ET L’HOMME S’EN RETOURNA À LA CAVERNE…

16 AVRIL 2020

CONFINEMENT : SEMAINE 5

Ou quand la Caverne confortable est devenue une Prison blindée

On tient un bon titre pour lancer une allégorie de la condition humaine : Le Vieil Homme et la Mer disait Ernest Hemingway, aujourd’hui, je dirais plutôt L’Homme et la Caverne, et dans quelques semaines : Le Vieil Homme et la Caverne. De quoi s’agit-il ?

C’est une épopée très XXIe siècle : l’Homme habite sa caverne ou sa solitude par désir d’absolu, et surtout de silence… Non il ne se jette plus à la poursuite d’un monstre des mers de l’Ancien Monde pour remplir son estomac affamé ; non il ne choisit plus le Grand Bleu comme compagne fidèle et confidente de ses tourments ; non il n’est plus dans une barque mais une caverne ; non il ne chasse plus le mammifère marin mais bien la femme.

Vous l’aurez compris, l’Homme avec un grand H ce sont les hommes éternellement sur les sites de rencontre(s), mais éternellement célibataires, éternellement aux études, éternellement en formation, éternellement en CDD, éternellement instables, éternellement seuls… Eh oui, le mot est vif, ça fait mal, mais j’ai promis de ne dire que la vérité, toute la vérité et encore la vérité.

LE RETOUR À LA CAVERNE

Pour faire simple, je les appelle les Hommes des Cavernes, car ce sont ceux qui ont choisi délibérément de retourner à leurs chaînes après avoir été éclairés par le Savoir, l’Intelligence (du moins on l’espère), la Sagesse (la… quoi?), la Sociabilité présents à la surface. C’est théorique, parce que certains n’ont pas toujours la chance d’être bien et assez longtemps « éclairés ». Mais passons. Platon n’avait pas vu les hommes du XXIe siècle venir. Comment aurait-il pu imaginer qu’une armée de geeks (nouvelle dénomination pour « gnomes », oui, c’est plus smart) élaboreraient des cavités, des tunnels, des fourmilières bien solides et bien connectées pour fuir la lumière aveuglante du monde réel ?

La Renaissance et l’Humanisme ont éclairé et changé l’humanité et pourtant, nos petits bonshommes se sentent plus à leur aise dans les ténèbres des entrailles de la Terre, avec pour seule lumière, non plus le feu des premiers hommes (les plats préparés réchauffés, ça va quand même plus vite que la chasse et la pêche), mais l’écran tactile de ces engins électroniques.

confinÉ dans la caverne

Cependant, le confinement a bouleversé tous les paramètres de cette vie recluse bien huilée. L’Homme de la Caverne ne peut plus remonter à la surface quand la batterie du portable est déchargée, quand les désirs du corps se font sentir, quand il faut aller travailler (de temps en temps), quand un besoin fou de voyager solo lui prend, et ainsi de suite…

Il est bel et bien enchaîné à son trou infâme et glauque pour une durée indéterminée et tout à coup, l’Homme de la Caverne ne trouve plus son insouciance passée drôle, mais alors plus drôle du tout. Après avoir écoulé toutes les séries Netflix possibles (de préférence, les plus abrutissantes pour éviter de penser), l’Homme de la Caverne donnerait tout ce qu’il possède (ou possèdera, parce que là, tout de suite, il n’a pas grand chose) pour devenir le pêcheur d’Hemingway et partir ainsi à l’aventure sur les mers chaudes et froides, bref mourir avec panache et non pas en mode loqueteux.

L’Homme de la Caverne commence à tout jeter contre les parois humides de la grotte, il crie, il hurle, il pleure et il finit par comprendre que oui, enfin, c’est pas trop tôt la lucidité, il est SEUL, complètement seul et peut-être pour toujours (du moins pour les quatre, cinq, six… bon bon j’arrête… semaines).

Deux options se présentent à lui :

1)S’écorcher la main et repeindre son ballon de foot en Wilson (ben ouais, s’il a sauvé Tom Hanks de la folie et de la noyade, encore que… il devrait le sauver de la dépression

2)Éveiller Aurora de son hibernation, car quitte à pourrir dans la Caverne, mieux vaut pourrir à deux (c’est très charitable ça, hein ? Normal, c’est un homme, oups que je suis méchante!)

Qui est Aurora ? Vous ne connaissez pas ? Petite vidéo explicative ci-dessous.

Avant ça, « résumé » : alors, voilà, Jim Preston est réveillé 80 ou 90 ans trop tôt de son hibernation spatiale dû à un dysfonctionnement du vaisseau. Il fait voile avec d’autres terriens bien endormis, eux, vers une nouvelle planète-test, mais découvre avec horreur que maintenant qu’il ne peut plus faire « rompiche » dans sa capsule, il ne verra pas grand chose de cette nouvelle vie interstellaire. Il tient un an et trois mois (il est fort le gars) tout seul, il dort, il mange, il déprime, il dort, il… bon vous l’aurez compris. Et alors qu’il est à deux doigts de mettre fin à ses jours, il tombe sur le visage endormi d’Aurora, une femme brillante, belle… bref, la femme de ses rêves et déclic ! Il lutte contre lui-même, mais n’y tenant plus, il la sort de son hibernation et la condamne ainsi à vivre et à mourir avec lui au milieu de la galaxie.

CRISE SENTIMENTALE

Vous pensez que je délire avec mon allusion au film Passengers, n’est-ce pas ?

Eh bien non. Absolument pas. Plus les semaines passent, plus mes connaissances et amis hommes sont au comble du désespoir dans leur caverne, oups ! studio. Ils n’en peuvent plus. Leur grand rêve de liberté infinie, leur conception du mariage comme une prison dorée, leur égoïsme endémique, plus rien ne tient ! Ils sont prêts à réveiller/épousailler n’importe quelle fille demain, si seulement en bas du contrat de mariage est inscrite, en tout petits caractères, la mention :

« s’engage à descendre dans la Caverne pour une durée indéterminée et ce pour tous les confinements jusqu’à la fin des temps… »

Ça fait peur, hein ?

Le confinement nous embellit Mesdames. Je ne sais pas vous, mais moi, je suis passée de la nana trop intellectuelle, sur-qualifiée, trop passionnée, trop « bien » (ah cet adjectif-là, je me le suis tartiné des décennies et je n’ai jamais osé répondre au gus « c’est probablement parce que tu es trop… faible, nase… oui, enfin t’as compris l’idée) à la plus belle, délicieuse, douce des femmes.

L’Homme de la Caverne, il vaseline, il vaseline. J’ai ma théorie là-dessus : je le soupçonne d’avoir fait une liste d’adjectifs passe-partout sur les murs de sa Caverne et tandis qu’il tapote son Iphone, il choisit, il varie, il reprend, essayant, tant bien que mal, d’être le plus crédible possible. Le geek a passé une formation accélérée de « je parle comme Cyrano », cependant, il a oublié qu’on n’apprend pas tout sur le Net et donc, quand la fille lui demande « Brodez, brodez… », ça finit en mode « Christian panique », c’est-à-dire :

Après avoir tenté de nous prendre pour des sottes, l’Homme de la Caverne commence à comprendre que la femme, cette créature mystérieuse, capricieuse, insaisissable qui reste pour lui, sans nul doute, le plus grand mystère de l’Univers, a besoin d’autre chose que des compliments mielleux (mon dernier en date est « Hello, gorgeous », le type, on se connaît à peine et hop ! je suis déjà « gorgeous », rien que ça ! Rappel : ne jamais commencer par le compliment le plus fort, ce qui suit ne peut être que fade, récité et désamour).

Donc sa dernière stratégie consiste à réveiller l’instinct maternel de la femme. Logique, il ne peut pas l’épater par un bon resto, un bon ciné, un bon apéro, tout ça faut mettre un trait dessus avec la distanciation sociale. Alors, il choisit de parler de ses gros malheurs, pour qu’elle compatisse avant d’être tentée de le dorloter.

« Je suis seul, je suis triste, je suis enfermé, je ne suis pas encore malade, mais qui sait ? »

Arrêt sur image. L’Homme de la Caverne, il joue à quoi là ? Il m’a prise pour Florence Nightingale ? Il croit sérieusement que j’ai envie de le consoler et de le moucher avec de le border pour une bonne nuit de sommeil ? Non, parce qu’il me dit ça à 00h02. Moi, j’ai cru qu’il était un peu plus malin que les autres. Je lui rappelle gentiment que c’est Cyrano qui console et parle d’âme à âme à Roxane sous sa fenêtre et pas l’inverse !

Vous me direz, c’est mon problème… Je suis un peu comme Bathsheba Everdene dans Far From The Madding Crowd :

« I’ve grown accustomed to being on my own. Some say even too accustomed. Too independent. »

Qu’en est-il de la Caverne ? Navrée, mais j’ai déjà mon propre piano, comme aurait répondu n’importe quelle femme du XIXe siècle et mon appartement, comme répondrait n’importe quelle femme du XXIe siècle. On imagine toujours que le vrai amour entre un homme et une femme, ce n’est ni le manque, ni le besoin égoïste, ni la peur de la solitude, ni le mimétisme social. Peut-être faudrait-il que l’Homme de la Caverne commence à se respecter et à s’aimer avant de pouvoir aimer vraiment et pour longtemps. Probable que c’est vieux jeu, idéaliste, dépassé tout ça, probable, mais moi j’y crois et si je considère ce monde usé et malade dans lequel on vit, la consommation de l’autre et de tout n’a pas vraiment réussi ni aux semblants de « familles » ni à la Terre qui se sent maltraitée et déjà condamnée.

Je me prends à rêver que le confinement va produire l’Homme nouveau, celui qui renaît de ses cendres originelles. Je rêve, c’est insensé, je ferme les yeux, et si c’était vrai ?

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