« JE VEUX ÊTRE UN DE CES MOMENTS »

29 octobre 2019

Copyright@lisepaty

Qui n’a pas été intrigué voire fasciné par la relation de Karen Blixen et de Denys Finch Hatton ?

« Il y a des moments qui valent la peine. Mais il faut en payer le prix. Et je veux être un de ces moments. » déclare Meryl Streep, alias Karen à Robert Redford, alias Denys.

Ils s’aiment à n’en pas douter, mais Karen et Denys n’attendent pas la même chose de l’amour, de leur relation, de l’Afrique…

Karen : Vous demandez-vous souvent si je me sens seule ?
Denys : Non, en effet. […] Qu’est-ce qu’un mariage changerait ?
Karen : J’aimerais quelqu’un qui, enfin, m’appartiendrait.
Denys : Non. Détrompez-vous. Karen je vis avec vous parce que j’ai choisi de vivre avec vous. Je ne tiens pas à être accroché à la vie de quelqu’un. Ne me demandez pas cela. Je ne veux pas découvrir un beau jour que ma vie c’est la vie de l’autre. Je veux bien payer le prix pour cela, et me retrouver seul parfois, ou mourir seul s’il le faut. Je trouve cela normal.
Karen : Pas tout à fait. Vous me demandez d’en payer le prix également.
Denys : Non. Je vous laisse le choix. Mais vous n’êtes pas prête à m’accorder le même. Je n’aurai pas plus de tendresse, je ne vous aimerai pas davantage à cause d’un bout de papier.
Karen : Pourquoi votre liberté serait-elle plus importante que la mienne ?
Denys : Erreur. Je ne me suis jamais immiscé dans votre liberté.

Ce dialogue brillamment interprété à la fin du film Out of Africa de Sydney Pollack, retraçant l’autobiographie kenyane de Karen Blixen, révèle toute la complexité de deux individus et de leur relation amoureuse.

Karen a des blessures à panser quand elle rencontre Denys et lui aussi. Ce qui rapproche la danoise cultivée du baroudeur solitaire, c’est l’Afrique, plus précisément, le Kenya. Ils s’aiment dans ces grands espaces arides balayés par des mammiphères fascinants et un vent tout-puissant. Ils s’aiment parce qu’ils sont libres dans le cockpit de Denys dominant les antilopes dans ce que Karen appelle « l’oeil de Dieu ».

Alors Denys demande à Karen d’utiliser son domaine comme point de chute au cours de ses safaris, il arrive, il l’aime, il repart et puis, quelques mois plus tard, il revient… Denys chérit sa liberté plus que Karen et sa vie même. Il est à la fois tendre et insaisissable. Il ne vit pas assez longtemps avec Karen pour qu’elle s’en lasse, ils ne partagent donc ensemble que le meilleur, chacun épargnant à l’autre ses préoccupations bassement matérielles.

Ne pourrait-on considérer cette relation comme idéale ? Aller, venir, répéter le cérémonial de la séparation déchirante et du dernier baiser aux pieds de l’avion ou d’un éléphant, vivre à nouveau les retrouvailles délicieuses et inattendues en rentrant du champ. Ne garder, en somme, que le nectar d’une romance et de son éternel recommencement, sans les contrariétés qui épaississent et tuent la magie des premiers instants.

Pourtant les mois, les années passent et Karen finit par en demander plus à Denys. Elle se sent plus seule qu’autrefois et cette instabilité si étourdissante finit par lui peser. Denys n’est pas là pour se battre avec elle quand il s’agit de sauver la ferme des flammes, il est parti, il est au volant de sa jeep, magnifique d’intrépidité et de force à l’état brute ; il appartient au Kenya, nouvelle espèce rare et sublime au milieu des lions et des éléphants.

Mesdames, nous sommes bien d’accord, ce que nous aimons tant chez Denys, c’est qu’il est un homme, un vrai ! Il a passé l’épreuve de nos rayons X et il faut bien le reconnaître, il est en tête de course ! Il ne vit pas chez papa et maman, il ne passe pas ses nuits devant les écrans des jeux vidéos, il gagne sa vie et ne demande pas d’argent, il entretient sa musculature et son brushing et surtout, il sait comment survivre dans la Nature.

Denys pourrait :

  • vous fournir à la seule force de ses bras du gibier matin, midi et soir – sorry pour les Végétaliennes –
  • faire ronronner la jeep sur la piste infinie,
  • tracer une nouvelle route jusqu’à la tanière des lions,
  • élever l’avion et vous-même au-dessus des nuages
  • monter votre tente,
  • accorder le gramophone à vos pas de danse – danse qu’il maîtrise et guide, bien sûr –
  • et surtout vous écouter à genoux, avec admiration, raconter des histoires que vous inventez en sondant la profondeur de ses yeux.

Ah ! Vous avez décroché de mon article, fermé les yeux et dépeint en vous-mêmes cette vision d’un autre monde. Eh oui, ça nous change du : « Chérie, ça te dit un petit kebab ? une petite ligue des champions ? une petite partie de Fortnite ? »

Ne préférons-nous pas parfois qu’il ne nous promette rien – si ce n’est de revenir de temps en temps – que de s’engager pour nous coller à la peau, nous envahir, nous dilapider, nous agacer encore et encore ?

Alors, moi, Lise, je me pose une question : est-ce qu’il finit par nous agacer parce que la routine rouille tout – le robinet qu’il ne répare jamais, les caresses qu’il finit par réserver exclusivement à son nouvel Iphone 11, la valse de mariage oubliée au fond du placard et enfermée dans le vieux 33 tours rayé et crincrin ? Ou bien nous agace-t-il parce que nous avons mal choisi dès le départ ?

Terrifiée à l’idée de rester seule à jamais, ne l’auriez-vous pas choisi après le chagrin du grand amour, par défaut, par coup de foudre hormonal, pour faire plaisir à tout le monde, portée par la frénésie juvénile d’organiser enfin votre mariage et plus jamais celui des autres copines de lycée ?

Karen lance avec désespoir à Denys : « J’aimerais quelqu’un qui, enfin, m’appartiendrait ». Il n’en faut pas plus pour faire prendre la poudre d’escampette à tous les Indiana Jones, Finch Hatton, Knightley, Thornton, Rochester et Darcy (« Darcy » of course, je n’ai pas pu m’empêcher) de la terre, les vrais hommes quoi…

Il rentre à peine dans votre vie et vous voulez déjà qu’il vous appartienne comme un animal de compagnie, un paratonnerre, un gros ours en peluche qui ne vous laissera pas les bras ballants dans votre immense lit et votre abyssal besoin d’être aimée, écoutée et protégée.

Un gros ours en peluche qui ne vous laissera pas les bras ballants dans votre immense lit et votre abyssal besoin d’être aimée, écoutée et protégée

Je ne fustige pas ce besoin, il est réel, viscéral, coincé dans nos tripes. C’est bien la pompe de toutes nos larmes, le siège de toutes nos frustrations et probablement, une part de notre « malédiction » comme l’a si bien formulé une de mes amies, brillante auteure, Nadège Éros. Elle appelle cela « la malédiction d’Ève » énoncée dans Genèse 3 : 16. « Il dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. »

Tout un programme, n’est-ce pas ? Je ne prétends pas tout comprendre, mais ce dont je suis sûre c’est que notre ADN contient cette tendance naturelle à attendrir notre cœur pour l’homme. La féminité, c’est la douceur, la tendresse, les antennes émotionnelles nous permettant de sentir les besoins des autres avant les nôtres. Autrement, il n’y aurait aucun enfant sur cette terre, car aucune femme ne supporterait les douleurs d’un deuxième accouchement, le tracas d’un deuxième programme de croissance, l’épanchement de l’âme sur le souffle et les larmes d’un deuxième et si fragile être humain.

Que font les hommes de tous nos désirs qui se portent vers eux ?

Une fois encore, plusieurs réactions possibles, plusieurs profils :

  1. Cette bouffée de tendresse les effraie : nous les avons regardés trop intensément, écrit trop de messages en quelques jours, serrés trop fort dans les bras au moment de se quitter sur le quai. Ils décident de faire les Morts… On finit par croire qu’ils ont changé de téléphone, de continent, ou comme j’aime à la dire de tanière (en réalité Mesdames, l’ours est tout simplement retourné à la caverne et continue de prospecter sur Meetic, de tchatter avec dix blondes en même temps, sans même sortir son gros orteil de sa paillasse pour aller à la rencontre des dites femelles).
  1. Tant d’attachement précoce les attire : vous croyez avoir trouvé the One ! Il répond à vos messages dans la minute, il exprime beaucoup ses sentiments, donne l’impression de lire en vous comme dans un livre ouvert. C’est le beau gosse sensible des films de noël qui porte votre sapin avec le sourire, d’un seul bras de préférence, sans perdre son superbe brushing qui a coûté une tendinite à la maquilleuse/coiffeuse du plateau de tournage. Mais enfin réveillez-vous, le beau gosse du sapin au sourire Colgate n’existe pas dans la vraie vie !!! C’est une pure création des studios ciné et celui qui lui prête son corps dans la vraie vie reste un homme, un vrai, rendu plus « pétillant » par l’assaisonnement habituel : égoïsme + maladresse. Le numéro 2 dans la vie réelle vit généralement encore au-dessus du garage de papa et maman à qui il verse une obole annuelle – en fait il s’agit généralement du cadeau de noël. En creusant vous comprendrez bien vite que le numéro 2 a une relation assez fusionnelle avec sa maman, d’où son hypersensibilité et son épanchement d’âme. Peu viril, attendez-vous à porter à sa place le sapin de noël et à clouer seule le parquet de la maison dont vous rembourserez à 80% le prêt, 20% pour son honneur, tout de même. Le numéro 2 finit par dépendre totalement de vous, tout comme il n’a cessé de dépendre de maman depuis la grossesse (pour peu que cette dernière soit « castratrice », c’est mort, les filles) : « fuyez, pauvre [folles] », comme dirait Gandalf !
  1. Tant de dévotion vous attire : vous n’avez rien tenté, rien décidé, c’est lui qui vous embarque dans une folle croisière/lune de miel/noce d’or. Vous ne savez plus, il va tellement vite que chaque minute devient une année et chaque heure une décennie. Tout se précipite au rythme effréné de sa passion et vous vous immergez avec délice dans cette vague d’amour qui vous soulève et vous dépose sur une plage paradisiaque. Le numéro 3 – qui est, bien évidemment, émotionnellement instable, mais n’ira jamais consulter – sait appuyer sur tous les boutons de votre « malédiction » originelle, probablement amplifiée par une blessure d’abandon qui noie toutes vos peurs inavouées. Une fois que le numéro 3 entre dans votre vie, vous ne savez plus comment vivre sans lui, respirer à côté de lui, aimer après lui. Il le sent, il renifle votre âme et la manipule pour assouvir ses besoins égoïstes et colmater les fissures de sa vie personnelle bien souvent minable, chaotique, en plein naufrage. Le bateau prend l’eau de toutes parts, mais il vous fait croire que c’est pour voguer plus vite vers les Bahamas tant promis. Prestidigitateur du néant, il finit par ralentir sa propre passion, réelle ou feinte ? Et vous quittez en chaloupe le naufrage, bien sonnées et égratinées, décidées à vous asseoir sur le rocher d’un rivage désert pendant au moins une bonne dizaine d’années pour mieux voir la tempête arriver et les marins se noyer.

Pessimiste Lise aujourd’hui ? – Moi ? jamais, voyons !

Reconnaissons notre tendresse, protégeons-la, comme nous le ferions d’un nouveau-né. Notre tendresse n’est pas à répartir dans le monde entier, notre âme n’est pas à dévoiler dès le premier rancard, non ? Si vous êtes comme moi, vous comprendrez ce que je veux dire.

Combien de fois ne me suis-je pas promis en rentrant d’un « rendez-vous galant » (la formule est heureuse, mais le contenu parfois moins funky et rarement glamour) que plus jamais je ne m’attendrirais aux récits bien creux de mon homme pour deux heures qui a décidé de me ravir les oreilles de son enfance oliver-twistienne, je traduis « Dis, j’ai souffert, non ? », suivi de « Dis, je souffre encore aujourd’hui, hein ? » et couronné du « Dis, je sens qu’avec toi, je vais moins souffrir demain, on parie ? ».

Non, non et non !!! Je ne suis pas Mère Teresa. On n’a pas encore fait de gosses et tu veux déjà en être un. Mec, tu me regardes bien ? GAME OVER… Cette formule je suis sûre qu’il la comprendra vu son maniement de l’anglais grâce aux jeux vidéos, mille fois meilleure que « Tu es un gars sympathique, vraiment, et je ne doute pas qu’il se trouve une fille sur la Terre prête à accueillir ta douleur et à la porter – comme tout le reste d’ailleurs, hum-hum – mais moi je suis trop égoïste, je pourrais te faire encore plus souffrir… ». Soyons claires, les girls, au bout des six premiers mots, il a décroché le gus.

Alors, n’hésitez pas le « G.O. », c’est parfait, sans ambiguïté, ça leur parle aux mecs, ça claque contre le front comme le râteau ! Surtout quand le gus pour deux heures poussera un rot – sursaut attendrissant de la petite enfance – en sortant du restaurant et constatera : « Mais, c’est que tu m’as coûté cher ! » et je n’ai même pas pris le dessert ! Du véridique mon article, pas de fake stories, les copines. D’ailleurs si vous en avez d’autres de cet ordre, déballez, déballez, qu’on se marre un bon coup ! Et avec ça on se cotisera pour publier le Manuel des rendez-vous galants pour les Nuls ou Comment sortir de la Caverne – 11e édition revue et corrigée par Lise.

J’ai une confession à faire. J’ai fréquenté de près les types 1, 2 et 3 évoqués précédemment et mon constat est le suivant : le numéro 1 est quand même le meilleur candidat, c’est Denys Finch Hatton. Il ne reste pas forcément coincé dans sa caverne, il aime parcourir le monde, travailler de toutes ses forces et prendre soin d’une femme. Seulement, il finit toujours par peser la femme et sa liberté dans la balance. C’est très difficile pour lui de décider. Tant qu’il est seul et sur les routes, il ne dépend de personne, ne blesse personne et ne manque à personne. C’est ce fameux prix à payer du baroudeur, dont Denys parle à Karen : « Je veux bien payer le prix pour cela, et me retrouver seul parfois, ou mourir seul s’il le faut. Je trouve cela normal. »

Tant qu’il est seul et sur les routes, il ne dépend de personne, ne blesse personne et ne manque à personne

Mais quand on aime le baroudeur, quand on a vu son âme baigner ses yeux, son sourire accompagner vos paroles, ses mains hisser un hamac entre deux arbres, ses bras étendre sa veste tout-terrain sur vos épaules frissonnantes, sa voix vous parler d’un monde de silence et de signes traversé en moto sans rien que la route vierge devant soi, comme il est difficile de rompre la « malédiction » ! Vous n’avez qu’une envie, c’est d’attraper ce papillon de nuit et de l’enfermer dans votre boudoir, ou plutôt d’arponner ses ailes et vous laisser porter au gré du vent vers de nouvelles étendues sauvages.

Denys n’emporte Karen avec lui que quelques heures pour percer le secret de la savane africaine et du monde à ses côtés, dans son cockpit. Quelques heures, un grain de sable dans les heures et les mois de son absence capricieuse. Quelques heures, c’est tout ce qu’il a à lui offrir sans se sentir envahi. La chaleur d’un soleil de fin d’été qui inonde le hamac de fortune et baigne mon corps, une conversation bientôt éteinte, c’est tout ce qu’il a pu m’offrir. Puis, tout comme Denys, il est parti et je suis restée à l’attendre, tout comme Karen.

Ironie de la vie, non ? Pourquoi faut-il que ce qui soulève notre âme ne dure qu’un battement de cils ? Il ne m’a jamais appartenu et vouloir l’enfermer dans la cage dorée de mes rêves, ne serait-ce pas justement ne pas l’aimer ? Karen Blixen déclare sur la tombe prématurée de Denys :

« Sage est le garçon qui craignant les chimères s’éloigne à pas furtifs d’une gloire éphémère.

Même si des lauriers couronnent ce virtuose, ils se faneront plus tôt que la rose.

Désormais, tu ne feras plus route auprès des vainqueurs coûte que coûte.

Ceux que la célébrité dépasse et dont le nom meurt quand ils trépassent.

Ton front toujours ceint de lauriers fascinera ceux que la mort a conviés.

Tes mèches s’efforceront de retenir cette couronne plus précaire qu’un rire.

Reprends maintenant l’âme de Denys George Finch Hatton que tu partageas avec nous.

Il nous apporta la joie et fut notre bien-aimé.

Il ne fut pas à nous. Il ne fut pas à moi. »

Mon ultime conseil et après j’en aurai fini pour aujourd’hui, pour ce soir, le voici : ne traquez pas cet oiseau rare et libre, aimez-le dans le clarté du frais matin, remplissez vos vides de l’amour inconditionnel de l’Univers et priez-le qu’il vous ramène votre homme de son exil.

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Il est fort possible que vous soyez justement l’oasis dans le désert d’un berger intrépide, son puits de Jacob, l’Âme du monde, « Mektoub » (son destin), sa Légende personnelle…

« Mektoub », se dit-il. […] Et le jeune homme resta un long moment assis à côté du puits, comprenant qu’un jour le levant avait laissé sur son visage le parfum de cette femme, et qu’il l’aimait avant même de savoir qu’elle existait. Et que l’amour qu’il avait pour elle lui ferait découvrir tous les secrets du monde.

Paulo Coelho, L’Alchimiste.

« AUX GRANDS HOMMES LA PATRIE RECONNAISSANTE »

21 septembre 2019

Quel noble message que celui apposé au fronton du Panthéon !

Dominant avec aplomb la rue Soufflot et le jardin du Luxembourg, le Panthéon érigé sur la montagne Sainte-Geneviève aux heures sombres de la Révolution se tient immobile pour contempler la « patrie reconnaissante ».

Tombeau des grands hommes qui ont œuvré pour la nation et de quelques grandes femmes arrachées à l’obscurité dans laquelle sont confinées tant d’autres…

Le Panthéon réunit les plus féroces ennemis : Rousseau et Voltaire se font face pour l’éternité après s’être affrontés violemment pendant des décennies. Il me suffit de coller l’oreille contre la froide sépulture de Voltaire pour l’entendre encore rire aux dépens de son vieil ami, le promeneur solitaire d’Ermenonville qui continue de bercer les visiteurs de mièvres confessions.

J’aime la simplicité toute calcaire de la crypte funéraire. Un nom et deux dates grattés sur le caveau dans la pâle clarté s’échappant de l’ouverture grillagée. Aucun des Illustres n’est placé au-dessus des autres et aucun n’est oublié, comme le prouve la plaque dédiée aux Justes silencieux qui ont préservé l’humanité de la France et sauvé des vies pendant une période noire de tant de compromis et de trahisons.

Aucun des Illustres n’est placé au-dessus des autres et aucun n’est oublié

C’est en remontant de la crypte que j’ai été prise au piège par les Révolutionnaires en rage ameutant la foule indécise, le poing dressé, les chevaux cabrés et le regard fiévreux. Je me suis rapidement éloignée pour contempler les majestueuses représentations de Jeanne, Sainte-Geneviève, Saint-Louis, Charlemagne, Clovis, chacun touché par la Grâce à un moment déterminant de son existence pour le bien de tout un peuple.

Le mot « panthéon » signifie en grec « pour tous les dieux ». La triple coupole – nul besoin de vous rappeler combien je suis fascinée par les coupoles – la grande nef, la mosaïque de l’abside, tout semble conduire le visiteur à la paix d’un autel et au murmure des prières s’échappant des corps à genoux sur le marbre froid ou le front appuyé contre le bois verni des bancs vides.

J’ai cherché l’autel sous la coupole, mais à la place j’y ai trouvé La Convention nationale et ses révolutionnaires enragés.

J’ai cherché l’autel sous la coupole, mais à la place j’y ai trouvé La Convention nationale et ses révolutionnaires enragés qui m’avaient effrayée quelques minutes plus tôt. C’est après l’enterrement de Victor Hugo en 1885 que le mobilier religieux va être banni du Panthéon. Quelle ironie de rendre hommage au créateur de Jean Valjean, ce porteur de chandeliers célestes touché par la Grâce et racheté par une vie d’amour, en chassant de son dernier séjour tout ce qui relie à Dieu et donc à l’âme même de ses œuvres !

Assise sur le marbre froid de la grande nef, j’ai levé les yeux, mais je n’y ai trouvé que l’orgueil des hommes, la Révolution et ses crimes déguisés sous les traits d’une Marianne jeune, belle, pure et libre. Je me suis alors relevée et j’ai jeté un dernier regard tout autour de moi : les statues de Diderot, de Mirabeau, des généraux révolutionnaires, des publicistes de la Restauration m’écrasaient…

Des siècles de mensonges étalés à la vue de tous, le culte de l’homme substitué au culte de Dieu, la religion républicaine ayant déraciné le culte de l’âme, la Raison triomphante étranglant la Foi. Comme vous pouvez l’imaginer, je me suis emmêlé les pieds dans le Pendule de Foucault qui bat dans la nef pour démontrer la rotation de la Terre et symboliser ainsi notre toute-puissance au sein de l’Univers, aimanter que nous sommes par l’attraction terrestre, ou comme j’aime à le penser, notre nombril qui rationalise beaucoup et prie peu.

Je ne veux pas faire les directeurs de conscience rétrogrades, mais simplement nous rappeler que nous sommes aussi un peuple de clochers qui a fui Dieu pour le Progrès, oubliant ainsi que la véritable lumière se trouve le dos dans l’herbe humide et le regard attaché aux luminaires célestes et non dans les applaudissements tempétueux de nos semblables.

Nous sommes aussi un peuple de clochers qui a fui Dieu pour le Progrès.

Amoureuse de la démocratie et de la liberté des peuples, je ne comprends pas pourquoi 1789 a pensé inconciliables le gouvernement du peuple par le peuple et celui de l’âme par la foi religieuse. Pourquoi avoir tué les prêtres, pillé les églises, profané les tombes des rois à St Denis, noyé femmes et enfants et brulé le cœur chrétien sur l’autel de la Révolution ? Il y a une terrible omertà qui perdure encore au XXIe siècle : la nation, les historiens, les enseignants refusent de dire les crimes de 1789, fustigent toute religion et volent la chrétienté.

J’applaudirais tout édifice dédié à la République et fait à son image, mais je suis indignée qu’on fasse irruption dans une basilique pour en arracher la croix, détruire l’autel et traîner l’orgue à l’extérieur.

En descendant les marches et en photographiant le parvis du Panthéon, je n’ai entendu nulle musique, nulle plainte mystique, seulement les pas précipités et hagards des visiteurs et la gloire toute sèche des hommes. J’y ai repensé quelques semaines plus tard quand, contemplant la pâle silhouette d’une religieuse à genoux dans un recoin de l’abbaye du Mont-Saint-Michel, j’ai écrit une courte prière à la suite de tant d’autres. Un concentré de foi, de rêves et d’amour laissé à Dieu, prolongement d’une main tremblante et d’une voix intérieure insistante.

J’ai entendu l’orgue plaintif du Panthéon, il cherchait un tabernacle où demeurer :

« Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids ; mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête. » (Matthieu 8 : 20)

Alors j’ai pleuré et fait de la place dans mon cœur pour le chant de l’orgue, avant que, un jour, il ne remplisse la Terre…

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La Grotte Chauvet

21 AOÛT 2019

« L’homme préhistorique fut inventé avant d’avoir été découvert et la préhistoire imaginaire d’antan influence encore aujourd’hui la vision de nos premiers ancêtres. »

Wictor Stoczkowski

Une telle déclaration prend tout son sens lorsqu’on pénètre dans la grotte Chauvet. On s’y rend avec des idées préconçues et clichés en tout genre d’hommes chevelus vociférant et peignant les parois des grottes les soirs de pleine lune. On se dit qu’au mieux ces gribouillis révèlent une « sensibilité préhistorique », au pire un enfant de cinq ans pourrait les inventer.

Bien que la grotte Chauvet 2 ne soit qu’une réplique de l’originale placée sous haute surveillance pour éviter toute dégradation humaine, l’illusion est totale. Je déambule dans les galeries obscures et moites, saisie par ce tour de magie scientifique presque parfait.

Je ne suis pas sous terre, c’est un autre monde, vieux, très vieux qui s’ouvre à moi, comme si mon corps du XXIe siècle avait pu se dissoudre dans le temps et glisser dans une strate oubliée. Les os, crânes, traces et couches d’ours sont imprimés dans la roche ou bien disséminés sur le chemin qui semble bien mener aux entrailles de l’humanité.

Je ne suis pas sous terre, c’est un autre monde, vieux, très vieux qui s’ouvre à moi…

Des hommes ont-ils pu coexister avec ces bêtes superbes ? La grotte n’appartient ni à l’homme ni à l’ours, ils y viennent au moment opportun et repartent après avoir fait le ménage pour leur colocataire de l’hiver ou du printemps. Une telle harmonie dans la Création relève du miracle… Les hommes et les ours ont-ils pu vivre côte à côte ?

Nous qui sommes nés aux heures sombres de la barbarie, de l’extinction des espèces et des guerres sans fin, nous ne pouvons qu’ouvrir grand les yeux quand l’empreinte d’un Aurignacien s’est enfoncée dans le sol moite, figée dans le temps, discrète signature de l’humain.

On m’indique un lieu de rassemblement pour les Aurignaciens où des pierres, des crânes d’ours sont disposés avec précaution. La guide tergiverse : lieu de discussion ? de rites ? de culte ? Je regarde tout autour de moi, saisie par une pensée fugace : et si cette grotte tout entière était un lieu saint que nos galoches du XXI siècle, notre curiosité insatiable et notre nature consommatrice viennent troubler ?

Un temple cerclé de roches et cadenassé par le Temps qui a été profané après des siècles de repos. Tombeau des ours et sanctuaire des hommes que l’Ardèche a jalousement caché dans ses entrailles pendant des siècles.

https://pontdarc-ardeche.fr/fr/incontournables-ardeche/la-caverne-du-pont-darc/lhistoire-de-la-decouverte-de-la-grotte-chauvet

Un temple cerclé de roches et cadenassé par le Temps…

Puis le regard glisse sur les parois de la grotte, tel un lézard impétueux, se raccroche aux stalactites dégoulinants et s’élance d’un coin à l’autre fiévreusement, croyant être le premier explorateur à faire irruption ici. J’ai eu l’impression d’être minuscule, à genoux, devant la grandeur et le génie de ces peintures rupestres.

Il ne s’agissait pas de délires enfantins ou bien d’une identité grattée à tous les coins et recoins de la grotte, mais bien plus d’un art conceptuel et à la fois très simple, un chant de la Création, comme j’aime l’appeler…

Un artiste aurignacien a utilisé la forme de la roche pour y intégrer une figure animale, son corps à demi tracé par la matière est achevé en « un coup de crayon ». Un art qui se passe de toile, un art qui jaillit des profondeurs de la grotte, un art poreux et solide, un art qui se parfait dans les ténèbres, grattant, raclant, traçant, combinant…

Comme j’aurais voulu être la première à dresser ma bougie contre ces parois pour dépoussiérer ces âmes froides coincées dans la roche depuis des siècles ! Nous reprenons notre parcours vers la fresque la plus époustouflante : lions, mammouths, rhinocéros, chevaux, rennes s’élançant dans une course folle en quatre dimensions – si l’on en croit les traits ajoutés pour retranscrire le mouvement des bêtes. Ils s’enfoncent dans les creux de la grotte, s’arrêtent pour toiser un autre animal et repartent, grouillant sur la roche humide, communiquant l’urgence de vivre et la flamme d’une quête à jamais dissimulée aux visiteurs.

L’urgence de vivre et la flamme d’une quête à jamais dissimulée aux visiteurs…

Les Aurignaciens avaient un tel respect pour la nature, les bêtes, la vie en général que leur art excluait l’humain. Cet égocentrisme qui gangrène notre société moderne. Nous sommes devenus si aveugles aux autres et aux animaux nobles qui peuplent cette planète que nous tatouons nos murs virtuels de notre sourire par tous les temps et en tous les lieux. Et parce que nous ne voyons plus que nous, nous nous accordons le droit de satisfaire tous nos besoins égoïstes et contre-nature. Voulez-vous un bébé sur commande ? parfait physiquement ? performant intellectuellement ? et pondu exactement à la période désirée, ni trop tôt, ni trop tard ? Ramassez le premier gus que vous rencontrez et il vous donnera la vie dans une ou plusieurs éprouvettes…

GrotteChauvet@lisepaty

Alors je me retourne une dernière fois vers la grotte qui dans ses ténèbres protectrices préserve la lumière d’une humanité éteinte, l’âme silencieuse de ces artistes prodigieux qui ont créé sans signer, vécu sans ôter. Je crois que chaque animal gravé dans la roche calcaire d’Ardèche a d’abord été une proie traquée, tuée et mangée. Je crois que pour chaque vie prise, l’Aurignacien a créé une sépulture éternelle, un dessin indélébile arraché au néant, un chant immortel accompagnant l’âme de l’autre côté du Styx. Puis la roche effondrée a roulé devant l’entrée et nous avons oublié…

GrotteChauvet et PontDeL'Arc @lisepaty

Puis la roche effondrée a roulé devant l’entrée et nous avons oublié…

NAPLES OU « LA VILLE DES 500 COUPOLES »

6 août 2019

Je suis fascinée par les villes à coupoles…

Je me demande ce qui a poussé les femmes et les hommes de ces villes à faire sortir de terre une coupole, une autre, encore une autre, comme un appel à Dieu, un désir irrépressible de reproduire à taille humaine la voûte céleste et à y épancher son âme.

En arrivant à Venise, je me suis faufilée dans l’Église San Simeone Piccolo surmontée d’un dôme verdâtre et dressée sur son portique romain. Elle s’élève devant le canal, cachant une crypte vieille de mille ans où reposent ceux qui sont morts et oubliés et les peintures d’un chemin de croix courant sur les murs et luttant contre les ténèbres et l’humidité. Ma bougie glissait le long des parois et dans les cavités à la recherche d’une histoire, de vies qui expliqueraient la mienne, de messages tronqués en latin qui délivreraient une sagesse pour les vivants.

Mais partout la Mort, encore et toujours, comme seule issue et unique sens donné à la vie. La Mort qui délivre, la Mort qu’on attend avec impatience, la Mort qu’on appelle dans le silence des pierres creuses et les larmes roulant sur les murs froids et emportant avec elles les couleurs des fresques christiques.

Quel sens y aurait-il de ne vivre que pour attendre avec frénésie la Mort ?

La veille, je me promenais dans Naples en quête d’une glace Mennella qui a le don, soit dit en passant, de délester l’âme de tant de fardeaux inutiles. Comme à mon habitude, je pénétrai dans une des cinq-cents église de la cité parthénopéenne. À ma grande surprise, l’église Santa Maria di Costantinopoli était vide et très silencieuse en cette fin de matinée. On entendait des voix monacales chantant des « Alléluia » alors que je m’avançais, émerveillée, dans la nef.

C’est alors que je remarquai un homme assis au premier rang, la tête penchée, l’esprit absorbé par sa prière. Moi, debout, à quelques mètres derrière lui, j’observai ce napolitain pieux et mon regard s’éleva de l’autel à la blanche coupole que perçait la lumière ici et là.

J’ignore si c’est la composition assez épurée de la Constantinopoli, le marbre polychrome de l’autel, le plafond de bois à caissons dorés et la blancheur toute sainte des murs, colonnes et pilastres ; les peintures religieuses colorées et lumineuses ; la solitude et le silence de ce lieu ; les chœurs monastiques s’élevant dans l’abside ; ou bien la dévotion de cet homme qui ramenèrent mon âme au divin.

La Constantinopoli n’était pas habitée par la Mort si palpable dans la crypte de San Simeone Piccolo. J’y ai senti la vie dans toute sa complexité, ses déchirements et ses interrogations. L’homme a prié longtemps et j’ai fini par m’asseoir au premier rang à sa droite face à l’autel. J’ai posé mon appareil photo et attendu quelques instants. Ce ne sont pas des mots qui se sont bousculés aux portes de mon esprit, mais plusieurs pensées, quelques désirs, des souvenirs. Puis, ces molécules de vie intérieure ont fui mon enveloppe corporelle pour grimper tant bien que mal jusqu’au sommet de la coupole et s’évader par les ouvertures latérales.

Le napolitain si pieux et moi-même n’étions pas si distincts en cet instant. Certes, nos vies sont différentes, notre passé, nos drames, nos aspirations, cependant, nous étions lui et moi à la recherche de Dieu. Cette paix de l’âme et cet amour transcendant que tout être humain appelle une fois dans sa vie, que ce soit dans une église, dans un bois, au sommet d’une montagne ou bien recroquevillé sur le tapis de la salle de bain au creux d’une nuit sans sommeil, comme dirait Elizabeth Gilbert.

Je n’ai pas lu dans la coupole mon avenir, je n’ai pas été transportée au-delà de la couche terrestre, je n’ai pas vu d’êtres immortels et glorieux, mais une paix semblable à une poussière céleste est tombée de la vieille corniche et a nourri mon âme affamée. Je compris alors qu’il existe une vie spirituelle bien réelle à l’intérieur de nous et cette facette de notre âme est asséchée, ramassée dans un coin obscur, attendant que le manège de la société moderne nous fasse descendre, que le tournis disparaisse et que nous la considérions dans le silence d’une retraite.

Il faut parfois être pris de malaise, avoir l’impression de se noyer émotionnellement dans ce marasme moderne pour entendre sa voix intérieure qui gémit depuis des années tout au fond d’une cellule rouillée. Quand je l’ai libérée, elle m’a parlé de qui j’étais, d’où je venais et où je souhaitais aller. Allongée dans l’herbe humide d’une fin d’été, j’ai laissé ma voix intérieure s’élever vers les constellations de la coupole céleste. Une autre fois, elle se baladait parmi les blés murs et le foin parfumé au rythme de mon vélo. Parfois, elle s’est timidement enfouie dans le moelleux d’une couette contre laquelle mon front était posé. À la Constantinopoli, elle s’est mêlée à celle d’un homme inconnu dont j’ai à peine vu le visage et qui m’a appris la dévotion simple creusée dans le bois verni d’un banc et le marbre froid d’un autel.

Chateaubriand a écrit : « La poésie a été pour moi ce qu’est la prière, le plus beau et le plus intense des actes de la pensée, mais le plus court et celui qui dérobe le moins de travail du jour. La poésie, c’est le chant intérieur. »

À Naples, les Grecs ont construit un viaduc souterrain pour alimenter la ville en eau et faire remonter à la surface les pierres de tuf volcanique qui formeraient plus tard les églises et les bâtiments. Soixante pour cent de la ville repose sur des galeries vides dans lesquelles l’eau circulait abondamment autrefois. Je pense à cette eau qui s’écoule en nous, cette eau que Chateaubriand appelle « poésie » ou « chant intérieur » et qui peut parfois stagner si notre puisatier intérieur ou « pozzaro » comme disent les Napolitains, ne vient pas nettoyer, écurer et contrôler régulièrement. Je crois que nous avons tous des puits que nous ne voulons surtout pas éclairer et vidanger, car il est tellement plus facile de se hisser sur la roche poreuse sans toucher l’eau stagnante, sans éclairage, pour passer à la galerie suivante et oublier ainsi que ces puits obscurs existent.

En tant que pozzaro expérimenté, je veux visiter chaque recoin de mon âme et m’habituer à l’eau froide et limpide qui s’écoule depuis la nuit des temps et me nourrit de ses « Alléluia » audacieux vers une source vive alimentant chaque fontaine, chaque maison, chaque église, chaque coupole à la surface…

Copyright : photos@lisepaty

L’AVENTURE DANS UNE BOITE…

29 juillet 2019

Il arrive qu’on franchisse des océans, qu’on escalade des falaises, qu’on mette les voiles vers des îles mystérieuses en quête d’une grande et belle aventure. C’est délicieux de partir, de satisfaire ce fourmillement irrépressible dans les pieds, de se nourrir de cette ivresse de vivre que le quotidien a tendance à abrutir et à assécher.

Mais il arrive aussi qu’une petite aventure, un rien du tout, une parenthèse inattendue se présente devant votre porte sous la forme d’une Wonderbox déposée un matin par la cigogne des vacances.

Et vous voilà embarqué(e) pour rejoindre en train la capitale, Paris, la ville lumière…

Vous arrivez au 16 bis avenue Parmentier, dans le 11e arrondissement : c’est la Parenthèse bien-être. Cet institut se trouve au fond d’une cour, inondé par la lumière naturelle d’un toit de verre et bercé par une atmosphère calme au sein d’une ville bourdonnante.

Vous ôtez vos chaussures, signe d’une « reconnexion » bien nécessaire et si rare avec le corps. Vos pieds s’enfoncent alors dans les tapis épais et grimpent les marches qui vous conduisent aux lits de modelage shiatsu. C’est une symphonie de rideaux et de voiles blancs qui débutent jusqu’à ce qu’on vous conduise dans votre espace bien-être.

Le mot « shiatsu » signifie en japonais « pression des doigts ». Art du massage et de la détente pratiqué en Asie depuis des dizaines de siècles pour étirer et presser le corps entier.

Si vous n’aimez pas vous faire « patrouiller », le lit shiatsu aux pierres de jade chaudes est pour vous ! C’est dans le respect de votre intimité qu’on vous laisse vous allonger tout habillé(e), car à la Parenthèse bien-être comme chez MacDo, le mot d’ordre est « Venez comme vous êtes ».

On vous proposera, bien entendu, des formules plus complètes : quarante-cinq minutes de lit shiatsu, suivies d’un massage aux huiles bio, de soins du visage menés par une professionnelle, de séances de luminothérapie. De quoi vous requinquer après des heures, des semaines, des mois de métro-boulot-dodo au cours desquels vous avez à peine vu la lumière du jour.

Vous regretterez probablement que les MP3 dédiés aux musiques relaxantes posés à côté des lits shiatsu ne fonctionnent pas, mais on vous conseillera alors d’utiliser votre propre playlist « Relaxation » sur Spotify, YouTube, etc. pour rendre l’expérience « shiatsu » plus complète et fuir le silence pesant de l’institut.

C’est alors que dans votre espace étroit de détente, caché(e) par trois rideaux, vous laissez les vagues de pierres de jade automatisées vous traverser des pieds à la tête. Vous vous élevez et retombez encore et encore, poussé(e) par une force tenace qui vous incite à lâcher prise. Les nœuds dans le dos que vous refusiez de défaire se brisent brutalement, puis, vos lourds fardeaux, vos tensions s’apaisent ou bien vous quittent tout simplement.

Vous finissez par croire que vous êtes allongé(e) sur le sable chaud d’une plage déserte, baigné(e) par le soleil à son zénith, les yeux clos et le corps reformé sous la pression des pierres et galets que la mer charrie à son rythme. Mon conseil, le voici : acceptez d’éteindre les pensées envahissantes qui planifient et replanifient votre journée, faites le vide, concentrez-vous sur ces sensations si nouvelles, entrez dans cette musique paisible ou ces échos de la nature, laissez les anxiétés accumulées dans le dos, les jambes, les pieds s’échapper et renouez avec votre existence concrète – la présence d’un corps sensible et sensé.

Laissez les anxiétés accumulées dans le dos, les jambes, les pieds s’échapper et renouez avec votre existence concrète – la présence d’un corps sensible et sensé.

Il arrivera qu’on vous oublie dans ce cortège de rideaux, telle la Belle de Cocteau prisonnière d’un château ensorcelé, et que vous cherchiez la sortie – avec moins de difficultés, j’en conviens – pour respirer le parfum capiteux de la rose jalousement gardée par la Bête ou de l’encens regrettablement absent dans l’institut.

La Belle et la Bête de Jean Cocteau

Et si, par malchance, vous avez opté pour la formule minimum du lit shiatsu, on oubliera de vous proposer une tisane bio que je vous conseille de réclamer sans vergogne, puisque le site de la Parenthèse bien-être vous la propose pour toute prestation.

Une fois à l’air libre, vous jugerez des bienfaits du lit shiatsu et de l’apaisement qui a gagné votre corps, tant on vous a laissé(e) généreusement ou négligemment avec vous-même.

Paris foisonne d’activités et de découvertes insolites. Me voilà longeant les quais de la Seine pour rejoindre l’Hôtel de Ville et plus précisément la rue Pernelle, numéro 8, 4e arrondissement.

Apprentis, amoureux des saveurs, experts du couteau et créateurs de sauces : L’Atelier des Chefs est votre laboratoire gustatif !

On vous propose différents ateliers adaptés à votre passion, votre temps et votre dextérité. Pour ma part, j’ai choisi un cours de cuisine d’une heure suivi d’une dégustation. Attention ! La réservation est à faire bien à l’avance sur le site https://www.atelierdeschefs.fr/ selon vos disponibilités, vos envies et l’adresse que vous préférez. L’Atelier des chefs existe dans plusieurs grandes villes et compte différents centres à Paris (4e, 8e, 9e, 15e arrondissements, etc.).

C’est avec la passion de la planche à découper que je me suis lancée dans le Menu Express : tartare de veau du soleil levant accompagné d’un carpaccio de tomates et fondant au chocolat servi sur son lit de salsa de fraises, tomates, pastèque et basilic.

Mes papilles s’éveillaient à la lecture du menu et mes yeux brillaient quand j’ai passé la porte d’entrée pour rejoindre les apprentis cuisiniers de la soirée. Lavage des mains, tablier blanc et brèves salutations. Le chef nous accueille dans sa cuisine avec assurance et bienveillance.

Tout est prêt : chacun choisit son plan de travail pourvu d’une planche à découper, de deux couteaux et des légumes, fruits et autres aliments qui vont être travaillés sous le regard attentif du chef. À L’Atelier des chefs, tout est calibré, millimétré, classé pour faciliter les actions timides des apprentis.

Nous avons commencé par le fondant au chocolat. Vous me direz : rien de plus simple ! Tout le monde sait faire un fondant ! Cuisson au micro-onde pour les plus pressés ! Malheureux ! Le chef ne tarde pas à nous montrer que chaque geste compte, chaque mélange est réfléchi et chaque seconde présage du succès ou de l’échec de la recette. Les apprentis ont bien du mal à se lancer, alors les plus habitués prennent les devants pour couper le beurre et réaliser le bain-marie. Peu à peu, le groupe se détend et s’active autour des casseroles sous l’impulsion du chef qui ne cesse de répéter que c’est en faisant, en sentant, en se « mouillant » – c’est le cas de le dire – qu’on apprend.

Le Grand Restaurant de Jacques Besnard

Puis, nous voilà attelés au taillage des légumes. Démonstration et consignes précises du chef qui coupe avec aisance et rapidité tomate, champignon, asperge, oignons, gingembre et veau. Moi qui croyais être experte dans l’art du couteau, je me rends compte que je ne l’ai jamais tenu correctement jusqu’à ce jour ! Le chef passe, complimente, ajuste les manipulations encore hésitantes et fait quelques plaisanteries.

C’est dans un concert de pastèque, fraises, basilic que la salsa accompagnant le fondant est réalisée pleine de couleur, de vie et de fraîcheur estivale.

La cuisine a le don de rapprocher les êtres humains et de faire tomber les barrières de la timidité, car les apprentis ont tous en commun cet amour de la nourriture raffinée et du travail bien fait. Le chef nous plonge dans l’art de la sauce balsamique qui donnera toute sa saveur au tartare de veau. Chacun goûte, donne son avis et mélange vigoureusement.

Nous voilà enfin arrivés à l’étape déterminante du dressage et je me rends compte que le chef ne compte pas ses heures, voilà deux heures que nous cuisinons sans relâche. Chacun exprime sa créativité en faisant dérouler les tomates qui vont tapisser l’assiette. Une main tient fermement l’emporte-pièce et l’autre y dépose le veau cru finement assaisonné, puis les pousses de soja, les asperges.

Tout à coup, le chef sort un sel parfumé aux épices et nous propose d’en répandre sur le tartare. Je ferme les yeux en respirant le contenu du bocal et je retrouve en un instant l’Asie, l’Inde, l’Amérique latine dans mes narines. Madeleine de Proust inattendue. Saveur de la vie et des voyages qui fait de ma création culinaire une fuite loin des jours grisâtres, ternes, gagnés par l’agueusie…

L’heure de la dégustation sonne et nous portons fièrement notre assiette jusqu’à la table dressée dans l’entrée de L’Atelier des chefs. Satisfaits de notre agilité culinaire, emportés par l’ivresse de la cuisine et fort joyeux, nous prenons une bouchée, puis une autre, pendant que le chef finit le dressage des fondants au chocolat.

La langue se délit par la magie gustative et nous découvrons nos vies respectives, notre passion mutuelle pour l’art culinaire qui fait de cette vie, non plus un amas de labeurs, mais de saveurs. J’apprends que quatre « apprentis cuisiniers » travaillent dans la même entreprise et viennent régulièrement à L’Atelier des chefs au milieu d’une journée de travail pour s’adonner à une heure de cuisine ou en soirée pour se détendre et nouer des liens amicaux.

La cuisine rapproche et humanise une société qui divise et maltraite l’être humain. Si la cuisine parle à l’âme et donne le sourire, c’est particulièrement vrai à L’Atelier des chefs, à condition que vous soyez bien disposé(e), ouvert(e) d’esprit et de papilles. Car, je dois dire que deux de nos comparses étaient peu bavards, peu gourmands et peu satisfaits de leur production gustative. Si on veut garder la ligne et la distance, je conseille plutôt une séance en salle de sport, même si le dialogue avec les muscles me semble moins palpitant !

La cuisine rapproche et humanise une société qui divise et maltraite l’être humain.

Copyright : photographies@lisepaty

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Bouteille à la mer

22 juillet 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

Un sage a dit « Girls with dreams become women with vision… »

J’ai entendu Meghan Markle citer cette phrase à la fin de son discours retentissant à l’ONU en 2015.

Je me suis alors demandé si une femme, une seule femme, pouvait être cette petite pierre qui dévale la montagne, se polit contre les rochers rugueux et entraîne avec elle d’autres pierres aussi maladroites, inexpérimentées et apeurées qu’elle.

Je rêve depuis toujours de recevoir plus de moments de paix et de certitude dans ma vie. Savoir que je suis là où je dois être, en train de faire ce que je sais devoir faire.

Je vois tant de femmes inquiètes qui comblent un vide profond et caché par un perfectionnisme frénétique dans leur travail, leur relation conjugale, leurs tâches quotidiennes et l’éducation des enfants.

Elles ne roulent plus dans la bonne direction, elles n’entraînent rien que de la poussière et elle se jettent tout droit dans un gouffre, une crevasse où personne ne viendra les chercher.

Les sévices qu’une femme peut subir de la part d’un homme – patron, conjoint, père – ne sont que la manifestation extérieure de ceux qu’elle s’inflige à elle-même, sans même en être consciente.

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité : « je ne suis pas assez jolie, pas assez organisée, pas assez performante, pas assez forte, pas assez attirante, pas assez intelligente, pas assez douée… »

Et parfois cette négation qui a envahi toutes ses phrases et entaché le « je » de son existence finit par gommer absolument tout le reste : « je ne suis pas, je ne suis rien… »

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité

Ma bouteille à la mer, c’est mon roman.

Ma bouteille à la mer, c’est un miroir implacable, dur, éblouissant tendu à toutes les femmes. Car je crois que le corps parle quand l’âme s’est éteinte dans « la négation ». Et ce corps vous dira tout ce qu’il a à vous dire… Il se courbera pour vous dire qu’on vous a rejetées, il s’épaissira pour vous dire qu’on vous a humiliées, il saignera pour vous dire qu’on est en train de vous tuer.

Ma bouteille à la mer, c’est Starry, Starry Night.

Promesse que les ténèbres qui sont en vous peuvent être dissipées par une étincelle de vie tenace, que le vide peut être comblé, que les blessures seront vidées et recousues, que la peau neuve et nacrée s’attendrira pour vous conduire sur de nouveaux chemins.

Nous n’avons rien à justifier, ni notre vie, ni notre valeur, ni notre beauté.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte. Nous rêvons et c’est bien suffisant pour connaître notre vérité et la dire. Nous existons et c’est bien suffisant pour accueillir la joie qui nous est réservée depuis toujours.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte

Je crois que si l’affirmation de mon existence remplace le fléau de la négation, les bourreaux reculeront dans les ténèbres : d’abord mon bourreau intérieur, puis tous les hommes faibles qui revêtent le costume du tyran pour mieux cacher leur propre néant.

Me voilà au sommet de mon Everest, je lance ma petite pierre si imparfaite – Starry, Starry Night – et je prie non pour la célébrité, les louanges des hommes, mais pour qu’elle entraîne d’autres petites pierres dans son sillage et que nous nous polissions dans l’adversité et l’acceptation de ce que nous sommes : des femmes, des voix dans la nuit, des créatrices, des tabernacles de vies minuscules, des étoiles immobiles, le mystère de l’homme, l’éternité dans un soupir…

Starry, Starry Night est désormais disponible en version papier et e-book sur le site de mon éditeur :

sur Amazon :

sur la Fnac :

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

sur Cultura :

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Decitre :

https://www.decitre.fr/livres/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Chapitre :

https://www.chapitre.com/BOOK/paty-lise/starry-starry-night,80132987.aspx

sur Furet du Nord :

https://www.furet.com/be/starry-starry-night-3210617.html

sur la Librairie des Dialogues :

https://www.librairiedialogues.fr/livre/15993970-starry-starry-night-lise-paty-sydney-laurent

Bien à vous,

Lise

STARRY, STARRY NIGHT

11 JUILLET 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

C’est avec joie et émotion que je vous annonce la sortie de mon premier roman : Starry, Starry Night.

Histoire et mots qui m’ont longtemps trotté dans la tête pendant les nuits sans sommeil et les jours de veille.

Puis vient le soir où, sans prévenir, le torrent fend la roche, les résistances qui étaient en vous et vous muselaient cèdent enfin, l’eau jaillit et l’encre s’écoule sur le papier immaculé.

C’est la voix créatrice qui résonne dans une nuit solitaire, dictée par les Muses capricieuses sous un rayon de lune et une pluie d’étoiles.

Les mots se sont précipités au bord de la plume maladroite pour dire ce qu’on devine à peine dans les yeux livides et les larmes sèches de ces femmes éteintes.

Alors quand on a du courage et le cœur plein de ces souffrances cachées, honteuses, mais tenaces, on écrit.

On écrit parce que si on le tait, d’autres souffriront dans la salle de bains d’un appartement étroit encore des jours et des années, accablées par la violence froide ou brûlante d’hommes indignes de porter le nom d’ « homme ».

Ce roman est tout autant le miroir d’une femme que celui d’un homme. Victime et bourreau, chacun devra accepter sa partition.

Étoiles qui s’attirent par une force aussi redoutable que l’attraction terrestre jusqu’à ce que la femme dise : « Assez ! ».

Mon seul désir est que cette « nuit étoilée » éclaire plus d’une âme , car comme le dit Edgar Allan Poe : « Il peut se faire qu’une vérité soit plus étrange que toutes les fictions ».

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En exclusivité, rejoignez le site de mon éditeur SYDNEY LAURENT pour découvrir la magnifique couverture réalisée par Proxima, le résumé et quelques extraits.

Starry, Starry Night est disponible dès à présent en e-book et la version papier ne va pas tarder, encore deux petites semaines !

J’ai hâte de lire vos commentaires, de vous entendre et de vous rencontrer.

Bien à vous,

LISE

« Quelque chose que sans un pli, sans une tache, j’emporte malgré vous… mon panache »

8 JUILLET 2019

Traversant un couloir sombre, on voit sur les murs des peintures de navires, de généraux vendéens, des phrases en lettres lumineuses :

« Combattu souvent, battu parfois, abattu jamais »

« Je ne reviendrai ici que mort ou victorieux »

C’est le Théâtre des Géants. 

Rêve de démesure, de grandeur, de panache.

C’est pour lui que Philippe de Villiers a créé le Puy du fou. Il l’a rêvé, l’a attendu et l’a fait sortir de terre après des années de travail.

Un plateau tournant où les décors défilent devant vos yeux, habités par des acteurs qui semblent parfois irréels, comme endormis dans le temps ou échoués sur une île oubliée.

Napoléon parqué à Sainte-Hélène appelle Athanase, imaginant un destin différent pour lui et son pays s’il avait été secondé par un tel homme.

Mais François Athanase Charette de la Contrie n’est pas homme à se marchander pour la cause d’un autre. Il n’obéit qu’à son cœur, à son Roi et à son Dieu.

Porteur de la Liberté, Athanase chemine sur des mers parfois hostiles pour secourir les révolutionnaires du Nouveau Monde.

Il revient dans son pays et découvre que la Révolution s’est habillée en Tyrannie et l’Égalité en Génocide.

Le peuple souffre, sa région saigne et la foi meurt. Athanase guide les fourches et les piques dans le Bocage vendéen…

Il est difficile de décrire la gamme des émotions saisissant le spectateur tout au long du « Dernier Panache ». C’est plus qu’un spectacle grandeur nature, c’est un spectacle de Géants qui nous immerge à 360 degrés dans la trajectoire admirable de Charette.

Subtile association du film et des décors « percés », nous voguons vers Sainte-Hélène puis cherchons Athanase dans cette coque de bateau ouverte au rythme effréné du violon de l’Amazone qui éveille en nous une épopée de vie enfouie depuis l’enfance.

Ironie de l’Histoire, celui que la Révolution a tant voulu oublier n’a jamais été aussi vivant qu’au Théâtre des Géants. Il vogue, il marche, il danse, il combat, il tombe. Athanase nous rappelle tout ce qu’il y a de bon, de noble et d’admirable dans l’être humain.

Athanase nous rappelle tout ce qu’il y a de bon, de noble et d’admirable dans l’être humain.

Un sage a dit : « La perfection n’est jamais dans les hommes, mais parfois dans leurs intentions ».

La perfection n’est ni dans Charette, ni dans son plus grand mécène (Philippe De Villiers), mais dans leur Panache.

Cette plume blanche que le général de Marine porte pour ne jamais « abdiquer l’honneur d’être une cible » (comme le déclare la voix ferme et profonde d’Alexis Victor, doublure d’Athanase).

Il y a du génie à oser faire preuve de Panache, à accepter d’être une cible mouvante quand on pourrait rester tranquillement au coin du feu, chez soi, en attendant que l’Histoire décide pour nous.

Athanase nous fait sortir de notre apathie. Non, tout n’est pas acceptable ! Non, tout ne se vaut pas ! Il n’y a de combat perdu que celui qu’on refuse de mener. 

« Rien ne se perd jamais » dit-il dans un souffle.

Le Panache de De Villiers a été de contrer tous ces Historiens qui refusent de dire la vérité sur le Génocide vendéen. Dignes héritiers de Robespierre qui déclara à la Convention que la Révolution devait survivre intacte et sans tache dans le sang et le silence de la Vendée. L’Histoire protège les colonnes infernales du général Turreau – extrémité de toute situation de crise – et continue de traîner dans la boue les vils croyants de Vendée – renégats d’un monde primitif – cachant ses crimes sous le drapeau tricolore.

« Rien ne se perd jamais… »

La plume immaculée du Panache ne vit certes pas longtemps – une course dans la forêt de la Chabotterie, les branches griffant le visage, balles ensanglantant l’indomptable Charette – mais elle élève la vérité au-dessus des marécages du compromis et du mensonge.

Alors que les paroles de Soljenitsyne s’impriment dans le Théâtre des Géants pour conclure l’épopée des cordes sensibles de l’Amazone éternelle : « les Français seront de plus en plus nombreux à mieux comprendre, à mieux estimer, à garder avec fierté dans leur mémoire la résistance et le sacrifice de la Vendée », les spectateurs se taisent, écarquillent les yeux, essuient des larmes, s’enfoncent un peu plus dans leur fauteuil, balaient une dernière fois du regard les peintures immenses projetées de part et d’autre :

Cathelineau, le « Saint de l’Anjou »
La Rochejaquelein, l’ « Achille de la Vendée »
Bonchamps, l’ « immortel »
Stofflet, « l’irréductible guerrier lorrain »
D’Elbée, le général « Providence »
Lescure, le « Saint du Poitou »

Charette, le « Roi de la Vendée »

Athanase, Athanase…

Le Panache renaît de ses cendres.

On aiguise la plume blanche sur laquelle on s’était assis en rentrant, on la lisse lentement, lentement et avec dévotion. Le courage renaît, la barbarie recule, car il n’y a rien que le peuple français aime tant que les causes perdues, les Cyrano, les Charette, les Jean Moulin…

Le Panache renaît de ses cendres.

Périmée ou date approximative ?

28 juin 2019

J’ai entendu dire que plus le vin vieillit meilleur il est. Je croyais naïvement que cela s’appliquait également aux êtres humains. Plus ils vieillissent, meilleurs ils sont. Plus sages, plus avertis, plus raffinés, plus courageux, plus aguerris, plus beaux, car les traits comme le caractère cessent de se mouler sur ceux des autres pour prendre leur forme définitive et unique.

Cependant, il semble que certains hommes considèrent la femme comme pourvue d’une « date de péremption », dissimulée sous sa chevelure, dans le cou. Passée la trentaine, ils évoquent le vieillissement des cellules, la diminution de sa fertilité et ses habitudes de « vieille fille ».

Sur le marché de l’amour, la femme trentenaire est rapidement concurrencée par les « petites jeunes » aux fossettes, nez retroussé et yeux écarquillés de l’enfance. La « femme-enfant » ne fait pas peur à l’homme, car il sent qu’il peut la protéger de tout et l’aiguiller sur tout. Il sent qu’elle ne vivra que pour lui et qu’elle n’aura d’habitudes que les siennes.

Qu’adviendra-t-il de la femme dite « périmée » ?

On peut me faire la remarque vingt fois, les gars, je ne peux pas remonter le temps et me convertir en femme-enfant ! Ou bien me suggérez-vous une petite, mais nécessaire, mise à jour ? Mieux une réinitialisation ou un reformatage ? Faut-il que je gomme de ma mémoire et de mon corps toutes les expériences de l’âge adulte ?

Un jour, j’ai croisé une connaissance dans l’ascenseur, c’était le jour de son anniversaire et nous avons disserté sur le temps qui passe, la difficulté pour certains d’ajouter une année au compteur, etc. Elle m’a déclaré ce qui suit : « Pour moi, prendre de l’âge n’a jamais été un problème. J’ai aimé chaque période de ma vie et j’ai toujours été fière de ce que j’avais accompli. J’aime chaque année supplémentaire. J’ai beaucoup appris. »

Il existe une date pour notre naissance et une autre pour notre mort.

Nous pouvons lutter encore et encore, grincer des dents, tirer la couverture pour couvrir notre visage et vivre dans un non-temps, cela ne nous appartient pas.

Mon constat est le suivant : les hommes qui fuient les femmes de leur âge ou légèrement plus âgées ont peur d’eux-mêmes. Refusant de grandir et de devenir des hommes, ils pensent qu’en valsant avec la femme-enfant, ils finiront par oublier qu’ils ont quitté le Pays imaginaire pour de bon et qu’il n’est plus temps de jouer aux Cow-boys et aux Indiens !

« s’ils placent une date de péremption sur la femme mature, ils ont l’impression de contrôler le temps et leur éternelle jeunesse. » 

Alors s’ils placent une date de péremption sur la femme mature (parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de prêter attention à celle que les autres semblent délaisser), ils ont l’impression de contrôler le temps et leur éternelle jeunesse. Moi je serais d’avis de souffler dans leurs narines un peu de poussière de fée pour les voir s’envoler loin, très loin, avec leur arc, leurs flèches et leurs oreilles pointues.

Une femme n’aurait-elle plus le droit de vieillir ? A l’image de ces actrices hollywoodiennes mises au rencard à la cinquantaine (sauf si le botox a fait son effet et rétracté les rides au coin des yeux et de la bouche sans trop bousiller la beauté originelle) quand les acteurs bien musclés et virils ont droit de jouer dans des grosses productions tant qu’ils ne clapsent pas et s’engagent à faire quelques séjours réguliers en désintox.

Il existe une porte de sortie pour ces actrices vieillissantes : les publicités lumineuses des produits anti-rides ! Alors, bien sûr, on vous promet un résultat époustouflant dès la première utilisation en oubliant de préciser en tout petits caractères en bas du spot TV que le visage d’Andy MacDowell a été lissé sur le billard de la chirurgie esthétique, puis sur Photoshop (pour les imperfections restantes).

On ment à toutes ces jeunes filles et femmes qui rejettent leur corps, leurs imperfections, leurs donuts, leur nez, leurs cheveux, leurs rides et leurs taches de rousseur comme incompatibles avec la notion de « beauté ».

Arrêtons les scientifiques dans leurs recherches sur le clonage ! Cela fait bien longtemps que le cinéma, la publicité, les entreprises pharmaceutiques ont réussi à cloner les êtres humains de l’intérieur. Des Irina Shayk sont en cours de fabrication, eh oui ! Femmes en série qui se rejettent, se divisent en elles-mêmes, blessent leur âme et vendent leur corps restructuré au plus offrant qui ne verra plus de date approximative ou périmée dans cette enveloppe sans âge, parfaite, désirable pour l’ego masculin.

« Cela fait bien longtemps que le cinéma, la publicité, les entreprises pharmaceutiques ont réussi à cloner les êtres humains de l’intérieur »

Enfin, cette femme est souillée, perdue, mourante quand il l’abandonne pour une autre plus blonde, plus pulpeuse, plus jeune ou bien celle que je nomme « le clone d’autrefois ». Autant de femmes qui ont perdu leur voix…

J’ai rencontré bien des femmes âgées qui avaient survécu à la maladie, au deuil, aux fardeaux de la vie. Elles étaient belles, vraiment belles. Leurs mains noueuses déformées par l’arthrose témoignaient des heures passées à travailler, à cuisiner, à laver, à porter. Les rides au coin des yeux rappelaient les éclats de rires prolongés indéfiniment et les larmes qui coulaient silencieusement dans les sillons de l’adversité et finissaient par imprégner l’oreiller. La peau froissée autour des lèvres, c’était la robe du sourire donné envers et contre tout aux siens, aux ennemis, aux ombres destructrices. Les cheveux fins et blancs devenaient des fils conduisant aux pensées vivaces, à la peur de tout perdre, aux contractions de l’accouchement, aux prières longues et nocturnes pour les enfants en retard ou bien perdus. Les pieds lourds et douloureux dessinaient des chemins souvent parcourus dans la solitude et l’incertitude, l’ultime effort pour se lever du lit quand la maladie physique ou mentale emprisonne le corps et l’âme dans une chambre blanche, et puis, un sursaut de vigueur, les pieds conduisent le corps vers la guérison, un jardin fleuri de roses rouges. Le dos courbé me faisait imaginer l’enfant porté en rentrant d’une longue promenade, les courses hissées à bout de bras, les lits faits dans une symphonie de lavande et de plis parfaits, le sac à dos rempli de goûters porté toute la journée jusqu’au sommet de la montagne et la chaleur de l’homme qui se penche sur la femme et demande sa douceur.

Le corps de ces femmes avait une histoire, une belle histoire, une grande histoire, écrite dans l’anonymat et le silence. Quand j’admire tout ce qu’elles ont accompli, ces femmes me répondent : « Oh ! Je n’ai rien fait d’extraordinaire… J’ai veillé sur ma famille. J’ai aimé et cela m’a comblée. J’ai fait ce que toute femme aurait fait à ma place. »

« Le corps de ces femmes avait une histoire, une belle histoire, une grande histoire, écrite dans l’anonymat et le silence »

Quelles grandes âmes ! Elle ne sont pas périmées, parce qu’elles sont seules, fatiguées et malades, elles sont raffinées. Leur sainteté est leur éternité…

Aujourd’hui, j’ai 31 ans…

19 juin 2019

Aujourd’hui, j’ai 31 ans…

Si je considère l’existence humaine, si je considère mon existence humaine, je l’apparente à une longue marche au bord de la mer.

Je suis née dans une île, j’ai, par conséquent, un besoin viscéral de voir et de sentir la mer, autrement, je me sens comme un hamster dans une cage tournant sans fin et me cognant la tête contre les barreaux.

Nombreuses sont les heures que j’ai passées à marcher, pieds nus, sur le sable mouillé, le visage dans le vent et les yeux perdus à chercher l’horizon. Pas très originale comme image, n’est-ce pas ?

Et parce que j’ai souvent médité sur la vie, ma vie, au cours de ces longues promenades solitaires vers le couchant, j’ai fini par prendre la vie pour une marche sans fin vers un horizon qui parfois semble fuyant et inatteignable…

Au cours de ces 31 années de marches frénétiques, mes pieds se sont endurcis et j’ai fini par déterrer du sable cinq leçons valables que je voudrais vous partager aujourd’hui.

1ère vérité : la Vie est la recherche d’un équilibre dans le Temps

Albert EINSTEIN a écrit : « La vie, c’est comme une bicyclette, il faut avancer pour ne pas perdre l’équilibre ».

Mon frère m’a appris cette leçon la première fois que je suis montée sur un vélo. Il fallait pédaler, avancer, regarder loin et pas les roues ou le guidon pour garder l’équilibre.

Einstein avait raison. Chaque fois que nous baissons la tête pour regarder la taille, l’état, la marque de nos roues, nous perdons l’équilibre et tombons lamentablement sur le sol. Il faut regarder loin vers l’horizon pour oublier que nous sommes en équilibre sur un fil, un équilibre fragile, mais nécessaire pour rester dans la course de la vie.

J’admets aujourd’hui que je ne vois rien sous mes pieds. J’avance telle une funambule maladroite, sans même savoir s’il y a un filet de protection. Si je me retourne je risque de regretter la plateforme rassurante ou pire de prendre peur et de glisser dans le vide.

Je ne peux que regarder en avant en avançant un pied, puis un autre, car tout comme le Temps, il m’est impossible de « rembobiner » ou de rester immobile. Si les lois physiques de notre planète sont réglées sur cette fuite en avant des secondes, des heures et des années, c’est bien que nous sommes taillés dans ces mêmes matériaux corruptibles, périssables et toujours en mouvement.

Il y a ces moments de parfaits bonheurs qu’on voudrait retenir dans ses mains et revivre indéfiniment et d’autres qu’on traîne en souhaitant ne les avoir jamais vécus. Il y a ces cellules qui meurent chaque jour, ces rides qui apparaissent et ces cheveux qui blanchissent. Il y a ce corps pétri dans la glaise du temps qui connaît son âge et les années restantes. On aime le faire taire quand il nous le crie trop fort.

Alors oui, j’accepte d’être funambule. Je n’aurai pas le dernier mot, certes. Mais si j’oublie la plateforme, le filet de protection, les yeux des autres rivés sur moi, il m’arrive de danser sur mon fil comme aucun être avant et après moi. Dans ce prodige, je suis ici et maintenant, je fixe la ligne de flottaison, je crée l’art, j’avance, tout simplement.

2ème vérité : la Vie est une quête des Sens

J’aime marcher le long de la mer parce qu’elle éveille mon corps à de multiples sensations : le sable doux ou rugueux sous les pieds, l’eau fraîche sur les chevilles, le goût du sel dans la bouche, l’odeur des algues dans les narines, le vent capricieux dans les cheveux, les cris des pêcheurs accostant près des pontons le panier plein ou bien le silence bourdonnant dans mes oreilles.

@lisepaty

Dans notre monde hyper-connecté, nous tuons à petit feu les sensations. Envahis par les images, assourdis par les bruits du monde virtuel, gâchés par les sucres rapides de la dépendance, affamés par un corps inerte, nous désapprenons à sentir ou nous n’apprenons jamais si, enfants, on a déposé dans nos mains potelées une tablette.

Je ne dis pas de retourner à la chasse et à la cueillette en Alaska, mais cessons d’amputer notre corps de la vie dans cette réalité parallèle où nous évoluons qui, avec le temps, finit par avoir le goût de la cendre.

Je me souviens de ces étés sans fin où je lisais la tête dans l’herbe avant de semer des lentilles, d’élever des coccinelles et de déguster des framboises à la dérobée dans le jardin de ma grand-mère. Puis, je me plantais devant le grillage pour saluer les tournesols et aspirer à plein poumon l’odeur de la Nature prête à enfiler son bonnet de nuit.

Je savais bien peu de choses sur le monde, si ce n’est que j’étais en vie…

Aujourd’hui, je fourre mon nez dans une poignée de basilic pour contrôler l’état de mes sens : j’y trouve le chant des grillons, l’odeur du fromage, la surface lisse de la tomate et le goût de l’huile d’olive. J’y lis Pagnol, Puccini et Visconti.

3ème vérité : la Vie est le meilleur des précepteurs

Julia Murdock Smith a écrit : « In childhood we see things as it were, through colored glasses… and it colors everything we see. But as we grow older… it is a magnifying glass and we see things as they really are. »

Si nous craignons d’en savoir trop peu ou bien d’avoir ressenti trop peu, attendons quelques années et la vie nous fera boire son nectar. Notre paire de lunettes colorées ne tarde pas à tomber et nous sommes de plus en plus capables de nous approcher du miroir de l’adulte et de contempler notre exact reflet.

Cependant, soyons vigilants, car on nous tendra également une nouvelle paire de lunettes teintée, grossissante et lourde pour remplacer les verres colorés, comme si notre nez ne pouvait se passer d’une monture. Nous croirons notre reflet banal, décevant, hideux en oubliant qu’il fallait ôter la paire de lunettes avant de se regarder dans le miroir de la vie.

Mon précepteur a été prolifique, il m’a appris beaucoup en quelques années et je ne doute pas que d’autres chapitres restent à découvrir.

Il m’a chuchoté au creux de la nuit que la douleur passe comme les saisons, que les larmes peuvent être séchées, que les rêves détruits doivent être portés en deuil avant de voguer, telles des lanternes, vers l’autre rive ; qu’il existe un monde invisible grouillant d’énergie et de voix du passé tout autour de nous, que la liberté et le respect ne se quémandent pas, ils s’imposent ; que l’art naît d’une flétrissure ; qu’il faut croire pour faire exister ; qu’un agencement merveilleux et inconnu préside aux actes et rencontres dites « fortuites » ; que le changement continu et courageux est plus fort que la peur paralysante.

Je ne suis plus la femme que j’étais il y a trois ans. J’ai longtemps lutté contre cette blessure si profonde, refusant de la voir, niant la douleur, endormant mes sens par des défis plus irrationnels les uns que les autres. Aujourd’hui, j’accepte que la vie soit amère parfois. Pour rien au monde je ne reviendrais en arrière essayant vainement d’intercepter mon moi du passé à l’aéroport, l’empêchant avec force de prendre cet avion.

Tout me conduisait au siège 36B et, comme dirait Paulo Coelho, « ce n’étaient que les étapes de [ma] Légende Personnelle ».

4ème vérité : il faut vivre pour aimer

La vie attendrit le cœur de l’homme et quand il est tenté de l’endurcir ou de l’encercler de hautes murailles, le vieux Précepteur lui apprend qu’il faut être brisé pour apprendre, il faut aimer pour comprendre.

Je suis émerveillée quand je sens en moi ces gonflements de compassion qui s’élèvent sans prévenir pour des personnes que je connais à peine et que probablement je ne reverrai jamais. Le temps s’arrête et je ressens leur détresse comme si elle était mienne, je pleure avec eux et je ris quand l’orage est passé.

Le corps est fait pour habiter l’amour. La haine le détruit, vrai combustible pour l’âme. Il peut être facile de lancer son empathie hors de soi et de la retenir captive quand il faut écouter et soutenir sa propre âme. On aime plus aisément l’autre que soi-même, ce qui pour moi est un fantôme d’amour. Si je ne m’aime pas, je n’éprouve pour l’autre que de l’envie ou de l’indifférence. Je quémande l’attention et je ne reçois rien ; je crois que le bonheur ne vient qu’en étant l’autre et je me renie dans mon essence.

Il semble que lorsqu’on commence à s’aimer honnêtement, on accepte la part d’ombre et de lumière, l’autre et le monde. Le miroir si clair devient fresque et on trouve une raison d’y figurer.

5ème vérité : la vie n’est pas une destination mais un chemin

« Des hommes venus du monde entier sont déjà passés par ce village, mon fils. Ils viennent ici chercher des choses nouvelles, mais ils restent toujours les mêmes hommes. Ils vont jusqu’à la colline pour visiter le château, et trouvent que le passé valait mieux que le présent. Ils ont les cheveux clairs, ou le teint foncé, mais sont semblables aux hommes de notre village.

Mais moi, je ne connais pas les châteaux des pays d’où viennent ces hommes, répliqua le jeune homme.

Ces hommes, quand ils voient nos champs et nos femmes, disent qu’ils aimeraient vivre ici pour toujours, poursuivit le père.

Je veux connaître les femmes et les terres d’où ils viennent, dit alors le fils. Car eux ne restent jamais parmi nous.

Mais ces hommes ont de l’argent plein leurs poches, dit encore le père. Chez nous, seuls les bergers peuvent voir du pays.

Alors, je serai berger. » (L’Alchimiste, Paulo Coelho)

@lisepaty

Je marche le long du rivage, les yeux fixés sur l’horizon, les pieds nus et les pensées moins confuses, parce qu’il me faut nourrir ce désir de ne planter aucune tente. Je suis de celles et de ceux qui vont mettre toute leur énergie dans l’aménagement, la décoration, le calibrage d’une vie, d’une maison, d’un travail. Rien ne dépasse, tout est parfaitement harmonieux, tout sent bon la lavande pour enfermer mes peurs dans un contrôle factice.

Je m’entoure d’un parachute énorme, comme dit une amie, ouvert, traînant sur le sol, préférant me prendre les pieds dans les fils emmêlés et la toile épaisse, plutôt que de marcher légère et insouciante.

La vie est accidents, détours et retours pour une destination encore inconnue. Rien n’est longiligne, rien n’est prévisible, rien n’est parfait, rien n’est durable. Tout change et évolue, et moi aussi…

Certes, je sais ce qui m’attend ici, ce que je possède, ce qui fonctionne et ne fonctionne pas, comme dit le père du jeune berger. Mais n’est-il pas merveilleux d’embrasser le voyage et ses zones de turbulences ? La vie n’est jamais une destination gagnée au loto, c’est un chemin souvent solitaire conduisant à des vérités, à sa vérité. C’est peut-être ça le trésor du jeune homme caché aux pieds des pyramides d’Égypte ?

« Le jeune homme se prit à envier la liberté du vent, et comprit qu’il pourrait être comme lui. Rien ne l’en empêchait, sinon lui-même. » (L’Alchimiste, Paulo Coelho)

@lisepaty