Les Working Girls au bercail ou « la fête est finie »

24 MARS 2020

Qui dit confinement dit retour à la maison !

Eh oui, lundi 16 mars, le président Macron l’a bien dit :

« En restant chez vous, occupez-vous des proches qui sont dans votre appartement, dans votre maison. Donnez des nouvelles, prenez des nouvelles. Lisez, retrouvez aussi ce sens de l’essentiel. Je pense que c’est important dans les moments que nous vivons. La culture, l’éducation, le sens des choses est important. »

I. « RESTEZ CHEZ VOUS ! »

Bon, qu’en est-il sur le terrain ? Parce qu’il est probable que la guerre soit, d’abord, déclarée dans les foyers avant même qu’ils ne soient contaminés par le Covid-19. Nos chères Working Girls, les Wonder Women du 70e étage d’un building du quartier de la Défense, ont repris le chemin non pas de l’école, mais de la maison, encore que…

En 2019, c’était encore possible de réchauffer à la va-vite les plats surgelés, les dictées préparées et les histoires du coucher. Mais en 2020, il va falloir se renouveler Mesdames…

Car vous avez devant vous, non plus vos chers bambins qui avaient tout dépensé dans la cour de récréation, tout explosé devant les professeurs désarmés et tout donné dans les chorégraphies fantaisistes du professeur d’éducation physique qui s’improvise, à l’occasion, Kamel Ouali du collège ou « comment trouver un sens au dépliage de tapis puants dans le gymnase »… non, vous n’avez plus une progéniture bien rincée et à moitié docile, mais une famille de gremlins surentraînés qui vont tout détruire chez vous !

Malheureusement, cette fois-ci, aucune issue pour les Working Girls qui perdent à la fois leur bureau de PDG et leur liberté grâce au confinement à durée indéterminée… Eh oui ! ça rassure « indéterminé » quand il s’agit du boulot dans une grosse boîte, mais ça fait carrément peur quand il s’agit de vivre H24 avec sa portée !

II. « OCCUPEZ-VOUS DES PROCHES »

Ah ! Les bons petits croissants sortant du four à 9h, prêts à fondre sous la dent dure des adolescents d’exception ! Oubliez ! Maman n’a pas une formation de pâtissière, c’est une femme d’affaire qui vend à profit et achète à perte, d’où les vingt paquets de cornflakes entassés dans le garage, achetés via le Drive, formule : 2+1 gratuit.

Les quarante-cinq jours d’entraînement, oups ! de confinement vont être très très longs, surtout si tous les repas sont lyophilisés ! Finalement, les gars, c’était pas si mal la cantine, hein ?

III. « PRENEZ DES NOUVELLES »

Super Maman-Working Girl est douée pour mener un entretien d’embauche, de carrière, de licenciement. Alors voilà, pendant 45 jours (ou plus), il va bien falloir communiquer avec super enfants-millenials !

Super Maman-Working Girl panique de ouf, car elle n’a jamais fait ça, jamais, jamais. Les quelques heures qu’elle passe, enfin passait, avec ses Millenials en rentrant du boulot sont, plutôt étaient, bien cadrées et productives, normalement, mais ça, eh bien, c’était avant

Super Maman-Working Girl arrive autant à faire plier une armée d’hommes ravalant leur pulsion de chef, ou testostérone, dans la salle de réunion du 70e étage, à la Défense, qu’elle est, il faut bien le dire, désarmée face à trois adolescents irascibles qui

1)n’ont jamais appris à communiquer avec elle,

2)n’ont aucune envie de communiquer avec elle,

3)n’ont pas le temps de communiquer avec elle tant leur vie sociale virtuelle est prenante.

Super Maman-Working Girl a remis le tablier, mais… il lui reste un long chemin à parcourir ! Elle s’apprête à déclarer la guerre à tous les engins connectés qui étaient bien utiles autrefois, (« autrefois », c’est si vieux que ça ma vie « active » ?) pour

1)acheter la paix sociale,

2)racheter ce temps qu’elle ne leur donnait pas,

3)les occuper sans trop d’efforts.

Eh oui ! Super Maman-Working Girl va bien vite regretter tout cet argent durement gagné et dilapidé pour les caprices high-tech de ses bambinos… Chaque Iphone est un écran de plus, dans tous les sens du terme, mis entre elle et la chair de sa chair. Maman payait, mais n’éduquait pas vraiment. Maman aurait dû dire que tout n’est pas vrai, tout n’est pas bon sur le Net et surtout que rien ne remplace une vraie relation faite de sourires, de mots et de câlins… Maman aurait dû, mais elle n’avait pas le temps, elle l’a laissé filer, elle les a laissé grandir et aujourd’hui ce ne sont pas 45 jours en famille, mais 45 jours avec des étrangers…

IV. « LISEZ, RETROUVEZ, ÉDUQUEZ »

Tout un programme, hein ?

Super Maman-Working Girl maîtrise les courbes de la Bourse, les tableaux Excel, les vidéo-conférences, mais jamais au grand jamais elle n’a été préparée à l’école virtuelle, l’école du future, quoi ! La voilà pénétrant à pas feutrés sur l’interface moderne et fonctionnelle, (je vous l’assure, ce n’est pas moi qui le dis, mais Monsieur le Ministre de l’Éducation), j’ai nommé l’ENT, Pronote, Néo, Folios, Scratch-scratch ou plutôt Plouf-Plouf (pour être honnête)…

Super Maman-Working Girl écarquille les yeux pour bien tout saisir :

« OK, concentre-toi, ma vieille. Aujourd’hui et tous les autres jours jusqu’à… (non, non, n’y pense pas !) tes enfants surdoués vont devoir se connecter sur… quoi, déjà ? Pro…pro…pro…note ??? Et elles sont où les notes ? Et ce sont qui eux qui te donnent du travail déjà ? Ah oui ! Les profs ! »

Voilà, on y est, Maman les maudissaient quand elle était à l’école, puis elle les a maudits à chaque mauvaise note, écart de conduite de ses petits anges et maintenant, maintenant, elle les… (non, elle ne le dira pas)… parce qu’il faudrait enfin qu’elle fasse leur boulot ?

Super Maman-Working Girl a oublié que la grande institution qui accueille cinq jours sur sept, dix heures pas jour ses super enfants-millenials mal dégrossis a été rebaptisée « éducation » pour pallier à celle qu’elle et tant d’autres parents ont oublié, négligemment, en passant, de donner à leur progéniture. Monsieur le Président l’a rappelé : « la culture, l’éducation… », retour à l’envoyeur, à la vie communautaire, aux bons vieux devoirs devenus leçons, à la carotte et au bâton pour certains, bref on forme en 45 jours les parents comme jamais auparavant.

Cependant, Super Maman-Working Girl ne voit pas du tout, mais alors pas du tout, ça comme une formation ou une promotion. C’est un véritable calvaire ! Elle ne retrouve pas ses codes de connexion qu’elle a, sans le vouloir, mis à la corbeille début septembre. Elle accuse tout le monde :

1)les enseignants,

2)la Direction,

3)les lutins de la forêt,

4)ses enfants (oui… peut-être…),

5)elle, vraiment, elle ??

Comme ses trois Millenials se contrefichent de ses avertissements, Super Maman-Working Girl finit par passer ses journées, courbée sur la table de cuisine, à écosser les haricots, repriser les chaussettes, remplir les QCM et répondre à ses professeurs. Guidée par l’infaillible précepte « on n’est jamais mieux servi que par soi-même », Super Maman-Working Girl s’est remise aux devoirs, littéralement, elle fait les devoirs à la place de…

Alors quand son professeur, qu’elle traite, en secret, de tous les noms, lui colle un « non noté » pour son devoir maison sur « la Guerre froide », Super Maman-Working Girl-élève explose de rage ! Le masque ne tient plus, elle déchire le tablier et redevient en un coup de baguette magique Mme la PDG du 70e étage, quartier : La Défense. Elle congédie cet importun qui met à la poubelle deux heures de travail assidu, elle lui demande de « revoir sa position », elle le menace de licenciement par « j’en parlerai à la Direction », elle rappelle, avant d’oublier, le sérieux de son adolescent qui a passé beaucoup de temps sur Fortnite, oups ! la Guerre froide… Elle finit par le maudire, car tout est de sa faute : le virus, le confinement, l’enfer à la maison, la paresse légendaire de ses enfants, les chaussettes trouées, les haricots mal cuits, tout, tout, tout… Car oui, elle en est sûre : ce sont les enseignants qui ont tout bricolé. Avec leurs salaires de ministres, ils ont payé les Chinois, créé la bestiole en laboratoire, contaminé l’humanité pour quoi ? Plus de vacances !!!

Super Maman-Working Girl étouffe de rage. Elle ouvre grand la fenêtre de la cuisine, respire à plein poumons et elle se rappelle :

« CONFINEMENT – JOUR 3 »

Telle une bête traquée et enchaînée à une clôture, elle hurle un long et plaintif : « NONNNNNNNNN !!! ».

La guerre au bercail a commencé et on ne sait pas quand ça va s’arrêter…

C’est bien ce qu’on appelle « le sens de l’essentiel », « le sens des choses », n’est-ce pas Monsieur le Président ?

2 commentaires sur « Les Working Girls au bercail ou « la fête est finie » »

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