pas étonnant que ces mêmes adolescentes se plient au chantage malsain de camarades, amis FB ou followers leur demandant de se dévêtir devant l’objectif pour gagner quoi ? Quand allons-nous réagir ? Autrefois, on taisait tout, par peur des représailles, du bannissement social ; aujourd’hui on déballe tout et on transforme la perversion, la manipulation et l’abus sexuel en amour suprême.

Il est alarmant de constater que nombreuses sont les adolescentes qui considèrent la relation sadomasochiste de Cinquante nuances de Grey comme un horizon d’attente.

Les parents courent à la carrière et à une hypothétique reconnaissance sociale et le Ministère de l’Éducation n’a rien trouvé de mieux que d’enfermer les adolescents de quatorze ans dans une salle de classe avec une infirmière et une psychologue particulièrement incompétentes pour refaire leur éducation sexuelle qui se résume souvent à : « Écoutez, les enfants, un garçon est une fille et une fille est un garçon », puis s’en suit une liste interminable des pratiques sexuelles en tous genres, héritées de ces mêmes films et séries érotiques. Une fois le topos terminé, il reste bien quinze minutes avant la sonnerie, alors on la joue franc jeu : « Qui d’entre vous a un(e) copain(ine) ? Qui sait comment mettre un préservatif ? Qui a déjà eu des relations sexuelles ? » J’arrête là le catalogue de la bêtise éducative, c’est déjà lourd à digérer, nul besoin d’ajouter qu’on est loin des cigognes et petites abeilles du siècle passé…

Ce qui me gêne, voyez-vous, c’est que tous ces artifices cachent la réalité : un bourreau est un homme très faible qui s’engouffre dans les failles de sa victime hypersensible, résiliente, brillante, empathique. Cette relation finit par plonger la femme dans une grande dépendance, pas loin d’une addiction. Véritable chasse aux sorcières de notre millénaire, on traque les pervers narcissiques, on les voit partout, bien que les spécialistes affirment qu’ils ne constituent que 2 à 10% de la population, c’est déjà trop, vous me direz… Peu importe les chiffres, j’ai bien peur qu’on soit fascinés par la manipulation sous toutes ses formes et particulièrement dans le domaine amoureux. Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ? Les aime-t-on parce qu’ils nous font devenir victimes et qu’on a enfin quelque chose à raconter ?

Croirait-on que les PN sont les sex-appeal et bad boys fétiches de notre société ? Célèbre-t-on la force dans la perversion ?

Je m’interroge et j’aimerais qu’on rende hommage à la résilience et non pas à la relation bourreau/victime. J’aimerais qu’on offre un répit à ces hommes et femmes qui portent en eux et sur eux une « cicatrice invisible ». C’est la blogueuse Mel qui m’a fait découvrir cette jolie expression dans un de ses articles :

« Vous voyez où je veux en venir ? Une blessure physique est un choc traumatique pour le corps et on peut dire que la relation d’emprise avec un ou une pervers narcissique est un choc psychologique d’une grande violence pour la personne qui le vit.

Comme lors d’une blessure physique, après cette relation, ce choc vécu pendant des mois et souvent pendant des années, le corps et l’esprit n’en ressortent pas indemnes.

Bien évidemment, après une relation avec un pervers narcissique, même si l’on a encore mal ou que l’on a eu mal, la cicatrice, la blessure, elle, ne se voit pas. Il n’y a pas de marque, pas de signal d’alarme qui rende les gens plus délicats et plus attentifs. »

Qui donc en parle de cette « cicatrice invisible » ? On préfère les gros titres, les romances perverties et les émotions exacerbées que le silence tout résilient de ces femmes et hommes qui empruntent le long et si solitaire chemin de la guérison.

Je me rappelle encore, et peut-être l’ai-je déjà mentionné, le gardien de la vieille église sur l’île de Procida, au large de Naples. Cet italien solitaire, homme de peu de mots, au teint buriné et animé d’une grande douceur, m’a fait visiter le toit délabré de l’église. Promontoire face à la mer indigo, ce toit était son refuge quotidien. Assis sur sa chaise, un livre à la main, un carnet ou la guitare du gitan posée tout à côté, le gardien de l’église a quelque chose de l’ermite des temps anciens. Il m’a montré les restes de l’abbaye à flanc de colline, l’île de Vivara, réserve naturelle abritant encore quelques vestiges et l’île d’Ischia. Le gardien de Procida a le regard apaisé d’un homme qui a passé des heures, des mois, des années à contempler la mer et la Création. Je n’ai jamais retrouvé une telle sérénité chez aucun homme ou aucune femme que j’ai côtoyé(e).

Ce qui me vient à l’esprit, là tout de suite, c’est que nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation. Il est possible que nous ne soyons plus jamais la même personne, à l’image de Frodo qui comprend, une fois rentré de sa quête et du Mordor, qu’il ne sera plus jamais le hobbit joyeux et insouciant qu’il était. Je pense à tous ceux qui déclarent comme Frodo que certaines blessures sont si anciennes et si profondes qu’elles semblent s’être emparées d’eux.

Nous portons tous des blessures visibles et invisibles en cours ou non de cicatrisation

Frodo prend un bateau en compagnie des Elfes pour gagner l’Ouest, quittant définitivement la Terre du Milieu. Nous ne pouvons pas tous partir et fuir notre passé éternellement. Je pense, quant à moi, que Frodo ne fuit rien, il trouve simplement sa destination. Il faut renoncer à la Fascination pour abandonner sa dépendance à un manipulateur ou à quelqu’un de tout simplement nocif. Il faut sonder son âme avec honnêteté, lâcher l’anneau dans les flammes de la Montagne du destin, rentrer en soi-même comme dans un trou de hobbit et exposer ses blessures, non à notre monde hyperconnecté et médiatique, mais à la chaleur et à l’amour de l’Univers, sur le toit en ruine d’une église chahutée par la mer capricieuse.

J’ai trouvé la Grâce à Procida, comme le vieux gardien de l’église, peut-être parce qu’il m’a transmis, sans un mot, un peu de cette sagesse ancestrale si nécessaire au cœur de l’Homme et si longtemps oubliée. J’ai marché des heures sur le sable noir de cette île silencieuse et ma blessure a accepté de se découvrir pour être nettoyée par l’eau salée et pure de la mer. Sortie de mes décombres, j’ai commencé à respirer et depuis, je n’ai jamais cessé d’inspirer à pleins poumons.

Savez-vous quelle est la première et récurrente question qu’on me pose après la lecture de mon roman Starry, starry night ?

« Dites, Lise, c’est votre histoire, ou bien… ? »

C’est dire combien notre société est friande de déballages personnels et émotionnels. On veut un visage sous mon chapeau, on veut des noms sous le « elle » et « il » de mon roman, on veut du vrai, quoi !

Chères lectrices, chers lecteurs, et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ? Si mon « elle » était une symphonie de « elles » blessées et résilientes, si mon « il » un chœur criard de faibles hommes sans passé et sans avenir ? Cesserez-vous de lire mon roman ? Il n’y a ni nom, ni lieu, ni date pour échapper aux projecteurs, éviter la fascination dangereuse et parler à toutes les femmes. C’est là ma vérité et mon combat…

Et si le Vrai était un composé de vies reliées par divers canaux invisibles ?

LISE

STARRY, STARRY NIGHT

11 JUILLET 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

C’est avec joie et émotion que je vous annonce la sortie de mon premier roman : Starry, Starry Night.

Histoire et mots qui m’ont longtemps trotté dans la tête pendant les nuits sans sommeil et les jours de veille.

Puis vient le soir où, sans prévenir, le torrent fend la roche, les résistances qui étaient en vous et vous muselaient cèdent enfin, l’eau jaillit et l’encre s’écoule sur le papier immaculé.

C’est la voix créatrice qui résonne dans une nuit solitaire, dictée par les Muses capricieuses sous un rayon de lune et une pluie d’étoiles.

Les mots se sont précipités au bord de la plume maladroite pour dire ce qu’on devine à peine dans les yeux livides et les larmes sèches de ces femmes éteintes.

Alors quand on a du courage et le cœur plein de ces souffrances cachées, honteuses, mais tenaces, on écrit.

On écrit parce que si on le tait, d’autres souffriront dans la salle de bains d’un appartement étroit encore des jours et des années, accablées par la violence froide ou brûlante d’hommes indignes de porter le nom d’ « homme ».

Ce roman est tout autant le miroir d’une femme que celui d’un homme. Victime et bourreau, chacun devra accepter sa partition.

Étoiles qui s’attirent par une force aussi redoutable que l’attraction terrestre jusqu’à ce que la femme dise : « Assez ! ».

Mon seul désir est que cette « nuit étoilée » éclaire plus d’une âme , car comme le dit Edgar Allan Poe : « Il peut se faire qu’une vérité soit plus étrange que toutes les fictions ».

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En exclusivité, rejoignez le site de mon éditeur SYDNEY LAURENT pour découvrir la magnifique couverture réalisée par Proxima, le résumé et quelques extraits.

Starry, Starry Night est disponible dès à présent en e-book et la version papier ne va pas tarder, encore deux petites semaines !

J’ai hâte de lire vos commentaires, de vous entendre et de vous rencontrer.

Bien à vous,

LISE