Lâcher prise

13 février 2019

Confucius a déclaré : “Pour gravir une montagne, il faut commencer par le bas”.

Êtes-vous comme moi addict de la performance ? Vous voyez le sommet et vous fomentez tout un tas de plans pour atteindre le sommet plus vite que tout le monde.

Je crois que nous vivons à une époque de performances, de résultats effrénés et de rapidité défiant la vitesse lumière.

Nos smartphones sont envahis par les applications qui nous promettent des courses achetées avant même de les avoir sélectionnées, des calories brûlées avant même d’avoir posé sur le sol un seul pied, un relooking complet avant même de nous avoir jaugés et mesurés, des musées virtuels visités avant même d’avoir acheté un ticket d’entrée… Et la liste est longue.

Nous croyons sans cesse que la vague de la modernité va nous porter jusqu’au sommet sans avoir à supporter un seul gravier dans notre chaussure.

On nous répète haut et fort que le changement, c’est maintenant et on multiplie les ouvrages de bien-être, de perfectionnement individuel, les tutos YouTube et autres alarmes qui nous sortent de notre apathie quand nous n’avons pas fait notre musculation quotidienne.

On veut tout changer ou plutôt tout masquer par les artifices modernes, persuadés que nous sommes qu’alors nous serons désirables et désirés, admirables et admirés…

J’en retire une grande désolation. Vous savez, “désolation” au sens d’une place autrefois fortifiée mais laissée nue et déserte après le passage de mercenaires.

Nous sommes désolés et isolés dans ces programmes qui nous font miroiter le bonheur et l’acceptation, mais qui laissent parfois le goût amer de la dépression.

Je vois des femmes qui torturent leur corps du matin au soir pour éliminer la cellulite qui les empêche de se glisser dans la boîte de Barbie qu’on leur tend si généreusement.

Michel-Ange, Raphaël et tous les peintres de la Renaissance auraient une syncope s’ils devaient représenter les femmes squelettiques d’aujourd’hui et nul doute qu’ils passeraient à la Genuina et/ou à la Casa Infante de Naples pour leur faire avaler quelques mozzarellas et quelques glaces au lait de buffala avant de les faire poser.

En ce qui me concerne, j’ai trouvé une vérité profonde alors que je marchais sur le sable volcanique de Procida.

Il a fallu que je lâche le contrôle et cela s’est manifesté par la décision soudaine de retirer mes chaussures, mes chaussettes et de vivre cette expérience maritime plus complètement.

Je suis devenue imparfaite : j’ai enfoncé mes orteils dans le sable, j’ai laissé les vagues m’envahir et mouiller mon jean, j’ai accepté que le vent et les embruns me décoiffent et j’ai crié “Advienne que pourra”.

C’est alors que le miracle s’est produit : une paix a parcouru chaque parcelle de mon corps semblable à ces vagues qui vont et viennent sans se soucier des humains qu’elles éclaboussent.

Je n’ai pas eu besoin d’une application pour entendre cette voix qui me chuchotait : “Tu es complète, tu ne manques de rien pour être heureuse, tu es suffisante…”

Il ne tient qu’à vous de vivre un moment parfait dans votre imperfection quotidienne. Car si vous n’êtes pas parfaites et parfaits, c’est parce que vous n’êtes pas encore achevé(e)s.

Mais c’est normal, croyez-moi, c’est le processus programmé dans votre chair et dans votre âme. Comment pourriez-vous vous remplir de la Création si vous étiez déjà achevé(e)s à 30 ans, 60 ans, 90 ans?

Ma faiblesse est un don, grâce à elle, j’accepte de lâcher prise, d’accueillir la vérité et de transfuser en moi la divinité qui m’entoure.

Procida a été le lieu de ma guérison et aucune de mes applications, aucun de mes programmes sportifs n’avaient prévu que le 13 février à 15h je serais en état de recevoir la Grâce.

Confucius avait raison : chaque versant de la vie doit être gravi avant d’atteindre le sommet, mais si nous acceptons les cailloux dans nos souliers, la fatigue, la transpiration, les erreurs de parcours, en définitif, si nous lâchons prise, nous trouverons les points de vue et les crêtes où arrêter notre regard et nourrir notre âme avant de reprendre notre ascension…

Photos de Procida : Copyright@LisePaty

OLIVIERS IN ROMA

Alors que je me promenais dans un jardin à Rome, j’ai été fascinée par un olivier qui se tenait avec beaucoup de dignité au centre d’une petite cour pavée.

J’ai observé son tronc noueux : chaque ligne de vie était enlacée dans une autre et puis poursuivait sa route jusqu’à la terre qui la nourrit.

Savez-vous que le plus vieil olivier est sur terre depuis 3000 ans ?

En marchant autour de cet olivier, j’ai eu l’impression de voir un double de moi-même. Parfois, je crois porter en moi des siècles de vies humaines. Je me sens traversée par toutes ces existences muettes qui ont rendu possible la mienne.

Je suis cet olivier debout sur ce très vieux tronc de générations passées dont les veines s’entremêlent à l’infini et vont puiser dans la terre l’eau nécessaire à ma survie.

Si je parviens à faire naître le silence en moi, je peux entendre toutes ces voix du passé et je comprends alors que mon très vieux tronc vibre, s’émeut et s’attendrit.

En période de sécheresse, les feuilles de l’olivier se recroquevillent pour retenir autant d’eau que possible. Cette eau nourrira les racines pendant plusieurs semaines.

Ces feuilles ovales me fascinent…

Elles sont si fines, si parfaites, si épaisses, si solennelles. Beaucoup y voient le symbole de l’éternité.

Un jour, je parcourais le cimetière où est enterré mon grand-père maternel.

Bien sûr, il me manquait, bien sûr ce vide me pesait.

Mais ces sentiments ont laissé place à la certitude que je devais rétracter mes feuilles pour un temps afin de retenir l’eau dont il avait besoin pour traverser calmement la vallée de la mort.

Nous avions besoin l’un de l’autre et je savais que dans mes temps de sécheresse, il ferait remonter la sève de la délivrance jusqu’à ce qu’une pluie rafraîchissante tombe du ciel.

L’olivier est un microcosme de vie.

Les Anciens l’appelaient l’arbre des dieux.

S’il possède un cycle aussi parfait, ne pouvons-nous penser que l’être humain a été créé avec une matrice tout aussi stupéfiante ?

Rappelez-vous que vous êtes nourris et soutenus par plus de vies minuscules que vous ne pouvez l’imaginer.

Dites-vous que vous avez plus de 3000 ans à vivre.

Photos de Rome et de Colleville-sur-Mer : Copyright@LisePaty

LA COURSE AU TRAVAIL

3 FÉVRIER 2019

Je vois des gens totalement affairés et frénétiques.

Certes, travailler apporte une certaine distinction et un certain nombre d’accomplissements.

Certes, nous y passons une bonne partie de notre temps.

Et certes, il faut de l’argent pour vivre.

Mais ne vous y prenez pas ! La reconnaissance avec un grand R ne se trouve pas dans les bureaux capiteux ou dans l’encre noire d’une photocopieuse.

Nous vivons à l’époque de la consommation avec un grand C.

Alors on consomme tout : les biens matériels, les voyages, les services et pour finir les êtres humains.

Eh oui ! on consomme l’humain et on le consume.

Vous n’avez pas droit à l’Erreur, mais vous n’avez pas droit non plus à la Reconnaissance.

Vous ne faites rien que votre travail, alors ne croyez pas qu’on va lever un choeur de louanges à chaque dossier traité, à chaque conversation téléphonique houleuse remportée, à chaque pierre que vous aurez posée au grand édifice de l’entreprise…

Vous êtes remplaçable, vous êtes consommable, vous êtes négociable.

Alors il est plus que temps de regarder par la fenêtre fumée du 120e étage de votre immeuble suréquipé et de vous dire avec honnêteté que la vie, la vraie, n’est pas là !

Faites ce qu’on attend de vous, mais cessez de placer votre potentiel bonheur dans les mains de votre responsable, de votre patron…

Vous découvrirez souvent qu’ils sont eux-mêmes engloutis par un autre super patron qui martèle haut et fort : PRODUCTIVITE, EFFICACITE, RENTABILITE et tout un tas d’autres concepts en -ITE.

Un jour, avec le ton le plus mystérieux, on m’a fait venir dans le bureau du « chef ».

Je m’attendais à recevoir un ou deux compliments, un ou deux remerciements…enfin quelques syllabes qui justifieraient le travail acharné accompli pendant des mois.

J’ai eu un compliment, presque imperceptible, je vous l’accorde, mais il était le gros nœud rouge qui entourait un énorme service qu’on me demandait.

J’avais été choisie pour toutes mes qualités pour accomplir une mission faite sur mesure, on avait pensé à Moi ! Rendez-vous compte !

Enfin il ne faut jamais s’illusionner bien longtemps… Le chef avait devant lui une feuille avec les noms d’autres collègues barrés et j’étais la dernière sur la liste, sa dernière chance d’obtenir un Oui ému, reconnaissant, valeureux.

« On a pensé à vous ! » Dites plutôt : « On n’a plus que vous ! » Ca aurait le mérite d’être honnête…

Il s’est avéré que c’était une mission faite sur mesure pour redorer le blason du chef auprès de la commune, mais qui drainait, pour moi, son lot de fatigue et de contrariété.

Moralité : chercher la reconnaissance en vous-même.

Soyez le capitaine de votre âme comme l’a dit William Ernest Henley.

Et décollez votre visage de la vitre du 120e étage pour voir la Vérité.

Votre travail n’est qu’un moyen pour vivre vos rêves, ceux qui ne s’achètent pas avec de l’argent, ceux qui ne sont pas une promotion, ceux qui ne sont ni consommables, ni négociables, ceux qui vous constituent et doivent être votre seule fin !

Soyez des bâtisseurs et non des consommateurs.

Soyez des rêveurs et non des serviteurs. Soyez vrais.