OLIVIERS IN ROMA

Alors que je me promenais dans un jardin à Rome, j’ai été fascinée par un olivier qui se tenait avec beaucoup de dignité au centre d’une petite cour pavée.

J’ai observé son tronc noueux : chaque ligne de vie était enlacée dans une autre et puis poursuivait sa route jusqu’à la terre qui la nourrit.

Savez-vous que le plus vieil olivier est sur terre depuis 3000 ans ?

En marchant autour de cet olivier, j’ai eu l’impression de voir un double de moi-même. Parfois, je crois porter en moi des siècles de vies humaines. Je me sens traversée par toutes ces existences muettes qui ont rendu possible la mienne.

Je suis cet olivier debout sur ce très vieux tronc de générations passées dont les veines s’entremêlent à l’infini et vont puiser dans la terre l’eau nécessaire à ma survie.

Si je parviens à faire naître le silence en moi, je peux entendre toutes ces voix du passé et je comprends alors que mon très vieux tronc vibre, s’émeut et s’attendrit.

En période de sécheresse, les feuilles de l’olivier se recroquevillent pour retenir autant d’eau que possible. Cette eau nourrira les racines pendant plusieurs semaines.

Ces feuilles ovales me fascinent…

Elles sont si fines, si parfaites, si épaisses, si solennelles. Beaucoup y voient le symbole de l’éternité.

Un jour, je parcourais le cimetière où est enterré mon grand-père maternel.

Bien sûr, il me manquait, bien sûr ce vide me pesait.

Mais ces sentiments ont laissé place à la certitude que je devais rétracter mes feuilles pour un temps afin de retenir l’eau dont il avait besoin pour traverser calmement la vallée de la mort.

Nous avions besoin l’un de l’autre et je savais que dans mes temps de sécheresse, il ferait remonter la sève de la délivrance jusqu’à ce qu’une pluie rafraîchissante tombe du ciel.

L’olivier est un microcosme de vie.

Les Anciens l’appelaient l’arbre des dieux.

S’il possède un cycle aussi parfait, ne pouvons-nous penser que l’être humain a été créé avec une matrice tout aussi stupéfiante ?

Rappelez-vous que vous êtes nourris et soutenus par plus de vies minuscules que vous ne pouvez l’imaginer.

Dites-vous que vous avez plus de 3000 ans à vivre.

Photos de Rome et de Colleville-sur-Mer : Copyright@LisePaty

CHRISTIAN OU CYRANO ?

Christian.

Bah ! on trouve des mots quand on monte à l’assaut !
Oui, j’ai certain esprit facile et militaire,
Mais je ne sais, devant les femmes, que me taire.
Oh ! leurs yeux, quand je passe, ont pour moi des bontés…

Cyrano.

Leurs cœurs n’en ont-ils plus quand vous vous arrêtez ?

Christian.

Non ! car je suis de ceux, — je le sais… et je tremble ! —
Qui ne savent parler d’amour.

Cyrano.

Tiens !… Il me semble
Que si l’on eût pris soin de me mieux modeler,
J’aurais été de ceux qui savent en parler.

Christian.

Oh ! pouvoir exprimer les choses avec grâce !

Cyrano.

Être un joli petit mousquetaire qui passe !

Christian.

Roxane est précieuse et sûrement je vais
Désillusionner Roxane !

Cyrano, regardant Christian.

Si j’avais
Pour exprimer mon âme un pareil interprète !

Christian, avec désespoir.

Il me faudrait de l’éloquence !

Cyrano, brusquement.

Je t’en prête !
Toi du charme physique et vainqueur, prête-m’en :
Et faisons à nous deux un héros de roman !

Qui ne connaît pas cette célèbre scène de Cyrano de Bergerac ?

Qui n’a pas pensé : « Mais enfin, si j’étais Roxane, bien sûr que j’aurais choisi Cyrano ! »

Ou encore : « Quel homme ! il aime en secret, il souffre, il parle dans la nuit sous sa fenêtre, il n’est qu’une ombre, qu’un long manteau qui traîne. Il avoue tout trop tard ! »

On aurait pu penser que le taux de « Christians » aurait fortement dégringolé après le succès de la pièce et celui des « Cyranos » meurtris aurait pris son envol.

Mesdames, il n’en est rien…

Quoi que vous en pensez, vous aimez les Christians, c’est plus fort que vous et les Cyranos, eux ne parlent jamais ou trop tard.

Cyrano, Rostand, c’est peut-être l’incarnation d’une voix lyrique toute faite d’idéal, de passion secrète, de poésie, de rêve.

À mon sens, les Christians causent plus mal que jamais à l’heure des réseaux sociaux et des textos.

Ils n’ont même plus besoin d’endosser la fonction de mousquetaire !

Un snap bien posté avec les biscotos, le vent dans le dos, la planche de surf sous le bras et une retouche de dernière minute qui coupe Maman dans l’angle mort. Eh voilà ! le tour est joué !

Christian reconnaissait qu’il ne savait que se taire devant les femmes, mais les Christians-Alerte à Malibu, eux, n’ont pas froid aux yeux. Ah ça non !

Ils vous embobinent à coup de « sa va ? », « ces ça » et « ont se voit la ».

Ils ont un abonnement illimité à la salle de musculation grâce aux étrennes de Maman, ils accumulent les cursus inachevés, les boulots d’été et les journées télé (oups ! jeux vidéos).

Le drame dans tout cela, c’est qu’ils ne savent pas aimer.

Ils voudraient bien que vous soyez la copie conforme de Maman (en plus jeune bien sûr) avec un programme complet : machine à laver, lave-vaisselle, aspirateur, serpillère, cuisinière et comptabilité.

Une femme toute équipée, en somme, avec un soupçon de tendresse et de patience pour l’aider à trouver sa virilité. « Aime ton chéri comme un petit garçon et tu feras un homme de lui ! »

Voilà la recette miracle ! Mais on arrête là, Mesdames, STOP à l’exploitation, vous n’êtes pas de l’électroménager vendu au rabais, parce qu’aucun autre gus ne passait par là le jour des soldes d’été !

Moi aussi je voulais tout contrôler autrefois, je n’ai récolté que des Christians-Alerte à Malibu à élever.

Plus j’en faisais, moins je recevais. L’instinct maternel ne fait pas d’eux des hommes, bien au contraire, ils retournent en enfance en empruntant le chemin de Benjamin Button. Vous, je ne sais pas, mais moi, je n’ai pas envie de bercer un nourrisson comme la pauvre Daisy !

Je crois qu’il y a une parcelle de Cyrano qui réside à l’état d’embryon dans chaque homme mature. Vous me direz, mais lui non plus n’entreprend rien ! Cyrano aime la Roxane idéale et il préfère ne jamais parler plutôt que voir cet absolu se faner avec le quotidien.

Aimer Roxane en bas du balcon sans être vu, c’est plus facile que mettre son âme à nu, se dépouiller du vernis de la maxime et prier pour qu’on soit accepté et aimé tel qu’on est.

Peut-être que Cyrano aurait fini par tout dire si Roxane avait montré sa fragilité, son besoin de tendresse et ses faiblesses. Elle aurait cessé d’être idéale et affreusement parfaite. Elle aurait eu besoin de lui, tout simplement et pas de Christian.

Ce ne sont là que de simples suppositions.

Enfin la conclusion, la voici : les Cyranos vous idéalisent et donc vous trouvent inaccessibles. Ils s’enfuient dans la nuit et laissent les Christians vous embrasser et vous épouser. Les Cyranos ont besoin de se sentir forts et utiles, parce que ce sont des hommes, pas des adolescents attardés.

Alors STOP au gaz asphyxiant plus communément nommé « instinct maternel ».

STOP à l’abrasif féministe « je n’ai besoin de personne ».

Et STOP au spray répulsif et collant « besoin de reconnaissance ».

Soyez des femmes, des vraies, faites-vous désirer, faites-vous cajoler, faites-vous aimer.

Et rappelez-vous que les biscotos ont une fâcheuse tendance à se transformer en graisse avec le temps, surtout si vous cuisinez comme Maman !

LA COURSE AU TRAVAIL

3 FÉVRIER 2019

Je vois des gens totalement affairés et frénétiques.

Certes, travailler apporte une certaine distinction et un certain nombre d’accomplissements.

Certes, nous y passons une bonne partie de notre temps.

Et certes, il faut de l’argent pour vivre.

Mais ne vous y prenez pas ! La reconnaissance avec un grand R ne se trouve pas dans les bureaux capiteux ou dans l’encre noire d’une photocopieuse.

Nous vivons à l’époque de la consommation avec un grand C.

Alors on consomme tout : les biens matériels, les voyages, les services et pour finir les êtres humains.

Eh oui ! on consomme l’humain et on le consume.

Vous n’avez pas droit à l’Erreur, mais vous n’avez pas droit non plus à la Reconnaissance.

Vous ne faites rien que votre travail, alors ne croyez pas qu’on va lever un choeur de louanges à chaque dossier traité, à chaque conversation téléphonique houleuse remportée, à chaque pierre que vous aurez posée au grand édifice de l’entreprise…

Vous êtes remplaçable, vous êtes consommable, vous êtes négociable.

Alors il est plus que temps de regarder par la fenêtre fumée du 120e étage de votre immeuble suréquipé et de vous dire avec honnêteté que la vie, la vraie, n’est pas là !

Faites ce qu’on attend de vous, mais cessez de placer votre potentiel bonheur dans les mains de votre responsable, de votre patron…

Vous découvrirez souvent qu’ils sont eux-mêmes engloutis par un autre super patron qui martèle haut et fort : PRODUCTIVITE, EFFICACITE, RENTABILITE et tout un tas d’autres concepts en -ITE.

Un jour, avec le ton le plus mystérieux, on m’a fait venir dans le bureau du « chef ».

Je m’attendais à recevoir un ou deux compliments, un ou deux remerciements…enfin quelques syllabes qui justifieraient le travail acharné accompli pendant des mois.

J’ai eu un compliment, presque imperceptible, je vous l’accorde, mais il était le gros nœud rouge qui entourait un énorme service qu’on me demandait.

J’avais été choisie pour toutes mes qualités pour accomplir une mission faite sur mesure, on avait pensé à Moi ! Rendez-vous compte !

Enfin il ne faut jamais s’illusionner bien longtemps… Le chef avait devant lui une feuille avec les noms d’autres collègues barrés et j’étais la dernière sur la liste, sa dernière chance d’obtenir un Oui ému, reconnaissant, valeureux.

« On a pensé à vous ! » Dites plutôt : « On n’a plus que vous ! » Ca aurait le mérite d’être honnête…

Il s’est avéré que c’était une mission faite sur mesure pour redorer le blason du chef auprès de la commune, mais qui drainait, pour moi, son lot de fatigue et de contrariété.

Moralité : chercher la reconnaissance en vous-même.

Soyez le capitaine de votre âme comme l’a dit William Ernest Henley.

Et décollez votre visage de la vitre du 120e étage pour voir la Vérité.

Votre travail n’est qu’un moyen pour vivre vos rêves, ceux qui ne s’achètent pas avec de l’argent, ceux qui ne sont pas une promotion, ceux qui ne sont ni consommables, ni négociables, ceux qui vous constituent et doivent être votre seule fin !

Soyez des bâtisseurs et non des consommateurs.

Soyez des rêveurs et non des serviteurs. Soyez vrais.