Unrequited love…

2 décembre 2019

« But about the rest of us ? What about our stories ? Those of us who fall in love alone ? We are the victims of the one-sided affair. We are the curse of the loved ones, we are the unloved ones, the walking wounded, the handicapped without the advantage of a great parking space ! Yes you are looking at one such individual… » Iris Simpkins, The Holiday.

Il faut bien dire que quand Kate Winslet ouvre la comédie de Nancy Meyers sur ces paroles sans prétention, Mesdames et moi-même, Lise, nous sommes scotchées sur notre canapé. Ce film-là, je ne risque pas de le mettre à la ben à ordure en moins de 50 secondes ! Ça y est ! On parle enfin de vous, de moi, des « unloved ones » et pas des autres à qui tout semble réussir : le travail, l’éducation des enfants, le blog, les photos, instagram, l’amour, l’amour, l’amour…

Iris, c’est moi, ça a été moi, toutes ces années ! Oui, je peux bien le dire maintenant, je peux me retourner et considérer le temps perdu à essayer d’être aimée, d’être indispensable, d’être celle qui donne tout ce qu’on ne lui a jamais donné, qui est tout ce qu’elle voudrait qu’on soit pour elle.

Alors comme Iris, j’en ai préparé des cadeaux, j’en ai mijoté des idées plus brillantes les unes que les autres pour trouver ce qui lui correspondrait exactement, ce qu’il attendait probablement, sans même le savoir, ce qui le définissait, ce qui le rattacherait à un souvenir commun dont j’étais bien la seule à me souvenir.

Et lui ? Bien sûr, il avait un cadeau, mais zut ! Il était resté dans la voiture ! Zut ! Il n’avait pas eu le temps ! Zut ! Je l’avais devancé ! Mais oui, bien sûr, il y avait pensé ! Comment pourrais-je en douter ? Comment pourrais-je être la seule à creuser mes nuits à la recherche du présent parfait, inattendu, sublime ? Puis à fouiller toutes les librairies du boulevard St Michel, bref, à remuer ciel et terre pour renifler, acheter, dédicacer, empaqueter l’élu que je porterais ensuite sur mon cœur jusqu’à lui… Zut ! Le sien est resté sur la banquette arrière !

Le temps perdu à essayer d’être aimée, d’être indispensable, d’être celle qui donne tout ce qu’on ne lui a jamais donné, qui est tout ce qu’elle voudrait qu’on soit pour elle…

JASPER : It’s a 1st edition ! Where did you find it ?

IRIS : Buried in that little place we found in Covent Garden that time.

JASPER : Why are you so great ?

Alors voilà ! Il vous dit que vous êtes merveilleuse, une perle rare, délicieuse d’attentions et de fidélité, attentive aux détails que d’autres ne voient même pas et puis, vous apprenez qu’il vient de se fiancer à une autre ! What’s the matter ? Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ?

Je lis son moindre froncement de sourcil, je connais le plus petit grain de beauté sur son visage, je devine ses besoins avant même qu’il n’en ait conscience, je vois ses défauts et je l’aime quand même, il me plante, il m’oublie, il me trahit, et je l’aime toujours. Mais c’est l’autre meuf insensible, autocentrée, autoritaire, au rire d’oie qu’il préfère ?!

Par pitié, pincez-moi, réveillez-moi, c’est une grosse plaisanterie, je me suis trompée de vie, d’histoire, de planète, que sais-je ?

Eh oui, mesdames ! Vous connaissez ce scénario… C’est bien le monde réel, c’est bien vous, amoureuse seule, et c’est bien lui, gros égoïste aimé, chassé et toujours en chasse.

J’ai observé deux écoles de pensée.

Il y a celles qui vous disent : si tu lui fais de bons petits plats, si tu souris, si tu te brushing, te maquilles, fais du sport matin, midi et soir, briques ton appart du sol au plafond, il ne pourra pas te résister. C’est réglé en un mois, crois-moi !

(J’ai le regret de vous dire que c’est la vieille école : la femme est la geisha de l’homme, toujours performante, toujours aimante, toujours pimpante. Jamais un mot plus haut que l’autre, jamais fatiguée, jamais énervée, jamais frustrée.)

A ce rythme-là, il va vous adopter et il y gagnera un service sans larme, sans grève, sans arrêt maladie, sans désertion. Pouah ! Quel enfer !

La deuxième école est plus radicale : il ne t’a pas aimée, il ne t’a pas comblée, il ne t’a pas regardée. T’en fous ! On peut vivre sans un homme ! Bosse, bosse, bosse et tu ne vivras jamais aux crochets du mâle alpha. Ne fais jamais confiance à l’homme, ne baisse jamais la garde, neutralise-le ! Bon à ce rythme, on va toutes finir dans le GIGN pour traquer et abattre le mâle faible… Sauf que ça, c’est tout sauf la Femme !

Je sais, on a bien envie de s’endurcir parfois. On a trop souffert et on se dit : « plus jamais ça ! ». Malgré toutes nos plantades, on peut être sûres d’une chose, on aime, donc on est en vie. Lise vous dira que vous n’êtes pas obligées de reproduire à l’infini le même schéma désastreux :

  • je suis toujours attirée par des hommes insensibles ;
  • je m’entiche de ce pauvre nase ;
  • je n’en dors plus ;
  • je refais son portrait aux contours des mes vieux fantasmes ;
  • je lui donne tout ;
  • je me perds en lui, car je suis « the permeable membrane » dont parle Elizabeth Gilbert : « If I love you, you can have everything. If I love you, I will carry for you all your pain, I will assume for you all your debts, I will protect you from your own insecurity. » ;
  • je suis rejetée ou trahie ou bien je l’ai toujours été, mais une preuve manifeste me claque en pleine figure ;
  • je m’enferme pour pleurer toutes les larmes de mon corps (qui a souffert de tous ces régimes et exercices pour lui plaire) ;
  • je jure de ne plus jamais me faire embobiner jusqu’à ce que je rencontre un autre gus égoïste qui m’aimante parce qu’il me rappelle l’autre et tout ce que je ne suis pas « until I get so exhausted and depleted that the only way I can recover my energy is by becoming infatuated with someone else » (E. Gilbert, Eat, Pray, Love)

Je me perds en lui, car je suis « the permeable membrane »

Comment en sortir, les filles ? Peut-on seulement en sortir ?

La réponse est OUI, OUI et OUI !!! Vous êtes débordantes d’énergie et de ressources, comme Iris, mais vous dépensez tout pour des causes perdues, convaincues que vous ne méritez rien de mieux, que c’est déjà trop d’honneur qu’on daigne vous regarder et vous inviter, que c’est peut-être trop tard…

« And after all that, however long all that may be, you’ll go somewhere new and you met people who make you feel worthwhile again. And little pieces of your soul will finally come back. And all that fuzzy stuff, those years of your life that you wasted, that will eventually begin to fade… » Iris Simpkins

Un jour, on m’a dit : « Trouve-toi un nouveau petit ami, sors, et tu finiras par oublier ton ex, par remplacer tous ces mauvais souvenirs, tous ces rêves éteints par de nouveaux… »

Les filles, nous sommes d’accord, c’est le pire conseil qu’on puisse nous donner ! Oui, dans un film de 90 minutes, l’héroïne a le temps de souffrir, de « recover », de trouver le mec parfait et de l’épouser avant le générique, mais dans la vraie vie, ce n’est pas aussi simple, pas aussi instantané. Nous sommes faites de chair et de sang, il nous faut tout l’amour de l’Univers pour guérir et nous transformer en notre vrai Moi, celui qu’on a toujours craint de découvrir aux hommes, celui qu’on a oublié et masqué sous nos blessures pour le rendre moins encombrant.

La vie peut terriblement ressembler à ce spectacle de fin d’année qu’on préparait tout le mois de juin sous les ordres de la maîtresse. On nous apprenait la chorégraphie, on nous briefait, on nous coiffait, on nous maquillait, on nous rangeait deux par deux, on nous plaquait au fond de la scène (vivant et stoïque décor). La musique commençait et prise de vertige, j’imaginais ce qui se passerait si j’osais me lancer sur la piste, danser seule, chanter, hurler à tous les parents ma fièvre de vivre. Je chassais alors ce songe révolutionnaire prise de palpitations et de sueurs froides.

Coupable, étrange, je glisse alors mon masque, comme le difforme Gwynplaine de L’homme qui rit, persuadée que personne ne verra ma grimace sous mon sourire béat, je danse maladroitement pour ne pas être trop sublime, je suis les autres filles type bibliothèque rose persuadée qu’elles ont le rythme parce qu’on les a mises en première ligne, aveugle sous les projecteurs, je suis l’automate, la copie qu’on attend, ni brillante, ni médiocre, dans la moyenne…

Je suis l’automate, la copie qu’on attend, ni brillante, ni médiocre, dans la moyenne…

C’est parce que nous nous sommes perdues toutes ces années que nous enfouissons notre visage dans les bras de l’homme qui nous paraît socialement le plus fort, le plus aimé, le plus sûr de lui. Nous sommes son satellite, parce qu’il est en première ligne. Nous aimons cette partie de notre âme qui hurle dans le noir et que nous croyons, à tort, percevoir dans les gesticulations de cet homme inatteignable. Nous perdons des années à graviter, alors que nous pourrions occuper toute la scène.

Je crois, cependant, que cette chorégraphie à l’aveugle est nécessaire. A force de cercles concentriques, nous nous rapprochons de notre centre. Nos chevilles se fortifient et nous remplaçons la musique des autres par la nôtre. La petite fille que j’étais qui parlait fort pour se faire entendre, qui traversait sans vergogne la scène pour réclamer les derniers applaudissements que les autres enfants lui avaient volés, qui chantait à tue-tête, qui voyait dans le creux des nuages et dans ses rêves des amis imaginaires bienveillants renaît de ses cendres…

Je danse comme je veux et quand je veux, avec ou sans public, sans masque, sans fard, acclamée ou ignorée. Pour ce qui est des Fâcheux, je ne cache plus mes grimaces sous un masque de sainteté. Je leur claque la porte au nez comme Iris, je leur dis leurs quatre vérités et je m’en vais.

C’est dans le silence de mon âme et de l’Univers que j’ai senti mon masque écrasé contre mon nez. Je l’ai décollé petit à petit, avec soin, avec soin et méthode. Puis j’ai fait mon deuil, pas de lui, mais de qui j’étais ou plutôt de qui j’avais accepté d’être pour faire plaisir à tout le monde. J’ai regardé la mer inondant l’horizon et j’y ai vu la vie, la vie qui continue, qui trace son chemin et qui rejette ses mues sur le rivage. Mon masque a voltigé dans les airs et s’est brisé contre les rochers. Gwynplaine de l’amour, j’ai aimé ma grimace et elle est devenue mon sourire…

Copyright@lisepaty

Mon masque a voltigé dans les airs et s’est brisé contre les rochers. Gwynplaine de l’amour, j’ai aimé ma grimace et elle est devenue mon sourire…

« JE VEUX ÊTRE UN DE CES MOMENTS »

29 octobre 2019

Copyright@lisepaty

Qui n’a pas été intrigué voire fasciné par la relation de Karen Blixen et de Denys Finch Hatton ?

« Il y a des moments qui valent la peine. Mais il faut en payer le prix. Et je veux être un de ces moments. » déclare Meryl Streep, alias Karen à Robert Redford, alias Denys.

Ils s’aiment à n’en pas douter, mais Karen et Denys n’attendent pas la même chose de l’amour, de leur relation, de l’Afrique…

Karen : Vous demandez-vous souvent si je me sens seule ?
Denys : Non, en effet. […] Qu’est-ce qu’un mariage changerait ?
Karen : J’aimerais quelqu’un qui, enfin, m’appartiendrait.
Denys : Non. Détrompez-vous. Karen je vis avec vous parce que j’ai choisi de vivre avec vous. Je ne tiens pas à être accroché à la vie de quelqu’un. Ne me demandez pas cela. Je ne veux pas découvrir un beau jour que ma vie c’est la vie de l’autre. Je veux bien payer le prix pour cela, et me retrouver seul parfois, ou mourir seul s’il le faut. Je trouve cela normal.
Karen : Pas tout à fait. Vous me demandez d’en payer le prix également.
Denys : Non. Je vous laisse le choix. Mais vous n’êtes pas prête à m’accorder le même. Je n’aurai pas plus de tendresse, je ne vous aimerai pas davantage à cause d’un bout de papier.
Karen : Pourquoi votre liberté serait-elle plus importante que la mienne ?
Denys : Erreur. Je ne me suis jamais immiscé dans votre liberté.

Ce dialogue brillamment interprété à la fin du film Out of Africa de Sydney Pollack, retraçant l’autobiographie kenyane de Karen Blixen, révèle toute la complexité de deux individus et de leur relation amoureuse.

Karen a des blessures à panser quand elle rencontre Denys et lui aussi. Ce qui rapproche la danoise cultivée du baroudeur solitaire, c’est l’Afrique, plus précisément, le Kenya. Ils s’aiment dans ces grands espaces arides balayés par des mammiphères fascinants et un vent tout-puissant. Ils s’aiment parce qu’ils sont libres dans le cockpit de Denys dominant les antilopes dans ce que Karen appelle « l’oeil de Dieu ».

Alors Denys demande à Karen d’utiliser son domaine comme point de chute au cours de ses safaris, il arrive, il l’aime, il repart et puis, quelques mois plus tard, il revient… Denys chérit sa liberté plus que Karen et sa vie même. Il est à la fois tendre et insaisissable. Il ne vit pas assez longtemps avec Karen pour qu’elle s’en lasse, ils ne partagent donc ensemble que le meilleur, chacun épargnant à l’autre ses préoccupations bassement matérielles.

Ne pourrait-on considérer cette relation comme idéale ? Aller, venir, répéter le cérémonial de la séparation déchirante et du dernier baiser aux pieds de l’avion ou d’un éléphant, vivre à nouveau les retrouvailles délicieuses et inattendues en rentrant du champ. Ne garder, en somme, que le nectar d’une romance et de son éternel recommencement, sans les contrariétés qui épaississent et tuent la magie des premiers instants.

Pourtant les mois, les années passent et Karen finit par en demander plus à Denys. Elle se sent plus seule qu’autrefois et cette instabilité si étourdissante finit par lui peser. Denys n’est pas là pour se battre avec elle quand il s’agit de sauver la ferme des flammes, il est parti, il est au volant de sa jeep, magnifique d’intrépidité et de force à l’état brute ; il appartient au Kenya, nouvelle espèce rare et sublime au milieu des lions et des éléphants.

Mesdames, nous sommes bien d’accord, ce que nous aimons tant chez Denys, c’est qu’il est un homme, un vrai ! Il a passé l’épreuve de nos rayons X et il faut bien le reconnaître, il est en tête de course ! Il ne vit pas chez papa et maman, il ne passe pas ses nuits devant les écrans des jeux vidéos, il gagne sa vie et ne demande pas d’argent, il entretient sa musculature et son brushing et surtout, il sait comment survivre dans la Nature.

Denys pourrait :

  • vous fournir à la seule force de ses bras du gibier matin, midi et soir – sorry pour les Végétaliennes –
  • faire ronronner la jeep sur la piste infinie,
  • tracer une nouvelle route jusqu’à la tanière des lions,
  • élever l’avion et vous-même au-dessus des nuages
  • monter votre tente,
  • accorder le gramophone à vos pas de danse – danse qu’il maîtrise et guide, bien sûr –
  • et surtout vous écouter à genoux, avec admiration, raconter des histoires que vous inventez en sondant la profondeur de ses yeux.

Ah ! Vous avez décroché de mon article, fermé les yeux et dépeint en vous-mêmes cette vision d’un autre monde. Eh oui, ça nous change du : « Chérie, ça te dit un petit kebab ? une petite ligue des champions ? une petite partie de Fortnite ? »

Ne préférons-nous pas parfois qu’il ne nous promette rien – si ce n’est de revenir de temps en temps – que de s’engager pour nous coller à la peau, nous envahir, nous dilapider, nous agacer encore et encore ?

Alors, moi, Lise, je me pose une question : est-ce qu’il finit par nous agacer parce que la routine rouille tout – le robinet qu’il ne répare jamais, les caresses qu’il finit par réserver exclusivement à son nouvel Iphone 11, la valse de mariage oubliée au fond du placard et enfermée dans le vieux 33 tours rayé et crincrin ? Ou bien nous agace-t-il parce que nous avons mal choisi dès le départ ?

Terrifiée à l’idée de rester seule à jamais, ne l’auriez-vous pas choisi après le chagrin du grand amour, par défaut, par coup de foudre hormonal, pour faire plaisir à tout le monde, portée par la frénésie juvénile d’organiser enfin votre mariage et plus jamais celui des autres copines de lycée ?

Karen lance avec désespoir à Denys : « J’aimerais quelqu’un qui, enfin, m’appartiendrait ». Il n’en faut pas plus pour faire prendre la poudre d’escampette à tous les Indiana Jones, Finch Hatton, Knightley, Thornton, Rochester et Darcy (« Darcy » of course, je n’ai pas pu m’empêcher) de la terre, les vrais hommes quoi…

Il rentre à peine dans votre vie et vous voulez déjà qu’il vous appartienne comme un animal de compagnie, un paratonnerre, un gros ours en peluche qui ne vous laissera pas les bras ballants dans votre immense lit et votre abyssal besoin d’être aimée, écoutée et protégée.

Un gros ours en peluche qui ne vous laissera pas les bras ballants dans votre immense lit et votre abyssal besoin d’être aimée, écoutée et protégée

Je ne fustige pas ce besoin, il est réel, viscéral, coincé dans nos tripes. C’est bien la pompe de toutes nos larmes, le siège de toutes nos frustrations et probablement, une part de notre « malédiction » comme l’a si bien formulé une de mes amies, brillante auteure, Nadège Éros. Elle appelle cela « la malédiction d’Ève » énoncée dans Genèse 3 : 16. « Il dit à la femme: J’augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. »

Tout un programme, n’est-ce pas ? Je ne prétends pas tout comprendre, mais ce dont je suis sûre c’est que notre ADN contient cette tendance naturelle à attendrir notre cœur pour l’homme. La féminité, c’est la douceur, la tendresse, les antennes émotionnelles nous permettant de sentir les besoins des autres avant les nôtres. Autrement, il n’y aurait aucun enfant sur cette terre, car aucune femme ne supporterait les douleurs d’un deuxième accouchement, le tracas d’un deuxième programme de croissance, l’épanchement de l’âme sur le souffle et les larmes d’un deuxième et si fragile être humain.

Que font les hommes de tous nos désirs qui se portent vers eux ?

Une fois encore, plusieurs réactions possibles, plusieurs profils :

  1. Cette bouffée de tendresse les effraie : nous les avons regardés trop intensément, écrit trop de messages en quelques jours, serrés trop fort dans les bras au moment de se quitter sur le quai. Ils décident de faire les Morts… On finit par croire qu’ils ont changé de téléphone, de continent, ou comme j’aime à la dire de tanière (en réalité Mesdames, l’ours est tout simplement retourné à la caverne et continue de prospecter sur Meetic, de tchatter avec dix blondes en même temps, sans même sortir son gros orteil de sa paillasse pour aller à la rencontre des dites femelles).
  1. Tant d’attachement précoce les attire : vous croyez avoir trouvé the One ! Il répond à vos messages dans la minute, il exprime beaucoup ses sentiments, donne l’impression de lire en vous comme dans un livre ouvert. C’est le beau gosse sensible des films de noël qui porte votre sapin avec le sourire, d’un seul bras de préférence, sans perdre son superbe brushing qui a coûté une tendinite à la maquilleuse/coiffeuse du plateau de tournage. Mais enfin réveillez-vous, le beau gosse du sapin au sourire Colgate n’existe pas dans la vraie vie !!! C’est une pure création des studios ciné et celui qui lui prête son corps dans la vraie vie reste un homme, un vrai, rendu plus « pétillant » par l’assaisonnement habituel : égoïsme + maladresse. Le numéro 2 dans la vie réelle vit généralement encore au-dessus du garage de papa et maman à qui il verse une obole annuelle – en fait il s’agit généralement du cadeau de noël. En creusant vous comprendrez bien vite que le numéro 2 a une relation assez fusionnelle avec sa maman, d’où son hypersensibilité et son épanchement d’âme. Peu viril, attendez-vous à porter à sa place le sapin de noël et à clouer seule le parquet de la maison dont vous rembourserez à 80% le prêt, 20% pour son honneur, tout de même. Le numéro 2 finit par dépendre totalement de vous, tout comme il n’a cessé de dépendre de maman depuis la grossesse (pour peu que cette dernière soit « castratrice », c’est mort, les filles) : « fuyez, pauvre [folles] », comme dirait Gandalf !
  1. Tant de dévotion vous attire : vous n’avez rien tenté, rien décidé, c’est lui qui vous embarque dans une folle croisière/lune de miel/noce d’or. Vous ne savez plus, il va tellement vite que chaque minute devient une année et chaque heure une décennie. Tout se précipite au rythme effréné de sa passion et vous vous immergez avec délice dans cette vague d’amour qui vous soulève et vous dépose sur une plage paradisiaque. Le numéro 3 – qui est, bien évidemment, émotionnellement instable, mais n’ira jamais consulter – sait appuyer sur tous les boutons de votre « malédiction » originelle, probablement amplifiée par une blessure d’abandon qui noie toutes vos peurs inavouées. Une fois que le numéro 3 entre dans votre vie, vous ne savez plus comment vivre sans lui, respirer à côté de lui, aimer après lui. Il le sent, il renifle votre âme et la manipule pour assouvir ses besoins égoïstes et colmater les fissures de sa vie personnelle bien souvent minable, chaotique, en plein naufrage. Le bateau prend l’eau de toutes parts, mais il vous fait croire que c’est pour voguer plus vite vers les Bahamas tant promis. Prestidigitateur du néant, il finit par ralentir sa propre passion, réelle ou feinte ? Et vous quittez en chaloupe le naufrage, bien sonnées et égratinées, décidées à vous asseoir sur le rocher d’un rivage désert pendant au moins une bonne dizaine d’années pour mieux voir la tempête arriver et les marins se noyer.

Pessimiste Lise aujourd’hui ? – Moi ? jamais, voyons !

Reconnaissons notre tendresse, protégeons-la, comme nous le ferions d’un nouveau-né. Notre tendresse n’est pas à répartir dans le monde entier, notre âme n’est pas à dévoiler dès le premier rancard, non ? Si vous êtes comme moi, vous comprendrez ce que je veux dire.

Combien de fois ne me suis-je pas promis en rentrant d’un « rendez-vous galant » (la formule est heureuse, mais le contenu parfois moins funky et rarement glamour) que plus jamais je ne m’attendrirais aux récits bien creux de mon homme pour deux heures qui a décidé de me ravir les oreilles de son enfance oliver-twistienne, je traduis « Dis, j’ai souffert, non ? », suivi de « Dis, je souffre encore aujourd’hui, hein ? » et couronné du « Dis, je sens qu’avec toi, je vais moins souffrir demain, on parie ? ».

Non, non et non !!! Je ne suis pas Mère Teresa. On n’a pas encore fait de gosses et tu veux déjà en être un. Mec, tu me regardes bien ? GAME OVER… Cette formule je suis sûre qu’il la comprendra vu son maniement de l’anglais grâce aux jeux vidéos, mille fois meilleure que « Tu es un gars sympathique, vraiment, et je ne doute pas qu’il se trouve une fille sur la Terre prête à accueillir ta douleur et à la porter – comme tout le reste d’ailleurs, hum-hum – mais moi je suis trop égoïste, je pourrais te faire encore plus souffrir… ». Soyons claires, les girls, au bout des six premiers mots, il a décroché le gus.

Alors, n’hésitez pas le « G.O. », c’est parfait, sans ambiguïté, ça leur parle aux mecs, ça claque contre le front comme le râteau ! Surtout quand le gus pour deux heures poussera un rot – sursaut attendrissant de la petite enfance – en sortant du restaurant et constatera : « Mais, c’est que tu m’as coûté cher ! » et je n’ai même pas pris le dessert ! Du véridique mon article, pas de fake stories, les copines. D’ailleurs si vous en avez d’autres de cet ordre, déballez, déballez, qu’on se marre un bon coup ! Et avec ça on se cotisera pour publier le Manuel des rendez-vous galants pour les Nuls ou Comment sortir de la Caverne – 11e édition revue et corrigée par Lise.

J’ai une confession à faire. J’ai fréquenté de près les types 1, 2 et 3 évoqués précédemment et mon constat est le suivant : le numéro 1 est quand même le meilleur candidat, c’est Denys Finch Hatton. Il ne reste pas forcément coincé dans sa caverne, il aime parcourir le monde, travailler de toutes ses forces et prendre soin d’une femme. Seulement, il finit toujours par peser la femme et sa liberté dans la balance. C’est très difficile pour lui de décider. Tant qu’il est seul et sur les routes, il ne dépend de personne, ne blesse personne et ne manque à personne. C’est ce fameux prix à payer du baroudeur, dont Denys parle à Karen : « Je veux bien payer le prix pour cela, et me retrouver seul parfois, ou mourir seul s’il le faut. Je trouve cela normal. »

Tant qu’il est seul et sur les routes, il ne dépend de personne, ne blesse personne et ne manque à personne

Mais quand on aime le baroudeur, quand on a vu son âme baigner ses yeux, son sourire accompagner vos paroles, ses mains hisser un hamac entre deux arbres, ses bras étendre sa veste tout-terrain sur vos épaules frissonnantes, sa voix vous parler d’un monde de silence et de signes traversé en moto sans rien que la route vierge devant soi, comme il est difficile de rompre la « malédiction » ! Vous n’avez qu’une envie, c’est d’attraper ce papillon de nuit et de l’enfermer dans votre boudoir, ou plutôt d’arponner ses ailes et vous laisser porter au gré du vent vers de nouvelles étendues sauvages.

Denys n’emporte Karen avec lui que quelques heures pour percer le secret de la savane africaine et du monde à ses côtés, dans son cockpit. Quelques heures, un grain de sable dans les heures et les mois de son absence capricieuse. Quelques heures, c’est tout ce qu’il a à lui offrir sans se sentir envahi. La chaleur d’un soleil de fin d’été qui inonde le hamac de fortune et baigne mon corps, une conversation bientôt éteinte, c’est tout ce qu’il a pu m’offrir. Puis, tout comme Denys, il est parti et je suis restée à l’attendre, tout comme Karen.

Ironie de la vie, non ? Pourquoi faut-il que ce qui soulève notre âme ne dure qu’un battement de cils ? Il ne m’a jamais appartenu et vouloir l’enfermer dans la cage dorée de mes rêves, ne serait-ce pas justement ne pas l’aimer ? Karen Blixen déclare sur la tombe prématurée de Denys :

« Sage est le garçon qui craignant les chimères s’éloigne à pas furtifs d’une gloire éphémère.

Même si des lauriers couronnent ce virtuose, ils se faneront plus tôt que la rose.

Désormais, tu ne feras plus route auprès des vainqueurs coûte que coûte.

Ceux que la célébrité dépasse et dont le nom meurt quand ils trépassent.

Ton front toujours ceint de lauriers fascinera ceux que la mort a conviés.

Tes mèches s’efforceront de retenir cette couronne plus précaire qu’un rire.

Reprends maintenant l’âme de Denys George Finch Hatton que tu partageas avec nous.

Il nous apporta la joie et fut notre bien-aimé.

Il ne fut pas à nous. Il ne fut pas à moi. »

Mon ultime conseil et après j’en aurai fini pour aujourd’hui, pour ce soir, le voici : ne traquez pas cet oiseau rare et libre, aimez-le dans le clarté du frais matin, remplissez vos vides de l’amour inconditionnel de l’Univers et priez-le qu’il vous ramène votre homme de son exil.

Copyright@lisepaty

Il est fort possible que vous soyez justement l’oasis dans le désert d’un berger intrépide, son puits de Jacob, l’Âme du monde, « Mektoub » (son destin), sa Légende personnelle…

« Mektoub », se dit-il. […] Et le jeune homme resta un long moment assis à côté du puits, comprenant qu’un jour le levant avait laissé sur son visage le parfum de cette femme, et qu’il l’aimait avant même de savoir qu’elle existait. Et que l’amour qu’il avait pour elle lui ferait découvrir tous les secrets du monde.

Paulo Coelho, L’Alchimiste.

Bouteille à la mer

22 juillet 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

Un sage a dit « Girls with dreams become women with vision… »

J’ai entendu Meghan Markle citer cette phrase à la fin de son discours retentissant à l’ONU en 2015.

Je me suis alors demandé si une femme, une seule femme, pouvait être cette petite pierre qui dévale la montagne, se polit contre les rochers rugueux et entraîne avec elle d’autres pierres aussi maladroites, inexpérimentées et apeurées qu’elle.

Je rêve depuis toujours de recevoir plus de moments de paix et de certitude dans ma vie. Savoir que je suis là où je dois être, en train de faire ce que je sais devoir faire.

Je vois tant de femmes inquiètes qui comblent un vide profond et caché par un perfectionnisme frénétique dans leur travail, leur relation conjugale, leurs tâches quotidiennes et l’éducation des enfants.

Elles ne roulent plus dans la bonne direction, elles n’entraînent rien que de la poussière et elle se jettent tout droit dans un gouffre, une crevasse où personne ne viendra les chercher.

Les sévices qu’une femme peut subir de la part d’un homme – patron, conjoint, père – ne sont que la manifestation extérieure de ceux qu’elle s’inflige à elle-même, sans même en être consciente.

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité : « je ne suis pas assez jolie, pas assez organisée, pas assez performante, pas assez forte, pas assez attirante, pas assez intelligente, pas assez douée… »

Et parfois cette négation qui a envahi toutes ses phrases et entaché le « je » de son existence finit par gommer absolument tout le reste : « je ne suis pas, je ne suis rien… »

La femme fait de « la négation » une nouvelle forme d’identité

Ma bouteille à la mer, c’est mon roman.

Ma bouteille à la mer, c’est un miroir implacable, dur, éblouissant tendu à toutes les femmes. Car je crois que le corps parle quand l’âme s’est éteinte dans « la négation ». Et ce corps vous dira tout ce qu’il a à vous dire… Il se courbera pour vous dire qu’on vous a rejetées, il s’épaissira pour vous dire qu’on vous a humiliées, il saignera pour vous dire qu’on est en train de vous tuer.

Ma bouteille à la mer, c’est Starry, Starry Night.

Promesse que les ténèbres qui sont en vous peuvent être dissipées par une étincelle de vie tenace, que le vide peut être comblé, que les blessures seront vidées et recousues, que la peau neuve et nacrée s’attendrira pour vous conduire sur de nouveaux chemins.

Nous n’avons rien à justifier, ni notre vie, ni notre valeur, ni notre beauté.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte. Nous rêvons et c’est bien suffisant pour connaître notre vérité et la dire. Nous existons et c’est bien suffisant pour accueillir la joie qui nous est réservée depuis toujours.

Nous sommes en vie et c’est bien suffisant pour qu’on nous regarde et qu’on nous respecte

Je crois que si l’affirmation de mon existence remplace le fléau de la négation, les bourreaux reculeront dans les ténèbres : d’abord mon bourreau intérieur, puis tous les hommes faibles qui revêtent le costume du tyran pour mieux cacher leur propre néant.

Me voilà au sommet de mon Everest, je lance ma petite pierre si imparfaite – Starry, Starry Night – et je prie non pour la célébrité, les louanges des hommes, mais pour qu’elle entraîne d’autres petites pierres dans son sillage et que nous nous polissions dans l’adversité et l’acceptation de ce que nous sommes : des femmes, des voix dans la nuit, des créatrices, des tabernacles de vies minuscules, des étoiles immobiles, le mystère de l’homme, l’éternité dans un soupir…

Starry, Starry Night est désormais disponible en version papier et e-book sur le site de mon éditeur :

sur Amazon :

sur la Fnac :

https://livre.fnac.com/a13681093/Lise-Paty-Starry-starry-night

sur Cultura :

https://www.cultura.com/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Decitre :

https://www.decitre.fr/livres/starry-starry-night-9791032630464.html

sur Chapitre :

https://www.chapitre.com/BOOK/paty-lise/starry-starry-night,80132987.aspx

sur Furet du Nord :

https://www.furet.com/be/starry-starry-night-3210617.html

sur la Librairie des Dialogues :

https://www.librairiedialogues.fr/livre/15993970-starry-starry-night-lise-paty-sydney-laurent

Bien à vous,

Lise

STARRY, STARRY NIGHT

11 JUILLET 2019

Chères lectrices, chers lecteurs,

C’est avec joie et émotion que je vous annonce la sortie de mon premier roman : Starry, Starry Night.

Histoire et mots qui m’ont longtemps trotté dans la tête pendant les nuits sans sommeil et les jours de veille.

Puis vient le soir où, sans prévenir, le torrent fend la roche, les résistances qui étaient en vous et vous muselaient cèdent enfin, l’eau jaillit et l’encre s’écoule sur le papier immaculé.

C’est la voix créatrice qui résonne dans une nuit solitaire, dictée par les Muses capricieuses sous un rayon de lune et une pluie d’étoiles.

Les mots se sont précipités au bord de la plume maladroite pour dire ce qu’on devine à peine dans les yeux livides et les larmes sèches de ces femmes éteintes.

Alors quand on a du courage et le cœur plein de ces souffrances cachées, honteuses, mais tenaces, on écrit.

On écrit parce que si on le tait, d’autres souffriront dans la salle de bains d’un appartement étroit encore des jours et des années, accablées par la violence froide ou brûlante d’hommes indignes de porter le nom d’ « homme ».

Ce roman est tout autant le miroir d’une femme que celui d’un homme. Victime et bourreau, chacun devra accepter sa partition.

Étoiles qui s’attirent par une force aussi redoutable que l’attraction terrestre jusqu’à ce que la femme dise : « Assez ! ».

Mon seul désir est que cette « nuit étoilée » éclaire plus d’une âme , car comme le dit Edgar Allan Poe : « Il peut se faire qu’une vérité soit plus étrange que toutes les fictions ».

…………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………………

En exclusivité, rejoignez le site de mon éditeur SYDNEY LAURENT pour découvrir la magnifique couverture réalisée par Proxima, le résumé et quelques extraits.

Starry, Starry Night est disponible dès à présent en e-book et la version papier ne va pas tarder, encore deux petites semaines !

J’ai hâte de lire vos commentaires, de vous entendre et de vous rencontrer.

Bien à vous,

LISE

Périmée ou date approximative ?

28 juin 2019

J’ai entendu dire que plus le vin vieillit meilleur il est. Je croyais naïvement que cela s’appliquait également aux êtres humains. Plus ils vieillissent, meilleurs ils sont. Plus sages, plus avertis, plus raffinés, plus courageux, plus aguerris, plus beaux, car les traits comme le caractère cessent de se mouler sur ceux des autres pour prendre leur forme définitive et unique.

Cependant, il semble que certains hommes considèrent la femme comme pourvue d’une « date de péremption », dissimulée sous sa chevelure, dans le cou. Passée la trentaine, ils évoquent le vieillissement des cellules, la diminution de sa fertilité et ses habitudes de « vieille fille ».

Sur le marché de l’amour, la femme trentenaire est rapidement concurrencée par les « petites jeunes » aux fossettes, nez retroussé et yeux écarquillés de l’enfance. La « femme-enfant » ne fait pas peur à l’homme, car il sent qu’il peut la protéger de tout et l’aiguiller sur tout. Il sent qu’elle ne vivra que pour lui et qu’elle n’aura d’habitudes que les siennes.

Qu’adviendra-t-il de la femme dite « périmée » ?

On peut me faire la remarque vingt fois, les gars, je ne peux pas remonter le temps et me convertir en femme-enfant ! Ou bien me suggérez-vous une petite, mais nécessaire, mise à jour ? Mieux une réinitialisation ou un reformatage ? Faut-il que je gomme de ma mémoire et de mon corps toutes les expériences de l’âge adulte ?

Un jour, j’ai croisé une connaissance dans l’ascenseur, c’était le jour de son anniversaire et nous avons disserté sur le temps qui passe, la difficulté pour certains d’ajouter une année au compteur, etc. Elle m’a déclaré ce qui suit : « Pour moi, prendre de l’âge n’a jamais été un problème. J’ai aimé chaque période de ma vie et j’ai toujours été fière de ce que j’avais accompli. J’aime chaque année supplémentaire. J’ai beaucoup appris. »

Il existe une date pour notre naissance et une autre pour notre mort.

Nous pouvons lutter encore et encore, grincer des dents, tirer la couverture pour couvrir notre visage et vivre dans un non-temps, cela ne nous appartient pas.

Mon constat est le suivant : les hommes qui fuient les femmes de leur âge ou légèrement plus âgées ont peur d’eux-mêmes. Refusant de grandir et de devenir des hommes, ils pensent qu’en valsant avec la femme-enfant, ils finiront par oublier qu’ils ont quitté le Pays imaginaire pour de bon et qu’il n’est plus temps de jouer aux Cow-boys et aux Indiens !

« s’ils placent une date de péremption sur la femme mature, ils ont l’impression de contrôler le temps et leur éternelle jeunesse. » 

Alors s’ils placent une date de péremption sur la femme mature (parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de prêter attention à celle que les autres semblent délaisser), ils ont l’impression de contrôler le temps et leur éternelle jeunesse. Moi je serais d’avis de souffler dans leurs narines un peu de poussière de fée pour les voir s’envoler loin, très loin, avec leur arc, leurs flèches et leurs oreilles pointues.

Une femme n’aurait-elle plus le droit de vieillir ? A l’image de ces actrices hollywoodiennes mises au rencard à la cinquantaine (sauf si le botox a fait son effet et rétracté les rides au coin des yeux et de la bouche sans trop bousiller la beauté originelle) quand les acteurs bien musclés et virils ont droit de jouer dans des grosses productions tant qu’ils ne clapsent pas et s’engagent à faire quelques séjours réguliers en désintox.

Il existe une porte de sortie pour ces actrices vieillissantes : les publicités lumineuses des produits anti-rides ! Alors, bien sûr, on vous promet un résultat époustouflant dès la première utilisation en oubliant de préciser en tout petits caractères en bas du spot TV que le visage d’Andy MacDowell a été lissé sur le billard de la chirurgie esthétique, puis sur Photoshop (pour les imperfections restantes).

On ment à toutes ces jeunes filles et femmes qui rejettent leur corps, leurs imperfections, leurs donuts, leur nez, leurs cheveux, leurs rides et leurs taches de rousseur comme incompatibles avec la notion de « beauté ».

Arrêtons les scientifiques dans leurs recherches sur le clonage ! Cela fait bien longtemps que le cinéma, la publicité, les entreprises pharmaceutiques ont réussi à cloner les êtres humains de l’intérieur. Des Irina Shayk sont en cours de fabrication, eh oui ! Femmes en série qui se rejettent, se divisent en elles-mêmes, blessent leur âme et vendent leur corps restructuré au plus offrant qui ne verra plus de date approximative ou périmée dans cette enveloppe sans âge, parfaite, désirable pour l’ego masculin.

« Cela fait bien longtemps que le cinéma, la publicité, les entreprises pharmaceutiques ont réussi à cloner les êtres humains de l’intérieur »

Enfin, cette femme est souillée, perdue, mourante quand il l’abandonne pour une autre plus blonde, plus pulpeuse, plus jeune ou bien celle que je nomme « le clone d’autrefois ». Autant de femmes qui ont perdu leur voix…

J’ai rencontré bien des femmes âgées qui avaient survécu à la maladie, au deuil, aux fardeaux de la vie. Elles étaient belles, vraiment belles. Leurs mains noueuses déformées par l’arthrose témoignaient des heures passées à travailler, à cuisiner, à laver, à porter. Les rides au coin des yeux rappelaient les éclats de rires prolongés indéfiniment et les larmes qui coulaient silencieusement dans les sillons de l’adversité et finissaient par imprégner l’oreiller. La peau froissée autour des lèvres, c’était la robe du sourire donné envers et contre tout aux siens, aux ennemis, aux ombres destructrices. Les cheveux fins et blancs devenaient des fils conduisant aux pensées vivaces, à la peur de tout perdre, aux contractions de l’accouchement, aux prières longues et nocturnes pour les enfants en retard ou bien perdus. Les pieds lourds et douloureux dessinaient des chemins souvent parcourus dans la solitude et l’incertitude, l’ultime effort pour se lever du lit quand la maladie physique ou mentale emprisonne le corps et l’âme dans une chambre blanche, et puis, un sursaut de vigueur, les pieds conduisent le corps vers la guérison, un jardin fleuri de roses rouges. Le dos courbé me faisait imaginer l’enfant porté en rentrant d’une longue promenade, les courses hissées à bout de bras, les lits faits dans une symphonie de lavande et de plis parfaits, le sac à dos rempli de goûters porté toute la journée jusqu’au sommet de la montagne et la chaleur de l’homme qui se penche sur la femme et demande sa douceur.

Le corps de ces femmes avait une histoire, une belle histoire, une grande histoire, écrite dans l’anonymat et le silence. Quand j’admire tout ce qu’elles ont accompli, ces femmes me répondent : « Oh ! Je n’ai rien fait d’extraordinaire… J’ai veillé sur ma famille. J’ai aimé et cela m’a comblée. J’ai fait ce que toute femme aurait fait à ma place. »

« Le corps de ces femmes avait une histoire, une belle histoire, une grande histoire, écrite dans l’anonymat et le silence »

Quelles grandes âmes ! Elle ne sont pas périmées, parce qu’elles sont seules, fatiguées et malades, elles sont raffinées. Leur sainteté est leur éternité…

Lâcher prise

13 février 2019

Confucius a déclaré : “Pour gravir une montagne, il faut commencer par le bas”.

Êtes-vous comme moi addict de la performance ? Vous voyez le sommet et vous fomentez tout un tas de plans pour atteindre le sommet plus vite que tout le monde.

Je crois que nous vivons à une époque de performances, de résultats effrénés et de rapidité défiant la vitesse lumière.

Nos smartphones sont envahis par les applications qui nous promettent des courses achetées avant même de les avoir sélectionnées, des calories brûlées avant même d’avoir posé sur le sol un seul pied, un relooking complet avant même de nous avoir jaugés et mesurés, des musées virtuels visités avant même d’avoir acheté un ticket d’entrée… Et la liste est longue.

Nous croyons sans cesse que la vague de la modernité va nous porter jusqu’au sommet sans avoir à supporter un seul gravier dans notre chaussure.

On nous répète haut et fort que le changement, c’est maintenant et on multiplie les ouvrages de bien-être, de perfectionnement individuel, les tutos YouTube et autres alarmes qui nous sortent de notre apathie quand nous n’avons pas fait notre musculation quotidienne.

On veut tout changer ou plutôt tout masquer par les artifices modernes, persuadés que nous sommes qu’alors nous serons désirables et désirés, admirables et admirés…

J’en retire une grande désolation. Vous savez, “désolation” au sens d’une place autrefois fortifiée mais laissée nue et déserte après le passage de mercenaires.

Nous sommes désolés et isolés dans ces programmes qui nous font miroiter le bonheur et l’acceptation, mais qui laissent parfois le goût amer de la dépression.

Je vois des femmes qui torturent leur corps du matin au soir pour éliminer la cellulite qui les empêche de se glisser dans la boîte de Barbie qu’on leur tend si généreusement.

Michel-Ange, Raphaël et tous les peintres de la Renaissance auraient une syncope s’ils devaient représenter les femmes squelettiques d’aujourd’hui et nul doute qu’ils passeraient à la Genuina et/ou à la Casa Infante de Naples pour leur faire avaler quelques mozzarellas et quelques glaces au lait de buffala avant de les faire poser.

En ce qui me concerne, j’ai trouvé une vérité profonde alors que je marchais sur le sable volcanique de Procida.

Il a fallu que je lâche le contrôle et cela s’est manifesté par la décision soudaine de retirer mes chaussures, mes chaussettes et de vivre cette expérience maritime plus complètement.

Je suis devenue imparfaite : j’ai enfoncé mes orteils dans le sable, j’ai laissé les vagues m’envahir et mouiller mon jean, j’ai accepté que le vent et les embruns me décoiffent et j’ai crié “Advienne que pourra”.

C’est alors que le miracle s’est produit : une paix a parcouru chaque parcelle de mon corps semblable à ces vagues qui vont et viennent sans se soucier des humains qu’elles éclaboussent.

Je n’ai pas eu besoin d’une application pour entendre cette voix qui me chuchotait : “Tu es complète, tu ne manques de rien pour être heureuse, tu es suffisante…”

Il ne tient qu’à vous de vivre un moment parfait dans votre imperfection quotidienne. Car si vous n’êtes pas parfaites et parfaits, c’est parce que vous n’êtes pas encore achevé(e)s.

Mais c’est normal, croyez-moi, c’est le processus programmé dans votre chair et dans votre âme. Comment pourriez-vous vous remplir de la Création si vous étiez déjà achevé(e)s à 30 ans, 60 ans, 90 ans?

Ma faiblesse est un don, grâce à elle, j’accepte de lâcher prise, d’accueillir la vérité et de transfuser en moi la divinité qui m’entoure.

Procida a été le lieu de ma guérison et aucune de mes applications, aucun de mes programmes sportifs n’avaient prévu que le 13 février à 15h je serais en état de recevoir la Grâce.

Confucius avait raison : chaque versant de la vie doit être gravi avant d’atteindre le sommet, mais si nous acceptons les cailloux dans nos souliers, la fatigue, la transpiration, les erreurs de parcours, en définitif, si nous lâchons prise, nous trouverons les points de vue et les crêtes où arrêter notre regard et nourrir notre âme avant de reprendre notre ascension…

Photos de Procida : Copyright@LisePaty

CHRISTIAN OU CYRANO ?

Christian.

Bah ! on trouve des mots quand on monte à l’assaut !
Oui, j’ai certain esprit facile et militaire,
Mais je ne sais, devant les femmes, que me taire.
Oh ! leurs yeux, quand je passe, ont pour moi des bontés…

Cyrano.

Leurs cœurs n’en ont-ils plus quand vous vous arrêtez ?

Christian.

Non ! car je suis de ceux, — je le sais… et je tremble ! —
Qui ne savent parler d’amour.

Cyrano.

Tiens !… Il me semble
Que si l’on eût pris soin de me mieux modeler,
J’aurais été de ceux qui savent en parler.

Christian.

Oh ! pouvoir exprimer les choses avec grâce !

Cyrano.

Être un joli petit mousquetaire qui passe !

Christian.

Roxane est précieuse et sûrement je vais
Désillusionner Roxane !

Cyrano, regardant Christian.

Si j’avais
Pour exprimer mon âme un pareil interprète !

Christian, avec désespoir.

Il me faudrait de l’éloquence !

Cyrano, brusquement.

Je t’en prête !
Toi du charme physique et vainqueur, prête-m’en :
Et faisons à nous deux un héros de roman !

Qui ne connaît pas cette célèbre scène de Cyrano de Bergerac ?

Qui n’a pas pensé : « Mais enfin, si j’étais Roxane, bien sûr que j’aurais choisi Cyrano ! »

Ou encore : « Quel homme ! il aime en secret, il souffre, il parle dans la nuit sous sa fenêtre, il n’est qu’une ombre, qu’un long manteau qui traîne. Il avoue tout trop tard ! »

On aurait pu penser que le taux de « Christians » aurait fortement dégringolé après le succès de la pièce et celui des « Cyranos » meurtris aurait pris son envol.

Mesdames, il n’en est rien…

Quoi que vous en pensez, vous aimez les Christians, c’est plus fort que vous et les Cyranos, eux ne parlent jamais ou trop tard.

Cyrano, Rostand, c’est peut-être l’incarnation d’une voix lyrique toute faite d’idéal, de passion secrète, de poésie, de rêve.

À mon sens, les Christians causent plus mal que jamais à l’heure des réseaux sociaux et des textos.

Ils n’ont même plus besoin d’endosser la fonction de mousquetaire !

Un snap bien posté avec les biscotos, le vent dans le dos, la planche de surf sous le bras et une retouche de dernière minute qui coupe Maman dans l’angle mort. Eh voilà ! le tour est joué !

Christian reconnaissait qu’il ne savait que se taire devant les femmes, mais les Christians-Alerte à Malibu, eux, n’ont pas froid aux yeux. Ah ça non !

Ils vous embobinent à coup de « sa va ? », « ces ça » et « ont se voit la ».

Ils ont un abonnement illimité à la salle de musculation grâce aux étrennes de Maman, ils accumulent les cursus inachevés, les boulots d’été et les journées télé (oups ! jeux vidéos).

Le drame dans tout cela, c’est qu’ils ne savent pas aimer.

Ils voudraient bien que vous soyez la copie conforme de Maman (en plus jeune bien sûr) avec un programme complet : machine à laver, lave-vaisselle, aspirateur, serpillère, cuisinière et comptabilité.

Une femme toute équipée, en somme, avec un soupçon de tendresse et de patience pour l’aider à trouver sa virilité. « Aime ton chéri comme un petit garçon et tu feras un homme de lui ! »

Voilà la recette miracle ! Mais on arrête là, Mesdames, STOP à l’exploitation, vous n’êtes pas de l’électroménager vendu au rabais, parce qu’aucun autre gus ne passait par là le jour des soldes d’été !

Moi aussi je voulais tout contrôler autrefois, je n’ai récolté que des Christians-Alerte à Malibu à élever.

Plus j’en faisais, moins je recevais. L’instinct maternel ne fait pas d’eux des hommes, bien au contraire, ils retournent en enfance en empruntant le chemin de Benjamin Button. Vous, je ne sais pas, mais moi, je n’ai pas envie de bercer un nourrisson comme la pauvre Daisy !

Je crois qu’il y a une parcelle de Cyrano qui réside à l’état d’embryon dans chaque homme mature. Vous me direz, mais lui non plus n’entreprend rien ! Cyrano aime la Roxane idéale et il préfère ne jamais parler plutôt que voir cet absolu se faner avec le quotidien.

Aimer Roxane en bas du balcon sans être vu, c’est plus facile que mettre son âme à nu, se dépouiller du vernis de la maxime et prier pour qu’on soit accepté et aimé tel qu’on est.

Peut-être que Cyrano aurait fini par tout dire si Roxane avait montré sa fragilité, son besoin de tendresse et ses faiblesses. Elle aurait cessé d’être idéale et affreusement parfaite. Elle aurait eu besoin de lui, tout simplement et pas de Christian.

Ce ne sont là que de simples suppositions.

Enfin la conclusion, la voici : les Cyranos vous idéalisent et donc vous trouvent inaccessibles. Ils s’enfuient dans la nuit et laissent les Christians vous embrasser et vous épouser. Les Cyranos ont besoin de se sentir forts et utiles, parce que ce sont des hommes, pas des adolescents attardés.

Alors STOP au gaz asphyxiant plus communément nommé « instinct maternel ».

STOP à l’abrasif féministe « je n’ai besoin de personne ».

Et STOP au spray répulsif et collant « besoin de reconnaissance ».

Soyez des femmes, des vraies, faites-vous désirer, faites-vous cajoler, faites-vous aimer.

Et rappelez-vous que les biscotos ont une fâcheuse tendance à se transformer en graisse avec le temps, surtout si vous cuisinez comme Maman !