« L’homme est un chasseur »

18 mars 2019

« Chérie, j’ai vu une femme en entretien aujourd’hui, tu sais, pour le poste d’assistant. Je vais donner ma réponse demain, mais tu vois je préfère bosser avec les hommes. Ouais, c’est un monde d’hommes l’industrie ! Et surtout, chérie, une femme avec autant d’hommes, quelle tentation ! Je me sentirais mal vis-à-vis de toi… »

« Chérie, c’est toi qu’est chaude franchement ! Je peux pas me contrôler quand je te vois… Alors au calme, ouais, je sors voir mes potes. »

« M’sieur l’agent, j’y peux rien moi ! Je lui dis qu’elle est bonne, c’est tout. Elle n’a qu’à pas se saper comme ça ! »

« Bon, récapitulons, Madame, votre mari vous a bousculée violemment, parce que… il était contrarié ? C’est peut-être qu’un accident. Il ne pouvait pas savoir qu’il y aurait le coin de la table… Ah ! Il était jaloux ? Ben en même temps, laisser votre voisin porter les courses, c’est pas sérieux ma bonne dame ! »

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Quatre situations, quatre hommes, une seule femme…

Je vais laisser de côté le politiquement correct et dire ces mots :

« Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquets : j’[en ai marre], j’étouffe,
Je [hurle], je suis [folle], je n’en peux plus, c’est trop »

(Cyrano)

Chère Florence DAREL, tu nous as toutes montré la voie/voix :

« Les femmes, on est toujours dans le porte-à-faux de…

‘Vous êtes séduisantes, vous faites tout pour séduire, donc après vous plaignez pas si vous êtes séduites ! Vous devriez être flattées…’

J’ai entendu ça une fois !

J’ai entendu quelqu’un qui a essayé de m’embrasser et qui m’a dit :

‘Ben, tu devrais être flattée…’

Mais flattée de quoi ?

Je veux dire, c’est comme si nous, on était les tentatrices et que ce qui nous arrivait était bien fait pour nous !

Et ça, c’est absolument immonde ! […]

On fait que les femmes portent un poids, d’être celles par qui le péché arrive, quoi !

Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

Quand est-ce que les hommes vont être adultes et considérer que les femmes ne sont pas un trophée, ne sont pas un butin qu’on ramasse quand on a le pouvoir !

(octobre 2017)

Considérons qu’on se bat pour plus d’égalité entre les hommes et les femmes depuis des décennies.

Considérons que le droit de vote nous a été accordé après de longues luttes – mais pas partout.

Considérons qu’on laisse nombre de femmes dans l’obscurité, prison de voiles, et l’ignorance, de peur qu’en déchiffrant les maximes de la liberté, elles ne mettent les voiles ailleurs.

Considérons qu’on les soustrait au monde, au regard d’autres hommes, qu’on les plonge dans le mutisme – parfois appelé « obéissance » – et la peur – parfois appelée « maltraitance » – en jurant qu’on les protège contre ce monde sauvage et sans pitié.

Considérons que la main qui pousse le berceau mérite plus de respect, plus d’amour, plus de confiance, plus de liberté qu’on ne daigne lui en accorder.

Considérons que notre civilisation se parjure si elle croit soumettre les mères et les filles et qu’un jour nous en paierons tous le prix.

Alors, cessons de considérer, il est temps de gracier les prisonnières muettes…

Il existe une vieille tradition qui rend – appelons-la « Marie » – Marie responsable des excès de son homme. Ce dernier est animé par de nobles passions, irrépressibles parfois, qui l’envahissent sans crier gare. Sous l’effet de ses passions, son homme s’emporte, la désire, la rabaisse, la désire à nouveau, s’impatiente, la rejette, en désire une autre et ainsi de suite.

Une fois sorti de la caverne, l’homme de Marie devient incontrôlable ! Mais ce n’est guère sa faute, il est victime de ses passions/pulsions !

Il y a encore quelques années, Marie aurait appris, après une période post-maritale raisonnable, que son homme était devenu Homme avant de rencontrer sa douce Marie. C’est comme ça, son homme n’avait fait que prouver sa virilité de cette façon et il avait bien dû régaler l’oreille de ses compères de tous les détails charnels propres à cette plongée dans la vie adulte.

Marie avait été trompée sur la marchandise, parce qu’on ne disait pas ces choses aux jeunes et jolies filles comme il faut. Il avait de l’expérience, son homme ! Navrée de le déclarer, mais Marie méritait la vertu qu’elle traînait sous son long voile immaculé tandis qu’elle avançait timidement dans la froide allée de l’église de son village.

Aujourd’hui, femmes et hommes n’ont plus rien à offrir sur l’autel du mariage – quand/s’ils se marient – tout a été consommé avant avec d’autres, avec lui… Eh oui ! il fallait bien voir si ça collait dans l’intimité ! Foutaises ! On ne décerne aucun brevet pour l’art d’embrasser et le reste… Ces « compétences » du XXIe siècle n’ont rien à voir avec l’amour, le vrai. On trompe sa solitude avec le corps de l’autre et cela dure un temps, puis on se lasse et on passe au prochain et ainsi de suite. Pas étonnant que notre espèce aille si mal !

Bref, il est temps pour Marie d’être aimée et pas protégée. Problème : si Marie veut juste être aimée par son homme et pas protégée comme une petite fille qui n’aurait jamais grandi, son homme fout le camp ! Il veut se sentir utile, viril, insensible, une vraie pile ! Une petite crise de la quarantaine, de la cinquantaine ou une petite crise tout court et adieu les vœux de mariage !

Son homme remonte le temps ou la rue pour (re)trouver la Marie d’autrefois, douce, docile, fragile qui avait tant besoin d’être protégée et apprivoisée au sortir de l’adolescence. Il tombe sur Britney, si jeune et naïve qu’elle ne connaît les hommes que sur écran. Les comédies romantiques ont bien fait leur travail ! Britney voit cet homme viril qui quitte tout pour elle et croit vivre enfin une de ces folles histoires d’amour enrobées de sucre, de musiques niaises, de brushing parfait, de voyages à Honolulu, de nuits étoilées… Arrêtons-là !

Les lieux et les circonstances ne font pas les hommes, loin de là ! Ils ne sont que des décors en carton-pâte sur lesquels on épingle le mot « A-M-O-U-R » en attendant que Gene Kelly surgisse, fasse deux pas de claquettes, susurre à notre oreille « You are my lucky star… » et nous cogne la tête contre le projecteur.

Pauvre Britney ! Son homme n’en fait pas tant et elle le porte déjà aux nues ! Mais tôt et tard, il fera d’elle ce qu’il a fait de Marie… Pourquoi continue-t-il de toutes les traiter en éternelles mineures ? À mi-chemin entre le papa et le grand-frère, cet homme bourre son torse du coton de la domination et il ne connaît pas d’autre rôle. Il se voit disparaître et dégonfler dans la complémentarité d’une relation saine, alors il mène une chasse sans fin. Il est insatiable, colérique, jaloux et finalement très faible, alors il cogne avec les mots et les poings. Il défigure Marie, il défigure Britney dès qu’elles appuient sur le coton de ses failles pour percer l’abcès. La rage le gagne, ça l’étouffe, il rabaisse, il casse la porcelaine, il fout le camp, il revient, il cogne et c’est un cycle sans fin… Il ne reconnaîtra jamais que c’est contre son enfance qu’il se bat, l’absence d’un père, l’indifférence d’une mère, la peur d’être encore abandonné par une femme… que sais-je ?

L’homme ne devrait avoir qu’une mission : aimer une femme avec douceur et constance et délaisser toutes les autres. Marie a rêvé qu’un homme bâtisse pour elle une véranda toute blanche et lumineuse qu’elle remplirait de ses rêves, de ses œuvres, de ses chants, de ses couleurs, de ses rires, de machines à écrire… Donnez cette chambre à soi à Marie – comme dirait Virginia Woolf – et elle portera son homme jusqu’aux étoiles, elle séchera ses larmes, elle le soutiendra dans tous ses projets, elle travaillera avec lui, elle sera alors devenue une femme et pas une petite fille.

Vous dites que c’est un vœu pieux ? que je suis une rêveuse ? que ce monde est bien trop cruel pour contenir une telle véranda ? Peut-être… Quant à moi, je refuse que ma condition de femme rende acceptables des paroles et des comportements grossiers, infantilisants et violents. Je refuse qu’on me dise que je suis « bonne », « chaude », « cougar » dès que je sors mon manteau à motifs panthère ou « gentille », « spirituelle », « niaise » dès que je montre de la patience à écouter l’autobiographie lue, racontée, augmentée, illustrée d’un gus.

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